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Gentille Annette de Boëldieu

La musique que vous entendez, jouée depuis 1821 sur les toits de Calais, est l'air de 'Gentille Annette' de Boëldieu, interprété par Michel Hippolyte.

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Marie Stuart

Proverbe anglais :
Si tu veux vaincre le Français, commence d’abord par l’Écossais.
Marie Stuart naquit le 06 décembre 1542 dans un contexte difficile pour l’Ecosse : la défaite militaire de Solway Moss face aux Anglais, douze jours avant, et la mort du roi son père, huit jours après. Une dizaine d’années auparavant, Henri VIII d’Angleterre avait rompu avec l’Église catholique romaine dans le cadre de son remariage avec Anne Boleyn et il attendait que son neveu Jacques V d’Écosse en fasse autant. Ce dernier, peu soucieux de se placer sous la houlette de son puissant et turbulent voisin, rechercha en France une alliance qui lui permettrait de maintenir ses positions. En 1537, il épousa Madeleine de France, la fille de François 1er, mais cette union fut de courte durée car The Queen consort Madeleine décéda quelques mois seulement après son arrivée en Écosse. Persévérant, Jacques V se remaria moins d’un an plus tard avec Marie de Guise, fille du duc de Lorraine et sœur du futur libérateur de Calais, une famille renommée pour son catholicisme militant. De cette union naquirent bientôt deux fils, morts en bas âge, puis la petite Marie. Il n’y en aurait pas d’autre, et Marie fut proclamée reine d’Écosse au berceau, sa mère assumant la régence jusqu’à la majorité.
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Passagers Mensuels

Marie Stuart quitte le France à jamais

Proverbe anglais :
Si tu veux vaincre le Français, commence d’abord par l’Écossais.
Marie Stuart naquit le 06 décembre 1542 dans un contexte difficile pour l’Ecosse : la défaite militaire de Solway Moss face aux Anglais, douze jours avant, et la mort du roi son père, huit jours après. Une dizaine d’années auparavant, Henri VIII d’Angleterre avait rompu avec l’Église catholique romaine dans le cadre de son remariage avec Anne Boleyn et il attendait que son neveu Jacques V d’Écosse en fasse autant. Ce dernier, peu soucieux de se placer sous la houlette de son puissant et turbulent voisin, rechercha en France une alliance qui lui permettrait de maintenir ses positions. En 1537, il épousa Madeleine de France, la fille de François 1er, mais cette union fut de courte durée car The Queen consort Madeleine décéda quelques mois seulement après son arrivée en Écosse. Persévérant, Jacques V se remaria moins d’un an plus tard avec Marie de Guise, fille du duc de Lorraine et sœur du futur libérateur de Calais, une famille renommée pour son catholicisme militant.

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Ferdinand, Duc d'Orléans

Né à Palerme le 03 septembre 1810, pendant l'exil de ses parents, il porte un prénom inusité dans la maison d'Orléans, en hommage au roi Ferdinand de Sicile, son grand-père. On lui donne à la naissance le titre de duc de Chartres. Il vient en France pour la première fois à la chute de Napoléon - il n’a alors que trois ans – et n’y demeure que quelques mois puisque le retour de l’Empereur pour les Cent-Jours contraint la famille à s’exiler de nouveau. Le 14 mars, la duchesse d’Orléans et ses quatre enfants embarquent à Calais pour l’Angleterre. C’est également par Calais, deux ans plus tard, qu’ils effectuent leur retour – définitif ; ils y passent la nuit du 12 avril 1817.
À Paris, le jeune prince reçoit une éducation volontairement identique à celle de ses condisciples du collège Henri-IV, dont Alfred de Musset qui devient son ami. Par la suite, il suit les cours de l’École polytechnique. À quatorze ans, il est nommé officier par le roi Charles X, et rejoint son régiment à Lunéville.
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Passagers Mensuels

Ferdinand, Duc d'Orléans

Né à Palerme le 03 septembre 1810, pendant l'exil de ses parents, il porte un prénom inusité dans la maison d'Orléans, en hommage au roi Ferdinand de Sicile, son grand-père. On lui donne à la naissance le titre de duc de Chartres. Il vient en France pour la première fois à la chute de Napoléon - il n’a alors que trois ans – et n’y demeure que quelques m0ois puisque le retour de l’Empereur pour les Cent-Jours contraint la famille à s’exiler de nouveau. Le 14 mars, la duchesse d’Orléans et ses quatre enfants embarquent à Calais pour l’Angleterre. C’est également par Calais, deux ans plus tard, qu’ils effectuent leur retour – définitif ; ils y passent la nuit du 12 avril 1817.
À Paris, le jeune prince reçoit une éducation volontairement identique à celle de ses condisciples du collège Henri-IV, dont Alfred de Musset qui devient son ami. Par la suite, il suit les cours de l’École polytechnique. À quatorze ans, il est nommé officier par le roi Charles X, et rejoint son régiment à Lunéville.

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Robert Fulton

Robert Fulton est un ingénieur, né en 1765 en Pennsylvanie. Son goût et son talent pour la peinture l’amènent à s’installer en Grande-Bretagne en 1786, où il fréquente l’atelier du peintre Benjamin West mais il se spécialise rapidement dans le dessin industriel car il est aussi un inventeur. Dix ans plus tard, il décide de partir à Paris, pour un court séjour, semble-t-il, avec l’intention d’y présenter son brevet de plan incliné pour canal (qui anticipe celui de l’ascenseur à bateau). Il a alors trente et un ans, et n’est pas encore célèbre.
La chance nous a donné un témoin direct du début de son séjour à Calais, en l’occurrence l’aristocratique madame de Gontaut, née de Montault, laquelle, séjournant en Italie avec ses parents en 1792, s’était trouvée comme eux victime des évènements révolutionnaires. Émigrés sans l’avoir prémédité, ils résident depuis lors en Angleterre avec peu de ressources. C’est pour tenter de récupérer des biens de famille que Mme de Gontaut, alors âgée de vingt-trois ans et qui vient de mettre au monde des jumelles, décide de rentrer au pays. À Douvres, elle négocie un faux passeport au nom de Mme Française (Françoise), commerçante en dentelle. Elle a laissé dans ses Mémoires un récit des évènements.
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Passagers Mensuels

Robert Fulton dans le Calaisis

Robert Fulton est un ingénieur, né en 1765 en Pennsylvanie. Son goût et son talent pour la peinture l’amènent à s’installer en Grande-Bretagne en 1786, où il fréquente l’atelier du peintre Benjamin West mais il se spécialise rapidement dans le dessin industriel car il est aussi un inventeur. Dix ans plus tard, il décide de partir à Paris, pour un court séjour, semble-t-il, avec l’intention d’y présenter son brevet de plan incliné pour canal (qui anticipe celui de l’ascenseur à bateau). Il a alors trente et un ans, et n’est pas encore célèbre.
La chance nous a donné un témoin direct du début de son séjour à Calais, en l’occurrence l’aristocratique madame de Gontaut, née de Montault, laquelle, séjournant en Italie avec ses parents en 1792, s’était trouvée comme eux victime des évènements révolutionnaires. Émigrés sans l’avoir prémédité, ils résident depuis lors en Angleterre avec peu de ressources. C’est pour tenter de récupérer des biens de famille que Mme de Gontaut, alors âgée de vingt-trois ans et qui vient de mettre au monde des jumelles, décide de rentrer au pays.

Reproduction interdite sans l'autorisation formellement écrite des 'Amis du Vieux Calais'.
UNE REINE D'ANGLETERRE INDESIRABLE DANS CALAIS

(Texte de Philippe Cassez)

La reine Caroline

Le roi George IV

Maria Fitzherbert

Charles d’Angleterre et Camilla ont célébré en 2005 un mariage qui a fait controverse. D’aucuns ont crié au scandale, et la reine elle-même n’a pas assisté pas à la signature des époux. Le souvenir de Diana, la première épouse, encore très présent dans la mémoire collective des Britanniques, était sans doute pour beaucoup dans ces réactions négatives, voire hostiles. On évoquait une tempête pour la monarchie. Cela n’était pas nouveau : les amours parallèles du prince de Galles alimentaient les médias depuis un quart de siècle.

En réalité, cela fait très longtemps que les Anglais s’offusquent – ou s’amusent – des frasques conjugales de la famille royale. Ils y trouvent un plaisir voyeur et malsain qui se perpétue de siècle en siècle, telle une tradition nationale. Charles pourrait chercher dans l’histoire de ses ancêtres matière à réflexion et réconfort. Il y trouverait un précédent troublant, un air de « déjà vu », qui met également en scène l’héritier du trône, son épouse et sa maîtresse, et l’on peut rapprocher le trio contemporain Charles–Diana–Camilla du trio passé George-Caroline-Maria. Dans les deux cas, il y a double mariage ; dans les deux cas, l’épouse « principale » décède, laissant le champ libre à sa rivale. Singulière histoire que celle-ci, qui met indirectement en scène la ville de Calais, par où sont passés plusieurs protagonistes de ce feuilleton qui a tenu l’Europe en haleine.

Né pendant l’été de 1762, George est le premier des treize enfants de George III, donc l’héritier de la couronne. Il ne s’entendra jamais avec son père et, dès l’âge de dix-huit ans, le prince de Galles se voit reprocher ce penchant pour la boisson et les aventures galantes qui lui ont longtemps donné mauvaise réputation. En partie pour fuir la suspicion et les critiques, il se fait construire, à la fin des années 1780, le célèbre et exotique Royal Pavilion de Brighton où il peut se retirer et s’isoler avec ses amis, collectionner les tableaux de peinture et se consacrer à la gastronomie comme à la musique, car il chante et joue du piano chaque jour et envoie une bourse annuelle à Beethoven, qui n’est pourtant pas à son service.

En 1784, ce prince cultivé et bon vivant fait la connaissance d’une roturière, Maria Fitzherbert, de six ans son aînée, déjà deux fois veuve alors qu’elle n’a pas trente ans. Il n’en fait pas seulement une maîtresse de plus, mais bel et bien sa femme, puisqu’il l’épouse le 15 décembre 1785, après lui avoir envoyé sa demande sous la forme d’une lettre de… six mille mots ! Union secrète, qui pose doublement problème. Le Royal Marriage Act de 1772 interdit toute union d’un membre de la famille régnante avant l’âge de vingt-cinq ans sans le consentement du roi ; or George n’en a que vingt-trois. Et s’il n’a pas demandé l’assentiment paternel, c’est qu’il est certain de ne pas l’obtenir, et pour une raison rédhibitoire : l’élue est… catholique.

En 1788, le roi commence à montrer des signes inquiétants de ce désordre mental qui, peu à peu, le conduira à la folie. L’éventualité d’une régence est aussitôt évoquée, mais la réputation de noceur du prince-héritier pousse Pitt et le Parlement à ne pas précipiter la décision. Au demeurant, la santé du roi s’améliorant, la question de la transmission du pouvoir est remise à plus tard.

En 1794, le prince de Galles ayant dépassé la trentaine, celle de la succession se pose – l’héritier du trône étant toujours officiellement célibataire. La princesse pressentie, une protestante, est sa propre cousine, Caroline de Brunswick, fille de la sœur aînée de George III. À leur première rencontre (avril 1795), la déception est réciproque ! Trois jours plus tard, le mariage est néanmoins célébré. Maria Fitzherbert disparaît – provisoirement – de la scène.

L’union est immédiatement consommée comme l’on dit, et, exactement neuf mois plus tard, naît la princesse Charlotte. Les relations de George et de Caroline en resteront là. Quelques mois plus tard, ils vivent déjà séparés, et ne se rencontrent plus que rarement. Le prince bigame écrit qu’il considère que « Maria Fitzherbert est mon épouse aux yeux de Dieu, et elle est et sera toujours telle à mes yeux ». Il reste proche d’elle pendant une décennie puis, à partir de 1805, Maria se fait écarter au profit des nombreuses maîtresses de son mari. Bénéficiant d’une pension généreuse, elle se retire avec discrétion

En 1811, il est clair que le vieux roi George III ne retrouvera jamais ses facultés mentales, et son fils devient prince-régent d’Angleterre.

En août 1814, la princesse de Galles, après s’être fait octroyer une pension royale de 50 000 livres annuelles, embarque pour l’Allemagne, sa terre natale. De fait, elle disparaît de la scène anglaise, au grand soulagement de son époux. Après un séjour de quelques semaines dans le duché de Brunswick, elle met le cap sur Milan et Naples. S’étant entichée d’un vétéran de la campagne de Russie, Bartolomeo Bergami, un athlétique garçon d’écurie avec lequel elle vit en concubinage ostensible, elle achète une villa sur le lac de Côme. Voyageant beaucoup (en Allemagne, en Grèce, en Terre sainte), elle est toujours accompagnée d’une suite importante (deux cents personnes à Jérusalem !), ce qui lui assure une publicité tapageuse. Elle crée un nouvel ordre de chevalerie, l’Ordre de Sainte Caroline, dont Bergami, le bel écuyer moustachu, devient, inévitablement, Grand Maître. Elle se signale aussi par des écarts en public, et sa conduite se révèle à ce point exécrable que le Privy Council, à Londres, avertit celui qui, malgré tout, reste son époux, que dans le cas où la princesse de Galles souhaiterait un jour revenir en Angleterre, « elle n’y serait pas autorisée ». C’est juste ce que George désirait entendre !

Pendant ce temps, l’affaire qui préoccupe la cour est le mariage de la princesse Charlotte, unique enfant du prince-régent, a priori la future reine d’Angleterre. Alors que son père penche volontiers pour une alliance avec la maison d’Orange, Charlotte se prononce brusquement pour Léopold de Saxe-Cobourg, que l’on invite, en janvier 1816, à venir demander sa main. La princesse a juste vingt ans, et Léopold, qu’elle connaît déjà, passe pour être l’un des plus beaux princes qui soient. Le mariage est célébré le 2 mai, en l’absence de la mère. Le Parlement est tellement favorable à cette union qu’il accorde au prince une pension annuelle considérable de 50 000 livres, qui serait versée même en cas de décès de la jeune épouse. Léopold de Saxe-Cobourg n’allait pas tarder à devenir un familier du décor calaisien, un habitué de l’hôtel Dessin en particulier, où il aura l’occasion de rencontrer l’ancien favori de la cour, le « Beau Brummell », exilé à Calais depuis 1816.

Le malheur veut que, le 6 novembre 1817, la princesse Charlotte décède en mettant au monde un enfant mort-né. Sa disparition inattendue pose avec une telle urgence la question de la succession que, l’année suivante, en trois mois seulement, une sœur et trois frères du prince-régent se marient. De l’un de ces mariages précipités naîtra bientôt la future reine Victoria.

Le 29 janvier 1820, sourd et muet, mentalement insane depuis de longues années, le vieux George III quitte ce bas monde après le plus long règne de l’Histoire d’Angleterre. Le prince de Galles, prince-régent, accède au trône sous le nom de George IV : il a déjà cinquante-sept ans. Le voici enfin roi et, par contrecoup, Caroline devient… reine. Cette promotion constitue un véritable casse-tête pour le nouveau souverain. Que son épouse se discrédite en Italie est une chose ; il n’en reste pas moins impensable qu’une reine ne participe pas aux cérémonies du couronnement ! Or, si elle doit revenir d’Italie, quelles consignes donner aux ambassadeurs des pays qu’elle aura à traverser ? Quel accueil officiel devront lui réserver les gouvernements des pays concernés ? Pour George IV, la meilleure solution serait un divorce rapide. Mais le Cabinet souligne qu’il ne saurait délivrer une ordonnance de divorce sans que la reine ait été préalablement entendue par les juges d’une cour ecclésiastique. Ce qui signifie que seraient révélées publiquement toutes ses frasques italiennes, un déballage qui ne manquerait pas d’éclabousser la couronne. Pire : il y a fort à craindre que, pour sa défense, la reine n’hésite pas à dévoiler les relations de son époux avec Maria Fitzherbert, que celui-ci a toujours refusé de reconnaître. Il est ainsi impossible d’éviter le débat public, et le compte minutieux des irrégularités conjugales, tant celles de la reine que celles du roi. Un désastre.

Soucieux, et on le comprend, d’éviter tout retour en Angleterre de cette épouse honnie et scandaleuse, George IV lui propose un arrangement financier, une annuité tant qu’elle continuera de résider à l’étranger, et à condition qu’elle ne se présente pas à la cérémonie du couronnement. Mais Caroline n’est pas femme à se satisfaire de pourboires ! Elle ne va pas laisser passer une occasion pareille de réclamer ses droits. Traversant la Suisse puis la France, elle se paye l’audace d’écrire au Premier Ministre pour lui réclamer la mise à disposition, le 3 juin, dans le port de Calais, du yacht royal. Ce qui lui est refusé.

C’est dans ces conditions tendues qu’elle se présente à Calais au soir du 4 juin 1820. On imagine l’embarras du maire, Antoine Bénard, qui voit passer dans ses murs l’épouse du roi d’Angleterre – ce qui n’est pas rien – et qui doit s’efforcer de l’ignorer à tout prix selon les instructions sans équivoque qu’il a reçues de la préfecture, le gouvernement français se montrant soucieux d’éviter tout ce qui serait susceptible de déplaire au roi George :

Arras, le 31 mai 1820

Monsieur le Maire

La Reine d’Angleterre doit se rendre très incessamment à Calais. Elle voyage sous un nom supposé et en conservant l’incognito. Aucun honneur ne doit lui être rendu et il faut éviter, à cet égard, toute espèce de démonstration. Je vous prie de donner des instructions en conséquence.

               

Le maire s’en tient à ce qu’on lui a demandé en haut lieu, et il effectue son rapport le 5 juin :

M. le Directeur Général de la police [à Paris]

La Reine d’Angleterre est arrivée hier à 9 heures ¼ du soir : sans descendre de voiture, S.M. s’est fait conduire au port, et là, elle s’est embarquée de suite à bord du paquebot anglais le Prince Léopold. L’Alderman Mr Wood donnait le bras à la reine ; Lady Hamilton et deux autres Dames l’accompagnaient. Sa suite se compose de huit personnes, avec 4 voitures.

Le paquebot a mis à la voile à 6 heures du matin, par un beau tems, mais le vent un peu contraire. J’estime dès lors que la traversée aura été un peu longue. J’en ai de suite informé Votre Excellence par le télégraphe.

Il s’était réuni beaucoup de curieux hier soir dans la cour de l’hôtel Dessin, et j’avais déjà dirigé des mesures toutes de prudence et de persuasion pour faire dissoudre ce rassemblement.

J’ai, ainsi que Votre Excellence l’a désiré, donné moi[-même] le premier exemple pour faire respecter l’incognito de la Reine.

Il y a eu très peu de monde de la ville au départ ce matin, et une douzaine d’anglais ont seulement fait entendre des houra, à l’instant de la sortie du port.

Il m’a été assuré que dans un conseil privé que la Reine aurait tenu à St-Omer, Lord Hutchinson aurait été chargé d’offrir à la Reine 50 mille livres sterlings de revenu annuels, si S.M. voulait renoncer à son titre, aux prérogatives, et à habiter l’Angleterre ; qu’elle avait répondu que lorsqu’elle serait sur le sol britannique, elle songerait alors à la nature de cette proposition.

Il paraît aussi certain que Mr Brougham était d’avis que la Reine ne se rendît pas en Angleterre, qu’elle a persisté, et a déterminé le passage. Ce Conseiller est resté à St-Omer, il ne l’a point accompagnée.

Profite-t-elle de la soirée à bord pour rencontrer le « Beau » George Brummell ? Lors de sa première arrivée en Angleterre, il faisait partie de la suite venue l’accueillir à Greenwich. Alors grand favori du prince de Galles, le dandy s’est depuis brouillé avec son ancien protecteur, en partie pour ses persiflages envers Maria Fitzherbert. Autant de bonnes raisons pour la reine de revoir quelqu’un d’aussi bien informé, mais nous n’avons pas de preuve qu’une telle rencontre a réellement eu lieu cette nuit-là à Calais.

L’arrivée en Angleterre d’une reine vouée aux gémonies par le roi et son gouvernement déclenche une vague de sympathie en faveur de… celle-ci, et cela dès qu’elle débarque à Douvres. L’opposition, qui réclame depuis longtemps plus de démocratie, ne peut laisser passer une telle opportunité de manifester spectaculairement contre ce roi qui n’a jamais été populaire, et la ferveur du public s’empare du cas de la reine Caroline, en raison de ce mariage, réel ou supposé, avec la catholique Maria Fitzherbert. Le passage de l’équipage de la reine soulève les bravos de la foule alors que son époux, dépité, a préféré quitter Londres pour ne pas la recevoir.

Pendant six mois, le retour de la reine Caroline et la question de son divorce vont faire l’actualité quotidienne. « The Queen for ever. The King to the river ! » (« La reine à jamais. Le roi à la rivière [la Tamise] ! ») est l’un des slogans qui fleurissent sur les murs de Londres en cet été 1820. Dès la fin de juin, le gouvernement prépare un Bill of Pains & Penalties, destiné à priver Caroline de son titre et, par-là même, d’autoriser le divorce. Les discussions qui s’engagent alors devant les pairs et les évêques, qui vont durer onze longues semaines, portent uniquement sur les accusations d’adultère.

Le « procès de la reine » se joue en partie en Italie du nord, alors occupée par les Autrichiens. Lord Charles Stewart, l’ambassadeur d’Angleterre à Vienne, y mène, pendant des mois, et personnellement, une enquête parmi les anciens domestiques de Caroline, à Milan et sur le lac de Côme, afin d’accumuler les témoignages sur son inconduite.

Tout en réussissant à circonvenir les autorités autrichiennes, Metternich en tête – il utilise pour cela tout le talent de son maître-cuisinier à l’ambassade, le célèbre Antonin Carême, anciennement au service du roi George, alors prince-régent, à Brighton - afin qu’elles refusent de délivrer un passeport aux témoins à décharge qui pourraient être recrutés par Caroline, Lord Stewart parvient à décider ou à soudoyer deux cents – deux cents ! – « témoins », qui prennent la direction de Londres, tous frais payés bien entendu par la Couronne, autrement dit par le contribuable britannique. Là, ils affrontent le regard sourcilleux des évêques et des lords, et leurs questions indiscrètes sur les nuits folles de Caroline et de Bergami, et l’on devine les commentaires salaces, offusqués ou amusés, que ces révélations déclenchent dans l’opinion publique, tant britannique que continentale. Jamais la cour d’Angleterre n’a été éclaboussée à ce point par une affaire de cette nature. George IV menace de quitter le pays et de retourner définitivement sur la terre de ses ancêtres, le Hanovre.

Alors que la cause de la reine rallie de plus en plus de suffrages, le gouvernement prend conscience peu à peu que celle du roi est perdue et, le 10 novembre, il retire la procédure avant même d’affronter la discussion publique devant les Communes, majoritairement acquises à l’opposition. Tant de déballage scandaleux pour rien. Le roi George attendra neuf semaines avant d’oser réapparaître dans les rues de Londres !

La reine Caroline a gagné son « procès » mais elle n’est pas pour autant admise aux cérémonies du couronnement le 16 juillet 1821.

Deux semaines plus tard, au théâtre, elle ressent des douleurs abdominales. Encore huit jours, le 7 août, et elle décède. Sœur de l’électeur de Brunswick, celui-là même qui avait déclaré la guerre à la France en 1792, Caroline a demandé à être inhumée dans sa terre natale. Un député (de l’opposition évidemment) exige que, le 14 août, le cercueil de la reine traverse la City avant d’embarquer à Harwich. Des manifestations se produisent dans les rues de Londres au passage du cortège.

Le lendemain du décès de la reine, contre laquelle il s’était employé à accumuler plus ou moins honnêtement les témoignages, Lord Stewart (et Antonin Carême) s’embarque à Calais sur le Rob Roy, premier bateau à vapeur de l’histoire du détroit. Il y rencontre son « châtiment » : la tempête fait rage et les passagers n’atteignent Douvres qu’au terme de cinq heures d’une éprouvante traversée.

Six semaines encore, et George IV effectue le trajet en sens inverse, en route vers ses territoires du Hanovre. Descendu à l’hôtel Dessin de Calais, à l’aller (25 septembre) comme au retour, il y prend bien soin d’éviter toute rencontre avec George Brummell.

Au terme d’un règne de dix ans, George IV s’éteindra au château de Windsor le 26 juin 1830. Apprenant que la fin était proche, Maria Fitzherbert viendra de Brighton pour tenter de le revoir, mais il préfèrera renoncer à cette ultime rencontre, trop chargée émotionnellement pour lui. Wellington remarquera avec surprise, près du cœur du roi défunt, un portrait de Maria, qu’il emportera ainsi dans la tombe.

La bien-aimée secrète du roi George lui survivra sept ans.

La morale de cette histoire ? La raison du cœur l’emporte parfois sur la raison d’État ce qui, somme toute, est plutôt rassurant.

Le roi Carême - Ph Alexandre – B. de l’Aulnoit   (2003)

George IV - Alan Palmer   (1972)

Archives municipales de Calais -   lettres du maire - n° 765   -   5 juin 1820 et n° 771 - 7 juin 1820               

Lettre du Préfet du 31 mai 1820

AU MOIS PROCHAIN ...

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