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Gentille Annette de Boëldieu

La musique que vous entendez, jouée depuis 1821 sur les toits de Calais, est l'air de 'Gentille Annette' de Boëldieu, interprété par Michel Hippolyte.

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Balustrade sculptée du chœur, côté extérieur droit.

Les clôtures de marbre, qui séparent le chœur des carolles portent plusieurs fois les initiales D L B qui sont celles du curé Jacques De La Bouloye. Les lettres G M 1648, ciselées sur le pilastre intérieur de la balustrade de gauche, indiquent la date d’achèvement et le nom de leur auteur, Gaspard Marsy ; mais, contrairement à ce qu’avance De Rheims, il ne s’agirait pas de l’artiste qui, avec son frère Balthazar, devait se rendre célèbre par les sculptures du parc de Versailles.
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Pages Historiques

L'église Notre-Dame de Calais

Les clôtures de marbre, qui séparent le chœur des carolles portent plusieurs fois les initiales D L B qui sont celles du curé Jacques De La Bouloye. Les lettres G M 1648, ciselées sur le pilastre intérieur de la balustrade de gauche, indiquent la date d’achèvement et le nom de leur auteur, Gaspard Marsy ; mais, contrairement à ce qu’avance De Rheims, il ne s’agirait pas de l’artiste qui, avec son frère Balthazar, devait se rendre célèbre par les sculptures du parc de Versailles.

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La première pierre de la tribune fut posée le 9 juin 1729. Les orgues furent construites par le facteur Jean Jacques, les sculptures sont dues à Jacques-Joseph Baliguant, les menuiseries furent faites par Jean-Henri Piette, tous trois de St-Omer. En 1731, les sieurs Baliguant et Piette ne s’exécutant pas assez vite, le curé de Calais plaida contre eux et les obligea à remplir leurs engagements ....

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La Seconde Guerre Mondiale à calais

A partir du 25 juillet, les postes de radio jusque là réquisitionnés furent restitués, un peu plus de liberté consentie, la circulation autorisée jusqu'à 23 heures. Le certificat d'études eut quand même lieu et bientôt les écoliers partirent en vacances non sans avoir reçu des conseils précieux : ne pas toucher aux engins de guerre, aux fils téléphoniques ou électriques et ne pas mendier auprès des soldats allemands. Pendant tout ce temps, la Croix-Rouge avait effectué un travail de fourmi. Depuis le 10 juillet elle avait fait 22 000 recherches diverses, transmis 5 000 réponses de prisonniers et 4 000 de repliés ; enfin 11 000 cartes furent acheminées vers les camps. La poste avait repris la distribution du courrier.
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La Seconde Guerre Mondiale à calais

A partir du 25 juillet, les postes de radio jusque là réquisitionnés furent restitués, un peu plus de liberté consentie, la circulation autorisée jusqu'à 23 heures. Le certificat d'études eut quand même lieu et bientôt les écoliers partirent en vacances non sans avoir reçu des conseils précieux : ne pas toucher aux engins de guerre, aux fils téléphoniques ou électriques et ne pas mendier auprès des soldats allemands.

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Les énormes pertes en cadres, l'ultime résistance du général Nicholson pris les armes à la main parmi les derniers combattants de la citadelle, illustraient la volonté des défenseurs de Calais de ne pas faiblir.

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Premier percement le 01/12/1990 entre la France et l'Angleterre

Les deux tunneliers se sont arrêtés à 100 mètres l'un de l'autre. Un trou de quatre centimètres a été foré dans la dernière barrière de craie bleue. À ce moment, les ingénieurs ont constaté qu'il y avait une erreur d'alignement de quelques centimètres. Ensuite, le tunnelier anglais a été dévié de sa trajectoire et il s'est rangé parallèlement à la machine française. Les ouvriers ont creusé une galerie de 2 mètres de haut sur un de large. Le tunnelier anglais a été muré dans une masse de béton, son homologue français démonté et ramené en France. Le dernier tronçon a été foré par une machine d'attaque ponctuelle jusqu'à la rencontre définitive.
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Chantier du siècle - Tunnel sous la Manche

Les deux tunneliers se sont arrêtés à 100 mètres l'un de l'autre. Un trou de quatre centimètres a été foré dans la dernière barrière de craie bleue. À ce moment, les ingénieurs ont constaté qu'il y avait une erreur d'alignement de quelques centimètres. Ensuite, le tunnelier anglais a été dévié de sa trajectoire et il s'est rangé parallèlement à la machine française.

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Ce qui semble étonnant, c'est qu'aucune de ces machines n'a le même gabarit. En effet, chacun de ces prototypes a été construit par différents fournisseurs qui se sont adaptés à l'envergure des travaux.

Reproduction interdite sans l'autorisation formellement écrite des 'Amis du Vieux Calais'.
BULLETIN HISTORIQUE ET ARTISTIQUE N°191 - (Numérisation par Gilles Peltier)

 

  • LE LYCEE SOPHIE BERTHELOT, CENT ANS DE VIE VIE EDUCATIVE, ARTISTIQUE ET SCOLAIRE par Laurent Buchard, Marc Coppin, Thierry Marck

Avec son aspect très contemporain, il est difficile de croire que le lycée Berthelot est un établissement scolaire qui a ouvert ses portes en 1910. Et pourtant, malgré son grand âge, l’histoire de cette institution calaisienne est largement méconnue. À part quelques articles dans la presse ou des passages dans des ouvrages d’histoire locale, il n’existait pas de synthèse sur le passé de cet établissement. La célébration en novembre 2009 des cent ans de l’appellation « Sophie Berthelot » a été le point de départ d’un vaste projet, à la fois patrimonial et pédagogique, qui a associé les élèves de l’établissement.

Largement relayé par la presse, notamment par Nord Littoral, cet anniversaire a donné lieu à de très nombreuses manifestations : des expositions d’archives, de travaux d’élèves et de photos de classe dans l’établissement et dans le grand salon de l’hôtel de ville, des sorties pédagogiques aux archives municipales, des parcours urbains, des articles historiques, des interviews d’anciens élèves, l’inauguration d’une salle « Émile Salembier » au sein de l’établissement…

Lors de ces diverses manifestations, de nombreux anciens élèves ou professeurs ont apporté des documents, des souvenirs et ont surtout témoigné une véritable sympathie.

Ce présent article est donc une synthèse des différents travaux et recherches menés depuis deux ans. C’est l’occasion, pour les anciens élèves, de retrouver photos et souvenirs et pour les Calaisiens de (re)découvrir une page d’histoire de leur ville.

I – La longue naissance d’un collège de jeunes filles à Calais
1) Un site chargé d’histoire(s) (1808-1907)

Le lycée Sophie Berthelot se trouve à l’emplacement de l’ancien Vauxhall, la guinguette du « beau monde calaisien », sans doute la plus fréquentée au milieu du XIXe siècle et qui a donné son nom à la rue. « Vauxhall » fait référence à un célèbre lieu de divertissement anglais établi au XVIIe siècle dans les jardins de Kensington, un quartier du sud de Londres, sur le domaine d'un certain Falkes de Bréauté. Le lieu fut désigné sous le nom de Falkes'Hall et l'expression dériva progressivement en Fox Hall, puis Vaux Hall. La guinguette saint-pierroise est fondée en 1808 par le célèbre acteur J-B Plante (1) qui l’exploite quelques années avant de la céder pour en créer une nouvelle qu’il baptise ironiquement le « jardin des Plante ». L’entrée coûte 50 centimes pour les hommes, 25 pour les dames. Le quartier est alors le lieu de prédilection des couples amoureux qui y trouvent à la fois un lieu champêtre, festif et peu habité. Cette zone était parcourue de sentiers, de chemins de terre surnommés « chemin des Boudeurs », « chemin des Langoureux » ou « rue des Amants » (probablement la rue Edgar Quinet). Il reste encore d’ailleurs quelques traces de ce lointain passé romantique et festif comme la rue des Soupirants ou la fameuse braderie du Vauxhall (2). En 1836, la guinguette est rachetée : elle devient pour quelques années un pensionnat franco-anglais. Mais il ferme rapidement ses portes et en 1840, le Vauxhall est de nouveau à vendre.

En 1852, une congrégation enseignante dédiée à l’éducation des jeunes filles, les Dames du Sacré-Cœur, veut s'installer à Saint-Pierre-lès-Calais. En effet, dans cette « ville champignon », le développement de l’industrie de la dentelle a fortement augmenté la population et rendu insuffisante l’église paroissiale. De plus, la proportion d’illettrés était alors de presque 40%, soit bien au-dessus de la moyenne nationale. La congrégation achète l'ancien Vauxhall et un immense terrain de plus de 4 hectares qui va de la rue des Quatre-Coins au boulevard Gambetta. Les religieuses y font construire une chapelle pour servir de paroisse aux habitants du quartier et de lieu de culte (celui de Notre-Dame est alors très populaire). 

Elles construisent également un couvent à partir de 1854 à l’emplacement de l’ancienne guinguette (c’est la partie qui donne sur la rue Edgar-Quinet). Bâti dans un style classique, qualifié de « normand » par Albert Vion (3), avec un fronton en triangle, le « Sacré-cœur » a la forme d’un « U » avec un corps principal et deux ailes à deux étages. Des chambres sont installées dans les combles comme en témoignent les nombreux chiens-assis sur la toiture. De cet ancien couvent, il reste encore, à Sophie-Berthelot, une chapelle qui sert aujourd’hui de remise alimentaire pour le restaurant scolaire, et des fenêtres à la forme arrondie qu’on peut voir au rez-de-chaussée de l’aile droite du lycée.

Le couvent est inauguré le 15 août 1856. Son succès est rapide : il accueille des filles de la bourgeoisie locale et régionale mais aussi de nombreuses Anglaises venues apprendre le français et recevoir une bonne éducation.

Le couvent du Sacré-Coeur (Archives privées)

La laïcité de l'enseignement est décidée par la loi du 28 mars 1882 mais, faute de personnel, de nombreux congréganistes demeurent en place. Leur remplacement s'effectue peu à peu, au fur et à mesure de la sortie des promotions de l'école normale. Les jours des religieuses sont cependant comptés. À partir de 1903, la rue du Sacré-cœur est rebaptisée rue Edgar Quinet en hommage au poète dont on fête le centenaire de la naissance. La même année, les religieuses doivent quitter Calais. Le couvent du Sacré-cœur est mis en vente en 1907 au tribunal civil de Boulogne-sur-Mer.

2) Le couvent du Sacré-Coeur est acheté par la municipalité en 1907

Affiche de la mise en vente du couvent du Sacré-cœur (Archives municipales de Calais)

Le 23 mars 1907, la municipalité d’Edmond Basset achète le couvent du Sacré-Cœur (4). Pourtant, à l’époque, les édiles sont loin de vouloir faire de ce bâtiment un collège de jeunes filles, le futur collège Sophie Berthelot. Ce qui motive avant tout les élus de l’époque, c’est l’achat du terrain, une vaste propriété de quatre hectares particulièrement intéressante. D’abord, parce qu’elle gène le passage entre le boulevard Gambetta et les rues adjacentes : au début du siècle, la rue Edgar Quinet ne va pas jusque la rue des Quatre-Coins. L’achat du Sacré-cœur permet donc de désenclaver cette partie de Calais et de mieux la relier au boulevard Gambetta. De plus, il ne faut pas oublier que le quartier est en pleine expansion du fait du développement important de l’industrie de la dentelle : à la fin du XIXe siècle, les entreprises se multiplient dans les rues du Vauxhall, des Salines, des Soupirants.

Pour toutes ces raisons, les édiles sont très intéressés par cette vaste propriété. Lors de la séance du conseil municipal du 18 février 1907 (5), ils votent à la quasi-unanimité (20 voix contre 2) la décision de participer aux enchères sans même fixer de limite de prix.

Fort heureusement pour les finances communales, la Ville de Calais obtient le Sacré-cœur pour 235.000 francs, une somme inférieure à la valeur réelle du terrain. En effet, les enchères ont été boycottées par de nombreux acquéreurs potentiels, sans doute révoltés par l’expulsion des religieuses, peut-être intimidés par leurs menaces, mais aussi plus vraisemblablement refroidis par le mauvais état du couvent.

Pour empêcher la vente de leur ancienne propriété et protester contre leur expulsion du fait de décisions anticléricales, la Supérieure des Dames du Sacré-cœur placarde des affiches dans tout Calais. Voici un extrait du Petit Calaisien du 19 février 1907 qui en retranscrit certains passages :

« Au nom des intérêts dont j’ai la charge comme supérieure de cette maison, je proteste de toutes mes forces contre la spoliation dont nous sommes les victimes. J’affirme – et l’État le reconnaît comme nous -, notre droit absolu de propriété sur tous les biens et objets dont vous allez faire l’inventaire. Vos lois peuvent nous dépouiller, mais elles ne peuvent faire que cette maison ne soit plus notre bien, et quoi qu’il fasse, l’État sera toujours ici chez nous. Aujourd’hui nous cédons devant la force, contre laquelle des religieuses désarmées ne peuvent rien ; mais nous savons que l’heure de la justice sonnera, amenant avec elle la réparation de nos souffrances actuelles, car notre droit est imprescriptible ». Suivent en commentaire, des menaces à l’adresse des adjudicateurs éventuels de la propriété mise en vente ».

Juste après l’achat du Sacré-cœur, tout le quartier est alors rapidement réorganisé : les terrains achetés permettent de prolonger les rues du Bout-des-Digues, des Soupirants, du Vauxhall et Edgard-Quinet (6).

La municipalité ne sait pas quoi faire de l’ancien couvent. Elle songe d’abord à le raser purement et simplement, mais le bâtiment est trop important pour être démoli. Elle pense ensuite le transformer en hospice. Il en existe déjà un à l’époque (il s’agit aujourd’hui de la résidence Saint-Pierre proche de l’hôtel de ville) mais d’après un conseiller municipal, Joseph Duquenoy-Martel (futur maire de Calais), « il est inesthétique d’avoir un hospice sur le boulevard Jacquard ». Le projet est vite abandonné car trop coûteux et peu pratique : les pensionnaires âgés ayant dû être logés aux étages. Le couvent, alors laissé à l’abandon, aurait été littéralement pillé, les portes, les fenêtres, les carrelages sont récupérés. Il sert peut-être à des clubs, notamment de gymnastique, qui auraient « tout saccagé ». Mais les choses changent en 1908 : les élections municipales sont remportées par les socialistes d’Émile Salembier qui devient maire pour la seconde fois. Son projet est de faire de cet ancien couvent un établissement scolaire, le futur collège Sophie Berthelot.

La réorganisation du quartier du Sacré-Cœur (Archives municipales de Calais)

3) Émile Salembier et le projet de collège de jeunes filles

Né à Saint-Pierre-les-Calais en 1857, Louis Salembier, dit Émile, marque profondément la vie politique calaisienne durant la IIIème République. C’est sa rencontre avec Achille Couteaux, syndicaliste socialiste anticlérical, qui déclenche chez Salembier, ouvrier dans une usine de dentelle, la passion de l'action sociale et politique (7). Au cours des années 1880, il est chassé de son atelier de tulle pour menées syndicales. Il s'établit alors comme cafetier pour tenir des réunions politiques. Il se partage la tâche avec Alfred Delcluze : Salembier crée le syndicat des tullistes l'Union, tandis que Delcluze organise le Parti Ouvrier Français. En 1888, les deux hommes sont élus au Conseil municipal où ils expriment un anticléricalisme virulent, revendiquant la laïcisation de l'hospice, de l'hôpital, des bureaux de bienfaisance, mais aussi la création d'écoles laïques publiques dans les quartiers les plus populaires.

Élu maire en 1896, Émile Salembier et les élus socialistes se préoccupent notamment de l'enseignement supérieur et secondaire, en particulier féminin : dès novembre 1896, ils suppriment des cours secondaires pour créer une école primaire supérieure de filles, car Salembier veut « un enseignement meilleur et donné à plus d'élèves ». Calais est alors la seule ville du Littoral à disposer de ce type d'école doté d'un internat intégré. Elle recrute les élèves « désirant continuer leurs études pour se destiner à l'enseignement ou en vue de perfectionner leurs connaissances générales et professionnelles ». Salembier est également à l’origine du déménagement de l'école primaire supérieure de garçons dans des locaux plus spacieux, place de la République. Mais en 1898, il est battu par son rival, le socialiste Delcluze.

Après de longues années dans l’opposition où il se distingue par son talent de polémiste, il est élu maire, une seconde fois, en 1908. Sans s’être totalement assagi, il semble plus mesuré et « cherche davantage à construire qu’à démolir » (8). On lui doit de nombreuses réalisations : la construction de l’hôtel de ville, des abattoirs, l’organisation de cantines scolaires, de crèches, l’embellissement de la cité, l’amélioration de la voirie... Il dynamise très fortement l'école primaire supérieure de filles qu'il avait fondée. L’attrait de l’établissement est alors très fort. La création d’une cinquième année en fait une pépinière pour préparer les jeunes filles au concours de l'École Normale d'Arras. Cette spécificité explique l'intérêt particulier que le maire socialiste y porte, au point que cet établissement « devient l'un des plus importants de toute la France » en 1909.

Encouragé par le recteur de l’Académie, Georges Lyon, gendre du couple Berthelot, Salembier décide, en 1909, de créer un collège communal de jeunes filles au recrutement beaucoup plus bourgeois que l’EPS, mais à l’enseignement laïque. Car ses convictions anticléricales n’ont pas diminué, loin de là. Pour lui, « on ne peut pas être socialiste sans être libre penseur et laïque. On est laïque avant d'être socialiste ». Ainsi, au cours de son second mandat, il prend un arrêté contre les sonneries de cloches des églises, il enlève aux religieuses le soin des orphelines qui leur étaient confiées par la municipalité, etc. Et il donne au nouvel établissement le nom de... « Sophie Berthelot » lors de la séance du 16 novembre 1909 (9): « Madame Sophie Berthelot fut la compagne dévouée du grand savant qui a honoré le 19ème siècle, Marcelin Berthelot. Ce nom sera un enseignement de tous les instants pour les jeunes filles qui feront leurs études dans l’établissement ». C’est donc bien à l’épouse du scientifique, de l’homme politique, de l’ardent républicain, du libre-penseur que « l’anticlérical » Salembier pense en baptisant le nouvel établissement qui remplace, le symbole est fort, un ancien couvent (10). Quand on connaît sa vie et surtout celle de son illustre époux, on comprend bien que baptiser ainsi le nouvel établissement n’allait pas tout à fait de soi...

4) Les Berthelot, un couple uni jusque la mort

Aujourd’hui, on a presque totalement oublié l’oeuvre et la personnalité de Marcelin Berthelot (1827-1907) (11). Véritable « star » internationale de son vivant, il atteignait une gloire que nous avons aujourd’hui beaucoup de peine à imaginer. Sa renommée, Marcelin Berthelot la doit d’abord à une carrière scientifique exceptionnelle. C’est,avec Pasteur, l’un des savants français les plus importants de la seconde moitié du XIXe siècle. Ce chimiste, curieux de tout, a surtout fait des découvertes sur la synthèse de l’éthanol, du méthane, de l’acétylène et du benzène. Il doit aussi sa célébrité à une longue carrière politique sous la Troisième République : ardent républicain, il est sénateur inamovible et deux fois ministre, aux Affaires étrangères et à l’Instruction publique.

Mais ce qui le distingue surtout, c’est son engagement anticlérical, même s’il n’est pas un ennemi de la religion. En 1902, il devient président de la Libre pensée, association qui « vise à développer chez tous les hommes, l’esprit de libre examen et de tolérance [et qui] regarde les religions comme les pires obstacles à l’émancipation de la pensée ». Ses partisans le voyaient donc comme un bienfaiteur de l’humanité, le représentant de la pensée rationnelle, « capable d’en imposer à la Nature elle-même et de ravir à Dieu le mérite de la Création ».

C’est bien ce que retient Le Petit Calaisien du 20 mars 1907, qui lui rend hommage deux jours après son décès : « La mort de Marcelin Berthelot met en deuil l’humanité entière. Moins populaire que Pasteur (...), le grand homme qui vient de disparaître fut cependant un génie plus haut, plus fécond, plus complet. Libre penseur intégral, Marcelin Berthelot n’accorda rien aux préjugés du passé (...) Tandis que Pasteur, debout dans son laboratoire, restait agenouillé devant l’Église, Berthelot dressa fièrement au-dessus des superstitions misérables la statue intégrale de l’homme libre (...) Sans doute, bien des gloires, bien des réputations même, furent plus éclatantes et plus bruyantes que la sienne. Mais aucune ne fut aussi pure ni aussi sublime ».

Il est donc en quelque sorte le premier scientifique au sens actuel du terme, c’est-à-dire un savant qui base ses analyses par l’observation et qui s’affranchit totalement de la religion. C’est ce que ne lui pardonnent pas la droite catholique et sa presse qui ne cache pas son « immense dégoût causé par l’orgie athée » qu’engendrent ses découvertes et prises de position.

En 1907, la cérémonie grandiose au Panthéon se termine en apothéose avec l’Ode à Berthelot déclamée avec lyrisme par Albert Lambert de la Comédie française. En voici un extrait (12):

« Ô Berthelot, ta vie est un superbe exemple,

Que la Science éclaire tout !

Elle nous apparaît plus sublime qu'un temple,

Cette chambre où tu meurs debout.

[...] Berthelot, nous venons te demander, ô Maître,

Le droit conseil et le soutien :

Redis-nous ce qu'il faut que nous fassions pour être

Honnête homme et pur citoyen.

[...] Et puis nous mènerons nos fils lire la pierre

Où brille ton nom triomphant,

Afin que noblement s'ouvre leur âme, fière

Que la France t'eût pour enfant ! »

L’Ode à Berthelot

Le buste de Marcelin Berthelot par Rodin (Cliché de l’auteur)

À côté de son célèbre mari, Sophie Berthelot, semble beaucoup plus effacée. Toute sa vie elle est restée, à l’image de la femme de l’époque, une épouse fidèle et dévouée qui lui donne six enfants. Mais ce sont les circonstances de sa mort qui ont largement contribué à sa renommée et à son entrée au Panthéon. Le 18 mars 1907, Sophie Berthelot, atteinte d’une sévère maladie cardiaque depuis plusieurs mois, rend son dernier soupir à l’âge de 70 ans. Un journaliste nous donne de ces instants tragiques une version détaillée et attendrissante :

« Sans une plainte, sans une souffrance peut-être, M. Berthelot poussa un grand cri, puis alla s'écrouler dans un canapé, dans la pièce voisine. Quelques instants plus tard, on le retrouva là. Déjà immobile et glacé par l'approche de la mort [...] Les yeux du savant se fermèrent à leur tour [...] Quelques instants après, tout Paris connaissait la nouvelle [...] ».

Portrait de Sophie Berthelot (Source : Daniel Langlois-Berthelot, op.cit.)

Le monde entier est frappé d’émotion par la beauté de la fin si soudaine du savant et de sa femme.

En France, le Conseil des ministres décide, le 22 mars 1907, soit seulement quatre jours après leur mort, d’organiser des funérailles nationales à Marcelin Berthelot et de l’inhumer au Panthéon, où une sépulture n’est accordée, en général, qu’après une période de trente ans. La famille accepte à une condition : que son épouse ne soit pas séparée. Les obsèques du couple Berthelot ont donc lieu le 25 mars 1907 lors d’une cérémonie grandiose : Aristide Briand, ministre de l’Instruction publique, rappelle que

« Sophie Berthelot avait toutes les qualités rares qui permettent à une femme belle, gracieuse, douce, aimable et cultivée, d’être associée aux préoccupations, aux rêves et aux travaux d’un homme de génie. ».

Elle est restée la seule femme au Panthéon jusqu’en 1995, date à laquelle la rejoint Marie Curie.

II – Le collège Sophie Berthelot de 1910 à 1945
1) Les premières rentrées du nouvel établissement

Au début de l’année 1909, le ministère de l’Instruction publique donne son accord et garantit le financement de la moitié du projet. Émile Salembier confie alors la transformation du couvent en établissement scolaire à l’architecte Louis Debrouwer qui en estime le coût à 733.193 francs. Le Conseil municipal vote la prise en charge de la moitié de cette somme par la Ville, le reste par celle de l’État.

Le coût des travaux est assez élevé pour l’époque mais, pour la municipalité, ce projet architectural ambitieux répond à un double objectif : capter la « clientèle » anglaise et rompre avec l’aspect carcéral des collèges d’autrefois. En mai 1909, l’accord est donné à la ville de Calais pour entamer le chantier.

Une vue générale du collège Sophie Berthelot dans les années 1920 (Archives privées)

Figure 7 : une chambre d’Anglaise dans les années 1920 (Archives privées)

Le lundi 10 octobre 1910, le collège « Sophie Berthelot » ouvre enfin ses portes. Prévu pour 150 élèves, il en accueille seulement 67 lors de la première rentrée.

La composition du personnel reflète les objectifs de l’enseignement dispensé aux jeunes filles à l’époque. Ainsi en 1911, la directrice, Mlle Bordenave, est assistée d’une équipe composée de professeurs de lettres, de sciences, d’anglais, de dessin et de couture, ainsi que de trois enseignantes en charge des primaires. En effet, à cette époque l’éducation des filles reste un sujet de vives polémiques. L’enseignement destiné aux filles est considéré comme moins important que celui destiné aux garçons. Il vise à dispenser un minimum de culture générale et insiste sur des domaines jugés plus féminins. Ce n’est qu’en 1925 que les programmes sont alignés sur ceux des garçons.

L’équipe éducative est également composée de personnel non-enseignant comme des surveillantes d’externat pour le pensionnat. En 1912, un nouveau poste d’enseignante en primaire est créé, signe manifeste du succès de l’établissement dont les effectifs gonflent chaque année : 67 élèves en 1910, 107 en 1911, 115 en 1912 et 117 en 1913. C’est également afin d’assurer l’entretien d’un tel bâtiment qu’il faut embaucher une « femme de charge » pour le nettoyage. Le matériel pédagogique est acquis progressivement. C’est ainsi qu’en 1911 des « cartes géographiques », « des tableaux muraux », des « tableaux de lecture » sont achetés par le collège.

Une salle de classe dans les années 1920 (Archives privées)

Une classe en 1912-1913 (Archives privées)

Quant aux élèves, il s’agit de Françaises ou d’Anglaises âgées de 6 à 13 ans, plutôt « de bonne famille », mais dans certains cas, la Ville octroie des bourses aux plus méritantes, lorsqu’elles sont dans une situation délicate (perte d’un parent,…).

Il faut également noter que la question du transport scolaire apparaît déjà comme cruciale, au point que la direction demande la mise en place d’un service d’omnibus qui prendrait en charge les élèves non-pensionnaires habitant loin du collège, mais la commission des Finances rejette cette demande, estimant que les tramways calaisiens remplissent déjà cette fonction.

2) De 1914 à 1939, le temps des épreuves pour le collège Sophie Berthelot

Le premier conflit mondial a porté un coup rude à l’établissement. Dès les premiers jours de la guerre, il est réquisitionné pour être transformé en hôpital militaire par un comité de la Croix-Rouge de Calais et la « British Red Cross and Saint John ». L’« hôpital Berthelot », comme on l’appelle alors, reçoit, d’octobre 1914 à juillet 1915, de nombreux militaires blessés. Les élèves, externes et pensionnaires, sont accueillis « dans un autre immeuble ». À la rentrée 1915, la Croix-Rouge a quitté l’établissement mais les conditions restent difficiles à Berthelot et ce pendant tout le reste du conflit, à cause de l’importante dégradation des locaux et surtout des bombardements allemands, notamment par zeppelins (13), qui redoublent d’intensité de 1915 à 1918. Deux raids touchent Berthelot : l’un en 1915, qui déclenche un incendie important, et un autre en 1917 qui endommage la cour. Les caves du collège sont alors aménagées et servent de refuge aux habitants du quartier en cas d’alerte.

Les bombardements allemands durant la Première Guerre mondiale (Source : A. Chatelle et G. Tison, op.cit.)

Des soldats blessés soignés à l’« hôpital Berthelot » (Archives privées)

En 1918, la vie reprend lentement son cours mais dans des locaux encore marqués par la guerre. Les réparations tardent car les finances de la Ville sont au plus bas. Et ce qui scandalise le Conseil municipal, qui ne veut pas investir pour son collège, c’est la faiblesse des effectifs et en particulier ceux des « pensionnaires », dix-huit au total (les rares internes sont en immense majorité des Anglaises), ce qui est très faible par rapport à la capacité d’accueil. C’est cette situation que dénonce inlassablement le conseiller Jacques Vendroux. Selon lui, le « lycée de jeunes filles », qui coûte une fortune, est totalement inutile car il ne sert pas aux Calaisiennes (« j’aime beaucoup les Anglaises mais je trouve qu’elles coûtent trop cher ») et car « il n’a de lycée que le nom » puisque les élèves qui y passent le baccalauréat sont rares, faute de candidates mais aussi de professeurs agrégés et certifiés.

Après avoir milité pour la suppression de l’établissement, il ne cesse de réclamer son transfert dans un autre bâtiment. Il n’hésite pas à faire paraître dans la presse une tribune dans laquelle il expose ses projets pour un collège beaucoup plus économique. Il propose de transférer les élèves dans les bâtiments, plus petits, de l’Hospice et d’accueillir à Berthelot « les vieillards dans les splendides locaux occupés […] par les dix-huit pensionnaires […] Combien pourrez-vous faire d’heureux, en les mettant dans un bel établissement avec parc ! Beaucoup ont eu une vie de misère, et vous leur procurerez du bien-être pour les quelques mois qui leur reste à vivre ! » (14).

Mais les édiles ne partagent pas son avis : beaucoup veulent garder le collège et attirer davantage d’élèves en multipliant les bourses, en hébergeant des pensionnaires de l’École Primaire Supérieure (qui accueille gratuitement les jeunes filles de la classe ouvrière) et en faisant « de la propagande ». C’est peut-être à cette époque, mais cela demande confirmation, que la municipalité fait rééditer la série de cartes postales intitulée « un des plus beaux collèges de France ». Pourtant, une partie des locaux, du fait de la guerre, se trouve dans un état de vétusté avancé, au point que certains conseillers municipaux proposent purement et simplement de construire un nouveau collège. Mais pour Léon Vincent, maire de 1925 à 1934, il faut plutôt réparer Sophie-Berthelot : « lorsqu’une culotte est trouée, on la répare ; on n’en achète pas une neuve ». Son choix est d’investir massivement pour rendre l’établissement beaucoup plus accueillant : on y installe de nouvelles portes en fer forgé pour remplacer les anciennes en bois, une nouvelle clôture, de nouveaux parquets...

Une carte postale de la série « un des plus beaux collèges de France » éditée dans les années 1920 (Collection de l’auteur)

Plans d’agrandissement du collège Berthelot (Archives de l’établissement)

Mais au début des années 1930, après Berthelot, c’est une autre école qui préoccupe les édiles : l’École Primaire Supérieure de jeunes filles, (aujourd’hui le collège Jean Jaurès). Son état est lamentable et il est « indigne d’une ville comme la nôtre » juge Lucien Vadez (15), alors conseiller municipal d’opposition, très attaché à cet établissement au recrutement populaire. La solution proposée par Léon Vincent est la construction d’une nouvelle EPS à Berthelot afin de regrouper les deux établissements. Il s’agit de transformer le vieux collège de 1909 en une vaste école à la fois primaire, secondaire et technique. Cet important projet, rapidement voté en 1934 (le maire veut en faire un argument électoral pour les élections de 1935) est confirmé par la nouvelle municipalité socialiste de Vadez. Les plans, dessinés en 1937 par l’architecte Roger Poyé, prévoient de faire un grand établissement, pour 700 jeunes filles, regroupant enseignement primaire (EPS), secondaire (collège) et technique (des cours professionnels de dactylographie). Mais le chantier prend du retard à cause d’un conflit social dans le bâtiment. Les travaux ne peuvent débuter qu’au début de l’année 1939 : ils sont rapidement interrompus par la guerre.

3) Le collège Sophie Berthelot pendant la seconde Guerre mondiale

Le 3 septembre 1939, la France déclare la guerre à l’Allemagne nazie. Le chantier, qui se poursuit difficilement durant la « drôle de guerre », est stoppé en mai 1940. Avec l’offensive vers l’Ouest déclenchée par Hitler, les Pays-Bas et la Belgique tombent en quelques jours et Calais devient alors une cible prioritaire pour les Allemands qui veulent à tout prix empêcher le rembarquement du corps expéditionnaire britannique. 3000 Anglais et 800 Français défendent la ville.

C’est trop peu face à la 10ème Division de Panzers. Après quelques jours d’une résistance héroïque, qui permet l’évacuation des troupes franco-britanniques encerclées à Dunkerque, Calais capitule le 26 mai à 16 h 45.

Le port et surtout la ville ont durement souffert : seuls la tour du Guet, Notre-Dame et le phare sont encore debout. Pour les Calaisiens, ce sont des années difficiles, faites de privations, de couvre-feu et de bombardements alliés fréquents.

Les informations relatant l'histoire de l'établissement sont alors rares et lacunaires. Nous disposons cependant de témoignages capitaux, en particulier celui du concierge de l’établissement, M. Sauvage, recueilli en 1946 par L. Laboureur, expert chargé d'évaluer les dégâts mobiliers dans le cadre de la Reconstruction (16). C’est ainsi qu’on y apprend l’arrivée des Allemands le 28 mai 1940 à Berthelot. Ils y soignent des blessés avec du personnel hospitalier venu de Belgique. En juin, ils y installent des batteries de D.C.A, des services d'espionnage, puis un bataillon d'infanterie. Finalement, à partir du 2 juillet, c'est une formation de marine qui arrive et y demeure jusqu'à la fin du conflit. Ils construisent rapidement un abri antiaérien (Luftschutz), un bunker (« blockhaus » en « français ») qui existe toujours aujourd’hui malgré les différentes rénovations de l’établissement. D'après le concierge, les Allemands lui confient la mission de faire des tours de garde dans l'enceinte de l'établissement. C'est lors de celles-ci qu'il constate la disparition progressive du matériel : « jusqu'à 20 voyages de camions en deux jours, partant pour une destination inconnue ». Le reste du matériel est démoli ou détruit par le feu. Seul le matériel de physique-chimie et d' « histoire naturelle » échappe à cette issue, car il est installé dans une classe provisoire située rue Auber. Mais il disparaît à son tour à la suite d'un bombardement.

Le blockhaus construit par les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale (Cliché de l’auteur)

Le 6 juin 1944, c’est le débarquement en Normandie. En septembre, la 3ème Division d’Infanterie canadienne entreprend le siège de la ville, qui est bombardée jour et nuit. On évacue les civils mais 20 000 Calaisiens refusent de partir. Les Allemands se rendent le 30 septembre 1944. Lorsque Gabrielle Debey, originaire de Haute-Saône, est nommée, par le Ministère, directrice de Sophie-Berthelot, le seul collège d’État de la ville, elle découvre un bâtiment ancien totalement délabré et bombardé ainsi qu’une aile inachevée. « Durant sa première année scolaire, elle est logée dans un appartement au beau milieu de ces ruines, un appartement qui n’en est pas un, sans électricité... » (17). Elle tente de faire exister le collège dans des locaux rue Leveux, en attendant un aménagement sommaire des bâtiments du boulevard Gambetta.

Pour transformer ces ruines en un établissement d’enseignement, le travail est énorme. Mais il faut assurer la continuité du service public, malgré des conditions exceptionnellement difficiles.

Dès la rentrée de 1947, les collégiennes reviennent à Sophie-Berthelot qui peut même accueillir ses premières internes. Certes, une énorme carcasse inachevée ne peut être utilisée (il s’agit de toute la partie à gauche du CDI actuel) mais les élèves retrouvent enfin leur école définitive. Les salles sont restaurées et repeintes. Ainsi on peut lire dans l’édition du 2 octobre 1947 de Nord Littoral : « Du matériel neuf a meublé les classes. Des tableaux noirs muraux à charnières d’un modèle pratique ont été apposés. Dans les couloirs secondaires, les lavabos ont été réinstallés et il règne un certain confort »...

III – Sophie Berthelot de 1947 à nos jours : du « petit collège » au « grand lycée »
1) Un établissement scolaire face à la démocratisation de l’enseignement

Dans la deuxième moitié du XXe siècle, Sophie-Berthelot doit faire face à un nouveau défi : l’arrivée massive de nouveaux élèves. Avec la démocratisation de l’enseignement et la scolarisation des générations du baby boom, le problème récurrent est le manque de place : il faut absolument agrandir. En 1954, le Conseil municipal confie aux architectes calaisiens Roger Poyé et Jean Soupey, le soin de réaliser, grâce aux dommages de guerre, les premiers « vrais » travaux d’agrandissement (18). Le chantier commence en 1956 et s’achève en 1958.

Une vue du lycée Sophie Berthelot après la rénovation des années 1950 (Archives privées)

Le bâtiment ancien, le « vieux collège » de 1909, est transformé en internat (c’est d’ailleurs encore en partie son utilité) et un bâtiment nouveau est construit le long de la rue des Salines pour l’externat en raison de sa capacité d’agrandissement vers le sud. D’après les architectes, il est alors « impossible d’envisager la démolition du blockhaus, qui absorberait un nombre respectable de millions » (le même problème se posera pour la rénovation de 1998). Il est prévu d’y installer, au-dessus, l’infirmerie et des logements de fonction. La cour est aménagée pour recevoir des terrains de gymnastique, de basket et de volley ball.

Malheureusement, pour les générations d’élèves qui se succèdent jusqu’aux années 1990, l’esthétique est dans le plus pur style des constructions de l’après-guerre et les bâtiments changeront peu. L’immense façade gris béton qui recouvre à la fois le vieux collège et la nouvelle aile rend l’ensemble uniforme mais lui donne un aspect assez triste.

Cependant, grâce aux subventions du ministère des Affaires culturelles, des oeuvres d’artistes locaux apportent, au fil du temps, quelques touches plus esthétiques Seys réalise une frise sur le mur de la façade. Enfin en 1979, Henri Lhotellier crée une série de vitraux colorés dont un est encore visible aujourd’hui (19).. C’est ainsi qu’une sculpture métallique de Léon Georges Buisseret (qui a réalisé, entre autres à Calais, le buste de Léon Vincent au Courgain) décore, à partir de 1961, les grilles du lycée. En 1973, l’artiste peintre Camille François

Un des vitraux de Lhotellier réalisé en 1979 (Cliché de l’auteur)

Une photo de classe de 1963-1964 (Archives de l’établissement)

Pendant les années 1950, le collège Sophie Berthelot n’accueille que des jeunes filles, 400 environ mais dans les cours professionnels, les classes sont mixtes. La discipline y est stricte. Toutes les élèves qui ont fréquenté l’établissement pendant ces années se souviennent de « Mademoiselle Debey », la directrice de 1945 à 1969, et en particulier de son pas marqué qui résonnait sur les planchers des longs couloirs (20). Les jeunes filles portent la blouse blanche. À l’entrée du réfectoire, elles « observent le silence le plus complet, vont se laver les mains et gagnent leurs tables, toujours en silence ». Elles ne s’assoient qu’au signal. « Les élèves peuvent parler sans élever la voix [mais] si le brouhaha devient trop fort, la maîtresse d’internat [...] impose le silence complet ». Pour les internes, les promenades sont autorisées : selon le règlement intérieur, au moment du départ, « la maîtresse d’internat procède à une vérification de la tenue […] Celle-ci doit être correcte et soignée : le vêtement bleu marine, les gants blancs, les socquettes ou bas, ainsi que le béret bleu marine sont obligatoires. Il est inutile de préciser que le béret ne sera pas enlevé sitôt la porte de sortie passée... » (21).

Des années 1960 aux années 1990, les effectifs gonflent par l’effet du baby boom et l’arrivée d’élèves nouveaux. D’abord en 1960, quand Berthelot devient également un lycée de filles. Il est alors un des trois lycées de Calais avec République (le lycée de garçons) et l’Institution privée Saint-Pierre, rue du Four à Chaux. En 1962, Berthelot, jusqu’alors établissement municipal, est nationalisé et les garçons arrivent de plus en plus nombreux. Dans les années 1970, il accueille les sportives de la GRS et en 1982, la première section sports-études GRS de France. Ce sport alors inconnu à Calais est introduit par Mme Bonvoisin, professeur d’éducation sportive de l’établissement. Dans les années 1980, les effectifs du lycée gonflent encore avec l’objectif fixé des 80% d’une classe d’âge au bac, l’arrivée de nouvelles sections BTS et l’ouverture des nombreuses options qui font la spécificité de l’établissement aujourd’hui : Arts plastiques, Théâtre, Education musicale. Dans les années 1990, « Sophie » est une vaste cité scolaire qui accueille près de 2000 élèves mais dans des bâtiments, devenus au fil du temps, un peu trop petits...

La sortie dans les années 1990 (Archives de l’établissement)

Les chefs d’établissement de 1946 à nos jours :

  • 1946-1969 : Gabrielle Debey
  • 1969-1977 : Simone Rollin
  • 1977-1982 : Jean-Pierre Garcia
  • 1982-1985 : Françoise Gentil
  • 1985-1987 : Daniel Maréchal
  • 1987-1990 : Gérard Delebarre
  • 1991-1994 : Hervé Vandenberghe
  • 1994-2002 : Bernard Annota
  • 2002-2008 : Annie Braems
  • Depuis 2008 : Anne Blouin
2) Une rénovation nécessaire

Avec le vote des lois de décentralisation en 1982, la commune n’est plus en charge des établissements d’enseignement secondaire. C’est désormais la Région qui prend en main le destin du lycée Sophie Berthelot. Le département gère dorénavant les collèges et le transport scolaire. Seules les écoles maternelles et primaires restent du ressort de la commune. À la fin des années 1990, le déménagement du collège est prévu (c’est l’actuel collège des Dentelliers, construit dans l’ancienne usine de dentelles Gaillard), et la Région décide de rénover et restructurer le lycée qui désormais occupera l’ensemble des locaux.

Associé à Hubert Wacheux, l’architecte Fernand Soupey établit un premier constat (22): un lycée triste avec ses façades en ciment non peintes, des surfaces exigües, l’absence d’un hall d’accueil pour les élèves, trop peu de locaux de vie scolaire, un petit CDI, des salles de cours peu accueillantes, une demi-pension sous dimensionnée, des dortoirs obsolètes, une chaufferie au charbon, une mauvaise isolation thermique, et, pire encore, un établissement non conforme sur le plan de la sécurité et de l’accessibilité aux handicapés ! Le coût de la rénovation est estimé à 65 millions de francs, hors taxes et sans les équipements. Au total, la région Nord-Pas-de-Calais investit 100 millions pour rendre le lycée Sophie Berthelot accueillant et fonctionnel !

Le chantier débute en 1998. Les contraintes sont énormes car le site est occupé et le lycée doit enmême temps assurer sa fonction éducative. Il faut donc réaliser les grosses démolitions pendant les vacances scolaires, isoler le chantier des élèves et des enseignants, et essayer de perturber le moins possible les cours, malgré la poussière, le bruit, les livraisons de matériaux et l’évacuation des déchets (23). Lorsque les travaux prennent fin en 2001, Berthelot a pris un sacré coup de jeune. Les transformations extérieures sont importantes : une esplanade d’accueil des lycéens a été créée sur le boulevard Jacquard et les espaces extérieurs ont été restructurés avec une cour minéralisée et un nouveau terrain de sport. L’intérieur du bâtiment est, lui aussi, totalement transformé : un grand espace d’accueil a été réalisé pour les élèves, les salles de cours ont été rénovées et regroupées par spécificité d’enseignement. Une salle des professeurs a été créée dans l’ancien appartement du chef d’établissement, les dortoirs ont été restructurés en chambres de quatre personnes avec douches, lavabos et sanitaires. Les cuisines et la demi-pension ont également été entièrement refaites avec distribution en libre service.

Une vue actuelle du lycée (Cliché de l’auteur)

Le nouveau centre de documentation, aux lignes résolument contemporaines, symbolise la nouvelle image du lycée. Sa forme en arc de cercle adoucit la rigidité originelle des bâtiments. Sa façade vitrée sur toute la longueur est inclinée du haut vers le bas afin que le soleil n’éblouisse pas les lecteurs et ne surchauffe pas les espaces. La même démarche HQE (Haute qualité environnementale) a incité les architectes à conserver la taille très haute des fenêtres existantes, permettant ainsi un éclairage naturel intégral des locaux. Tout en restructurant de fond en comble les bâtiments, les architectes ont tenu à conserver quelques éléments historiques, notamment au niveau de la demi-pension, en semi sous-sol. Enfin, toutes les façades sont habillées d’une vêture blanche pour magnifier l’établissement et en faire, comme le proclamaient les cartes postales du siècle dernier, l’un des « plus beaux lycées de France ».

(1) Albert Vion, Calais et Saint-Pierre au XIXe siècle, Westhoek-Editions, 1982.

(2) La braderie du Vauxhall aurait été créée au début du XXe siècle par un certain Griset au retour de la braderie de Lille. Voir Fernand Rolet, Calais à travers 100 rues, places et lieux-dits, La Voix du Nord, 1998.

(3) Albert Vion, op.cit.

(4) Archives municipales de Calais, délibération du Conseil municipal du 5 avril 1907.

(5) Le Petit Calaisien, 19 février 1907.

(6) AMC, série M, Projet Collège jeunes filles, ex-couvent du Sacré-Cœur (Boulevard Gambetta).

(7) Roland Delattre, L'affirmation progressive d'une République laïque et sociale à Boulogne-sur-Mer et à Calais : 1879-1914, mémoire de maîtrise, ULCO, sous la direction de Bruno Béthouart, 2007.

(8) Robert Chaussois, Les maires de Calais de 1885 à nos jours, La Voix du Nord, 199

(9) AMC, délibération du Conseil municipal du 16 novembre 1909. (

10) Émile Salembier reste maire jusqu’en 1912 où il redevient conseiller municipal. Il est élu député en 1914 et décède en 1919. Pour honorer sa mémoire, un buste orne la place qui porte son nom à la Nation. En son hommage, une salle du lycée Sophie Berthelot a été baptisée « Émile-Salembier » lors des manifestations pour le centième anniversaire de l’établissement.

(11) Daniel Langlois-Berthelot, Marcelin Berthelot, un savant engagé, J-C Lattès, 2000, 369p

(12) Jean Jacques, Berthelot, autopsie d’un mythe, Belin, 1987

(13) Albert Chatelle et G. Tison, Calais pendant la guerre (1914-1918), Paris, 1927.

(14) AMC, délibération du Conseil municipal, 25 novembre 192

(15) AMC, délibération du Conseil municipal, 22 février 192

(16) AMC, série M61.

(17) N ord Littoral, 15 juillet 2004

(18) AMC, délibérations du Conseil municipal, 7 avril 1940.

(19) AMC, M364 : lycée Sophie Berthelot, 1ère et 2e tranche, honoraires, décoration, financement, aménagement et extension.

(20) Nord Littoral du 15 juillet 2004.

(21) Archives du lycée Sophie Berthelot, règlement intérieur années 196

(22) Témoignage de l’architecte.

(23) Nord Littoral, 19 juillet 2000.

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