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Gentille Annette de Boëldieu

La musique que vous entendez, jouée depuis 1821 sur les toits de Calais, est l'air de 'Gentille Annette' de Boëldieu, interprété par Michel Hippolyte.

blason calais rappelARMOIRIES DE LA VILLE DE CALAIS De gueules à l’écusson d'azur chargé d’une fleur de lis d’or soutenue d’un croissant d’argent, l’écusson sommé d’une couronne fermée de France d’or, accosté de deux croix de Lorraine d’argent et accompagné en pointe d’un besant d’argent chargé de la croix de Jérusalem d’or. Le blason de Calais fut accordé par le roi Henri II en 1558. La croix de Jérusalem et le croissant évoquent le passage, dans cette ville, des croisés français et anglais. La fleur de lys et la couronne marquent la satisfaction du roi de France de recouvrer Calais après plus de deux siècles d'occupation anglaise. Les croix de Lorraine font référence au libérateur de la ville, le duc de Lorraine, François de Guise. Elles furent confirmées par lettres patentes de Louis XVIII, le 19 avril 1817. Sur les armoiries, figurent de gauche à droite : la croix de guerre 1914-1918 (25 août 1919), la Légion d'honneur (12 juillet 1947) et la croix de guerre 1939-1945 (08 mai 1949).drapeau calais rappel2LE DRAPEAU DE CALAIS Calais est l'une des seules cinq villes de France à être autorisée à avoir son propre drapeau, sur ordonnance royale, avec Dunkerque, Boulogne sur Mer, Le Havre et Saint Malo. Le drapeau calaisien, constitué d’une croix scandinave blanche sur fond bleu d’azur, est celui qui flotta sur l'ancien beffroi, à la tête des milices bourgeoises et aux mats des vaisseaux corsaires de la Ville. Après une longue période d’absence, en 2017 le drapeau de Calais flotte de nouveau sur les toits de la ville, au sommet de la tour du Guet.

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Balustrade sculptée du chœur, côté extérieur droit.

Les clôtures de marbre, qui séparent le chœur des carolles portent plusieurs fois les initiales D L B qui sont celles du curé Jacques De La Bouloye. Les lettres G M 1648, ciselées sur le pilastre intérieur de la balustrade de gauche, indiquent la date d’achèvement et le nom de leur auteur, Gaspard Marsy ; mais, contrairement à ce qu’avance De Rheims, il ne s’agirait pas de l’artiste qui, avec son frère Balthazar, devait se rendre célèbre par les sculptures du parc de Versailles.
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Pages Historiques

L'église Notre-Dame de Calais

Les clôtures de marbre, qui séparent le chœur des carolles portent plusieurs fois les initiales D L B qui sont celles du curé Jacques De La Bouloye. Les lettres G M 1648, ciselées sur le pilastre intérieur de la balustrade de gauche, indiquent la date d’achèvement et le nom de leur auteur, Gaspard Marsy ; mais, contrairement à ce qu’avance De Rheims, il ne s’agirait pas de l’artiste qui, avec son frère Balthazar, devait se rendre célèbre par les sculptures du parc de Versailles.

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La première pierre de la tribune fut posée le 9 juin 1729. Les orgues furent construites par le facteur Jean Jacques, les sculptures sont dues à Jacques-Joseph Baliguant, les menuiseries furent faites par Jean-Henri Piette, tous trois de St-Omer. En 1731, les sieurs Baliguant et Piette ne s’exécutant pas assez vite, le curé de Calais plaida contre eux et les obligea à remplir leurs engagements ....

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La Seconde Guerre Mondiale à calais

A partir du 25 juillet, les postes de radio jusque là réquisitionnés furent restitués, un peu plus de liberté consentie, la circulation autorisée jusqu'à 23 heures. Le certificat d'études eut quand même lieu et bientôt les écoliers partirent en vacances non sans avoir reçu des conseils précieux : ne pas toucher aux engins de guerre, aux fils téléphoniques ou électriques et ne pas mendier auprès des soldats allemands. Pendant tout ce temps, la Croix-Rouge avait effectué un travail de fourmi. Depuis le 10 juillet elle avait fait 22 000 recherches diverses, transmis 5 000 réponses de prisonniers et 4 000 de repliés ; enfin 11 000 cartes furent acheminées vers les camps. La poste avait repris la distribution du courrier.
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Pages Historiques

La Seconde Guerre Mondiale à calais

A partir du 25 juillet, les postes de radio jusque là réquisitionnés furent restitués, un peu plus de liberté consentie, la circulation autorisée jusqu'à 23 heures. Le certificat d'études eut quand même lieu et bientôt les écoliers partirent en vacances non sans avoir reçu des conseils précieux : ne pas toucher aux engins de guerre, aux fils téléphoniques ou électriques et ne pas mendier auprès des soldats allemands.

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Les énormes pertes en cadres, l'ultime résistance du général Nicholson pris les armes à la main parmi les derniers combattants de la citadelle, illustraient la volonté des défenseurs de Calais de ne pas faiblir.

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Premier percement le 01/12/1990 entre la France et l'Angleterre

Les deux tunneliers se sont arrêtés à 100 mètres l'un de l'autre. Un trou de quatre centimètres a été foré dans la dernière barrière de craie bleue. À ce moment, les ingénieurs ont constaté qu'il y avait une erreur d'alignement de quelques centimètres. Ensuite, le tunnelier anglais a été dévié de sa trajectoire et il s'est rangé parallèlement à la machine française. Les ouvriers ont creusé une galerie de 2 mètres de haut sur un de large. Le tunnelier anglais a été muré dans une masse de béton, son homologue français démonté et ramené en France. Le dernier tronçon a été foré par une machine d'attaque ponctuelle jusqu'à la rencontre définitive.
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Pages Historiques

Chantier du siècle - Tunnel sous la Manche

Les deux tunneliers se sont arrêtés à 100 mètres l'un de l'autre. Un trou de quatre centimètres a été foré dans la dernière barrière de craie bleue. À ce moment, les ingénieurs ont constaté qu'il y avait une erreur d'alignement de quelques centimètres. Ensuite, le tunnelier anglais a été dévié de sa trajectoire et il s'est rangé parallèlement à la machine française.

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Ce qui semble étonnant, c'est qu'aucune de ces machines n'a le même gabarit. En effet, chacun de ces prototypes a été construit par différents fournisseurs qui se sont adaptés à l'envergure des travaux.

Reproduction interdite sans l'autorisation formellement écrite des 'Amis du Vieux Calais'.
BULLETIN HISTORIQUE ET ARTISTIQUE DU CALAISIS N° 191 (Numérisation par Gilles Peltier)

 

  • LOUIS FRANCIA (1772-1839) - L'AQUARELLISTE CALAISIEN QUI AIMAIT DUNKERQUE
  • Par Jean-Marie GORIS - (Reproduction interdite sans l'autorisation formellement écrite des Amis du Vieux Calais)

Portrait de Jean Bart - Encre gravure sur papier Vélin de Louis Francia de 1824 (Musée de Dunkerque)

Louis Francia naquit à Calais, le 21 décembre 1772 et y décéda, 269 rue de la Poissonnerie, le 5 février 1839 à 23h30, à 66 ans d’après son acte de décès, et non le 6 février comme c’est inscrit sur sa tombe au cimetière Nord de Calais. Cette erreur est sans doute due au fait que l’on a retenu la date de déclaration du décès par deux cousins issus de germains : Ferdinand Isaac, 37 ans, négociant et Jules Isaac, 28 ans, rentier. Je l’ai découvert fortuitement par la lithographie du dessin du buste de Jean Bart de Lemot qu’a fait Francia en 1824 (1).

Pourquoi un Calaisien faisait-il un dessin du buste de Jean Bart et qu’il le dédiait, de plus, aux Dunkerquois ?

Une telle démarche m’intrigua et motiva ma recherche dont je vous expose les résultats. Cette étude est biographique et non artistique. Les dessins, gravures, aquarelles et peintures de Francia ne servent qu’à illustrer mon propos et à vous faire découvrir une infime partie de l’œuvre de cet aquarelliste prolifique qui joua un rôle aussi important en Angleterre qu’en France.

Qui était Francia ?

Nous ne possédons ni portrait, ni autoportrait de l’aquarelliste, sauf le buste sculpté par Augustin Isaac (2) et lithographié par son fils Alexandre (3)à la demande la Société d’Agriculture de Calais (société savante) pour être placé sur le frontispice de la notice consacrée à Francia par le Calaisien Ernest Le Beau. Francia s’est représenté en train de peindre Greenwich Park en 1826 (4).Malheureusement nous le voyons de dos. Il n’était pas portraitiste. En revanche Ernest Lebeau (5)décrit Francia précisément : « Quand nous l’avons connu, il avait soixante ans déjà. Ses cheveux étaient blancs, épais, en désordre, raides, hérissés aux tempes et sur le front qui était large, bien découvert et un peu proéminent aux orbites de l’œil, ses sourcils étaient fournis, longs et brusquement arqués, ses yeux pleins de vivacité son nez saillant et anguleux, sa bouche était rieuse, sarcastique, grondeuse et recevait presque toute son expression de la protubérance de sa lèvre inférieure, sa figure était colorée, fort mobile, et un air d’humour, de méditation froide et triste, tempéré parfois par quelque chose de doux et de bienveillant, s’y faisait en général remarquer. Il était toujours vêtu de noir, portant constamment l’habit et une cravate blanche surmontée d’un long col de chemise dans lequel s’encadrait le col de l’artiste… Louis Francia était bon, généreux, mais une grande bizarrerie d’esprit, la singularité de ses façons, un fond de misanthropie qui donnait trop souvent à la tournure de sa pensée et à ses paroles quelque chose d’amer, d’âpre et de sarcastique l’ont bien souvent fait mal juger par ceux qui ne le connaissaient pas.

Francia était d’une sobriété sous tous rapports qui approchait presque de l’austérité du véritable puritain. Francia ne fut jamais méchant ni envieux des autres artistes.»

Comme l’origine de son nom l’indique, Francia laissait entendre qu’il descendait du peintre bolonais Francesco Francia (vers 1450-vers 1517) mais il n’en apporta jamais la preuve.

Le père de Francia, Louis Charles dirigeait l’hôpital militaire de Calais, (6)il avait épousé à 35 ans, Marie-Madeleine Mancel, âgée de 22 ans, le 3 juin 1766. Sa mère est décédée à 30 ans, le 17 juillet 1774 et son père mourut le 25 août 1787 à 57 ans (7).Sa mère meurt alors qu’il n’a qu’un an et demi et, dès 15 ans, il est orphelin de père. Sa sœur aînée de cinq ans, Marie-Louise Augustine Francia dut peut-être le prendre en charge. Il faut souligner qu’il a de nombreux parents du côté Mancel et Isaac (8). Elève espiègle, il est placé en 1787 chez l’avocat Crochez et après chez le notaire Bontans où il ne fait rien de bon, c’est ce qu’il déclare avec humour : « Je n’y dessinais que des chevaux sur les consultations et des bateaux sur les inventaires… » (9)On comprend qu’il ne resta pas longtemps chez ses employeurs ! On l’inscrit à l’école de dessin de Calais où il excelle : « En 1788, je fus le premier et je crois le seul qui ait remporté les quatre prix décernés par l’école de dessin. » (10).Il évoque dans le Journal de Calais du 12 septembre 1832 son passé d’élève dessinateur et remercie ses maîtres Durand, Fosset et Delbart de lui avoir permis, je cite : « d’avoir pu mener une existence honorable et heureuse. »

Buste de Louis Francia

En 1789, Francia quitte Calais pour Londres et on se perd en conjectures sur les motifs de son départ. Marcia Poiton (11) explique: « Il pénètre dans le centre européen de l’art du paysage… Le beau monde se laisse séduire par l’aventure des voyages pittoresques qui consacre le paysage et sa représentation. Les occasions de trouver un emploi ne manquent pas. En effet, les professeurs de dessin ou les peintres qui réalisent des paysages pour des collectionneurs, sont très recherchés. » L’Angleterre est depuis le XVIII èmesiècle le royaume de l’aquarelle décrit en 1812 par Rudolph Ackerman (12), éditeur fournisseur pour artistes et découvreur de talents : « Les peintures réalisées à l’aquarelle telles qu’elles le sont par des artistes britanniques de l’école actuelle, peuvent être tenues pour une nouvelle forme d’art…Ces travaux n’ont pas les qualités propres à la peinture en couleurs préparée à l’huile. L’art moderne qui consiste à peindre à l’aquarelle peut suggérer la même transparence que l’huile et grâce à sa capacité à rendre aussi bien la luminosité la plus intense que l’ombre la plus profonde, de sorte qu’elle n’est pas loin de le disputer à ce mode de peinture… »

On a du mal à imaginer que Francia partit pour Londres à l’aventure, sans lettres de recommandations, sans argent, comme le suggère l’avocat Ernest Le Beau, son premier biographe. C’est oublier l’indépendance de caractère, le désir de se perfectionner de Francia ainsi que son environnement familial et leurs relations permanentes entre Calais et l’Angleterre. Il fut, sans doute, accueilli par son frère aîné, civil dans l’armée royale qui avait jugé prudent de quitter la France à la Révolution, c’est ce que nous dit Shaw Smith dans son article « un profil perdu » (13)mais sans preuves. Ce frère aîné est, peut-être, François Francia qui vivait rue de la Poissonnerie au recensement de 1836, relevé par Philippe Cassez ?

L’une de ses relations le décrit comme un réfugié français suffisant qui a pour habitude de divertir la galerie (14).N’est-ce pas une attitude normale quand on a 17 ans ? En revanche les amis de Francia témoignent de sa capacité d’établir des relations. On dirait, de nos jours, qu’il était sociable. Mais à la fin de sa vie il devient acariâtre, voire misanthrope, attitude compréhensible due aux décès de ses enfants et à ses déboires conjugaux. Francia raconte qu’il a trouvé un emploi avant de savoir parler l’anglais, à Hampstead, petit village au nord de Londres, ce qui est une preuve évidente de son talent. Puis il se met au service d’un professeur de dessin, Joseph Charles Barrow, (15)dont il devient vite l’assistant.

Les moyens de vivre de Francia n’ont rien d’exceptionnel, car un professeur de dessin, à l’époque est un personnage bien établi qui possède une clientèle allant de l’architecte à l’amateur aisé. Les jeunes filles constituent l’essentiel de leurs élèves, particulièrement en province. Par exemple, le père du peintre anglais Bonington dirige en 1801, avec son épouse, une école fréquentée par les jeunes femmes de Nottingham.

À Dunkerque, à la même époque, on relève au moins cinq professeurs de dessin et de peinture : « En 1815, il existe deux académies de dessin, celle de Legrand, rue de Beaumont et celle d’Elschoecht, rue du Sud, qui correspondent aux domiciles des professeurs. S’ajoutent aux deux premiers, Lemaire, rue de la Vierge (vieux remparts), en 1820 et Peretloire près de l’arsenal, ainsi que Sifantus, rue de Saint-Gilles, en 1822. Il s’agit de cours dispensés par des professeurs de dessin et non d’une école ou académie de dessin, en 1824, année où Francia fait un séjour à Dunkerque. On ne mentionne pas d’école jusqu’au 4 mars 1828 où elle est inaugurée par le maire. Gaspard. » (16). On peut aussi citer Bernard Joseph Pieters, né le 21 octobre 1802, professeur de dessin et de peinture, fils de Bernard François Pieters (1758-1819) directeur de l’école de dessin (17).

La venue à Dunkerque du dessinateur calaisien a, sans doute, intrigué les Dunkerquois et ses collègues dunkerquois qu’il a peut-être rencontrés ? Il ne mentionne rien à ce sujet dans ses articles. Francia à l’école de Barrow a pour confrère John Varley (1778-1842) l’un des plus éminents représentants du développement de l’aquarelle anglaise et le plus important professeur de sa génération. En 1795, Francia expose pour la première fois à la Royal Academy et l’année suivante il voyage dans le Yorkshire et le Cumberland. Son travail s’organise au gré des saisons, il enseigne du printemps au début de l’été, puis part esquisser des croquis dans le pays, de l’été à l’automne, puis il passe l’hiver à mettre au point les peintures ou aquarelles qu’il vendra, exposera ou proposera comme modèles à ses élèves (18).

Le 20 mai 1799 est fondé le Sketching club (19) dénommé les « Brothers » dont Louis Francia est le premier secrétaire. Il se marie en 1800 avec le peintre Maria Child et le couple habite à Pimlico (quartier londonien).

Les « Brothers » se réunissent pour comparer des paysages inspirés d’œuvres littéraires. Chacun devait illustrer un thème choisi pour la soirée. Il y fréquente Thomas Girtin (20) à la célèbre « Académie du soir » de Thomas Monro, docteur qui soigna le roi Georges III et était un célèbre collectionneur d’œuvres d’art, chez qui les jeunes peintres pouvaient souper et recevaient un peu d’argent pour les études qu’ils réalisaient, à partir des dessins appartenant au docteur. La société des Brothers fut remplacée par la Sketching society dont le directeur John Sell Cotman suivit les mêmes principes que ceux de la précédente. Les jeunes peintres de ces groupes se stimulent, se copient et ébauchent une nouvelle théorie paysagiste. On considère la peinture comme s’il s’agit de la nature et réciproquement. On privilégie la force de l’expression, ce qui différencie les artistes de la génération de Francia (Turner, Constable, Girtin…) de ceux de la génération précédente.

Les catalogues d’expositions de ses oeuvres témoignent de son inlassable activité. En 1816, Francia n’est élu que membre associé, de la Royal Academy, ce qui l’a sans doute déçu, il y expose deux tableaux, des scènes de sauvetage commandées par le capitaine Georges William Manby (1765-1854) pour illustrer son procédé de sauvetage à l’aide d’un mortier utilisé pour envoyer une corde à bord du navire en détresse (21).

Francia éprouve toujours le plus grand intérêt pour les conséquences dramatiques des naufrages dont beaucoup avaient lieu non loin des côtes. Après son retour à Calais en 1817, il peindra de nombreuses scènes de naufrages. Il publiera aussi de nombreux articles où il dénonce l’incurie de certains responsables calaisiens pour acquérir un bateau de sauvetage, il déplore les victimes et honore les sauveteurs. Il tissera des liens privilégiés avec les personnes de la côte d’Opale qui oeuvrèrent dans le même sens que le sien. On ne peut s’empêcher de penser à Jean-Joseph Carlier, à Benjamin Morel, tous deux de Dunkerque, à ceux de Boulogne. Francia à titre individuel ou comme membre de la Société Humaine mettra tout en oeuvre pour que Calais se dote de moyens de sauvetage modernes : «… Il est urgent de prodiguer des secours aux braves marins de tous clans et de toutes nations. Nous avons fait des dessins pour le capitaine Manby, directeur général de stations de secours en Angleterre et l’inventeur de ces moyens, nous avons donc toutes les données nécessaires pour établir de pareils moyens, sous la production immédiate du gouvernement. » (22).

Cette conduite préoccupait aussi d’autres Calaisiens comme, par exemple, le docteur Pierre-Jean Mauricheau-Beaupré (1778-1857), chirurgien principal de l’hôpital militaire de Calais en 1831, qui la même année que Francia, stigmatisera l’inconduite des populations locales lors des naufrages côtiers : « Il est impossible de passer sous silence un autre épisode non moins affligeant des dernières catastrophes maritimes, sans signaler le défaut d’ordre et la confusion qui règnent généralement au moment d’un échouement ou d’un naufrage. Les autorités compétentes et tous les agents chargés de donner des ordres, des avis ou dont le devoir est de présider un maintien du bon ordre et à l’exécution des ordonnances et des règlements doivent être avertis et se rendre à leur poste. La troupe de ligne ou la Garde nationale devraient être requises. » (23).

Pourquoi Francia revint-il en France ?

À la fin du printemps 1817, il retourne à Calais, alors qu’à Londres, il était connu, reconnu, exposait à la Royal Academy, connaissait les plus grands peintres tels Turner, Girtin, pour ne citer qu’eux ! Je ne crois pas, comme l’écrit Marcia Poiton (24)qu’il prit conscience qu’en France se développait aussi un marché pour la littérature de voyage pittoresque, en revanche il a raison quand il évoque les raisons personnelles ou familiales de son retour au bercail. Mais lesquelles ?

Le catalogue de la Royal Academy précise qu’il est secrétaire du consul britannique à Calais, sans doute grâce à ses relations et sûrement à cause de son bilinguisme. Un tel emploi ne s’improvise pas et résulte d’une mûre réflexion, car Francia sait qu’il faut vivre et que ses talents seront plus difficiles à monnayer à Calais qu’à Londres. Cet emploi, il l’occupera à temps plein pendant cinq ans, période pendant laquelle il ne peint pas beaucoup, ce qui peut-être aussi la conséquence de difficultés personnelles, psychologiques ? Curieusement on ne mentionne pas son retour avec sa famille, ni son épouse Maria, ni son fils survivant Alexandre (25), élève de son père et peintre qui mourra à Bruxelles en 1884 (26). Il vivait seul, séparé de son épouse. Car sur son acte de décès on apprend que son épouse vit encore à Ostende. Shaw Smith (27)trouve d’autres raisons de son ancrage à Calais, « avant-poste provincial où le peintre de marines maintint plus facilement le contact avec son cercle d’amis et d’artistes anglais, tout en développant des relations avec ses plus jeunes collègues parisiens. Il a aussi des raisons familiales de demeurer à Calais, Alexandre, le seul fils qui lui reste habite dans la région, et peut-être veut-il rester assez près de Marie, sa femme aliénée qui vit à Ostende. » Il ne faut pas oublier, aussi, la présence de ses cousins fortunés, même s’il ne semble pas les fréquenter beaucoup. Mais nous n’en n’avons pas la preuve actuellement, l’avenir, peut-être résoudra cette question ?

Grâce au Dunkerquois Benjamin Morel (28), à des émigrés rentrés en France comme le peintre Louis Garneray (29) (1783-1857) avec qui il restera en relation toute sa vie, ainsi que la fonction qu’il occupe au consulat britannique de Calais, Francia se constituera à Dunkerque et à Paris un groupe d’amis et d’artistes. L’Anglais William Wyld (Londres, 1806-1889, Paris) succède à Francia au consulat britannique. Ce dernier lui enseigne l’aquarelle. A Paris, Wyld devient ami de Bonington. C’est en 1833 que Wyld découvre sa voie : la peinture et le voyage. Il parcourt l’Italie, l’Espagne et l’Algérie avec Horace Vernet, tout en conservant des contacts avec Francia qu’il visite lors de ses passages à Calais. Bien qu’Anglais, il suit essentiellement une carrière française, comme Francia l’a fait en Angleterre. Il semble s’être installé définitivement à Paris en 1835, y expose au salon de Paris à partir de 1839. C’est surtout un paysagiste et accessoirement un sculpteur. À l’Exposition universelle de 1855 à Paris, Wyld fut classé dans l’École Française à la demande du comte Émilien de Nieuwerkerke (1811-1892), sculpteur, directeur des Musées impériaux, intendant des Beaux-arts (1863-1870). Il reçut la légion d’honneur en reconnaissance de son importante participation à l’évolution de l’aquarelle en France. En 1879, il est élu membre de la new society of painters in watercolours. (30).

L’amitié de Francia avec Benjamin Morel (1781-1860) mérite une attention particulière.

Benjamin Morel est un négociant renommé qui s’active dans plusieurs commissions publiques à Calais et à Dunkerque. Il a peut-être rencontré Francia pour la première fois à Londres en 1814, lorsqu’il participe au comité français pour le rétablissement des liens avec l’Angleterre.( 31).Ils partagent une passion commune pour Jean Bart dont Morel croit posséder la maison et qui insistera plus tard, auprès de la municipalité dunkerquoise pour qu’elle commande à David d’Angers la statue monumentale qui se dresse encore au centre de la place qui porte le nom du héros à défaut de celle du roi Louis XIV que l’on retrouve néanmoins sur la façade de l’hôtel de ville, ce qui, je pense, est un cas unique en France. Comme Morel avec Jean Bart, Francia veut représenter le héros calaisien de la guerre de Cent ans : Eustache de Saint-Pierre, figure emblématique s’il en est. Il propose à la ville en 1826 et 1828 de repeindre au théâtre de Calais le sujet historique d’Eustache de Saint-Pierre sans être payé, pourvu qu’on lui fournisse les matériaux. Ce qui prouve la générosité et le désintéressement de Francia. Il critique violemment l’abbé Clovis Bolard (32)pour sa vision négative du héros (couronné en 1835 lors d’un concours organisé par les Antiquaires de la Morinie sur le sujet suivant : « Le dévouement d’Eustache de Saint-Pierre et de ses compagnons au siège de Calais. ») En effet, au XIXe siècle, l’historien Brequigny (33)a découvert aux Archives de Londres, des pièces témoignant qu’Eustache de Saint-Pierre était de connivence avec les Anglais. (Mémoires de l’Académie des Inscriptions, t.XXXVII, p.539). (34). Quelques années plus tard il commente élogieusement le tableau d’Ary Scheffer dont une copie avait été attribuée à Calais. Il introduit son commentaire par la citation de l’historien Thierry : « L’histoire de la ville natale est la seule où notre âme s’attache par intérêt patriotique. » Cette citation se trouve aussi dans la préface de l’histoire de Dunkerque de Louis Lemaire.

Benjamin Morel (1781-1860)

Francia connaît la vie de Jean Bart grâce à son ami Benjamin Morel qui a fait des recherches sur le héros dunkerquois au sujet d’une controverse sur le lieu de naissance du corsaire (36). Clara de Petigny qui a écrit une histoire de Jean Bart à la portée de la jeunesse à Paris (Picard) en 1843, p.180 rapporte les faits suivants : « On a dit que Jean Bart était né rue de l’église, actuellement au n° 14. Eugène Sue a accepté cette hypothèse. Mais M. Vanderest prétend que Morel, propriétaire de cette maison, pour constater la véracité de cette assertion a fait des recherches, sans résultats, de sorte que Dunkerque ignore encore quelle est la maison où son héros vit le jour. »

En 2008, nous savons, grâce aux travaux de Christian Pfister et d’Alexandre Lesmaries, au début du XX èmesiècle que Jean Bart vit le jour dans la maison maternelle à l’angle de la rue des Arbres et de la ruelle Christophe Cools poortje (37).Le personnage de Jean Bart a toujours passionné les Dunkerquois (n’est-ce pas normal ?) et le pouvoir royal de la Restauration exalte les gloires locales et nationales. N’oublions pas que son buste ornait autrefois le cabinet des adjoints de l’hôtel de ville. (OEuvre de Jean-Marie Pujol, né à Fronsin, Haute-Garonne en 1781) acheté au salon de 1822 par le gouvernement royal pour Dunkerque. Il a disparu, mais il nous en reste la description dans l’article d’Henri Lemattre (38).Il s’agit, sans doute, du même buste cité par Henri Durin (39) qui rappelle que Louis XVIII avait donné à Dunkerque un buste en marbre de Jean Bart et que lors de la kermesse du 27 juin 1824, le maire Pierre Degravier, avait organisé un cortège et répondait à la libéralité royale par l’adresse suivante : « aux Dunkerquois, aux braves marins, à tous les Français fidèles à l’honneur, au roi et à la patrie. »

Or nous savons qu’au même moment, Louis Francia est à Dunkerque. En effet, le maire Pierre Degravier, aîné, écrit le 1er juillet1824 au commissaire de police (40): « Monsieur Francia, dessinateur qui se propose de dresser différentes vues est en cette ville. M. le ministre de l’Intérieur ayant donné des ordres pour que cet artiste soit accueilli partout, je vous invite à lui accorder la protection dont il aurait besoin et veiller à ce que ses opérations puissent s’exécuter en toute facilité. » Ce qui laisse supposer que Francia était connu par le gouvernement et à Paris où il avait fait un long séjour au printemps 1823, notamment à Saint-Ouen où il réalise deux lithographies : l’une dédiée au baron Ternaux (1763-1833) et l’autre à la comtesse du Cayla (1784-1852), dernière favorite de Louis XVIII, preuves s’il en était besoin des idées royalistes de Francia. La phrase qu’il inscrit sur le dessin qu’il fait du buste de Jean Bart n’est que la copie de l’adresse du maire Degravier (41).: « Aux Dunkerquois, aux braves marins, à tous les Français fidèles à l’honneur, au roi et à la patrie. »

Francia a bien connu le duc d’Orléans, le futur Louis-Philippe (1773-1850) qui débarque comme lui d’Angleterre à Calais en 1817, le 12 ou 13 février pour se rendre à Paris, il embarque pour Douvres le 22 mars et retourne en France avec sa famille le 12 avril où il passe une nuit à Calais à l’hôtel Dessin, comme de coutume. Fin mai 1833, le duc d’Orléans (1810-1842) de passage à Calais, reçoit l’artiste et lui dit qu’il connaît ses oeuvres et qu’il serait charmé de posséder quelques-uns de ses dessins. Francia lui laissa son carton afin que le duc puisse choisir (42) .Le duc le chargea d’une mission à Bruxelles dont Francia s’acquitta fort bien. On peut penser qu’elle concernait l’étude d’une machine hydraulique, dite tour hydraulique ou tour bleue dont l’artiste fit un dessin. Pourquoi un tel sujet ? Parce qu’à la même période la question de la distribution en eau potable à Calais était posée, malgré le creusement de 10 puits publics en 1821 et qu’aussi se posait le problème de l’écoulement des eaux du quartier Saint-Pierre. Et même s’il écrit : « Nous n’avons pas la prétention d’entrer dans les détails hydrauliques au-dessus de notre portée. » Notre artiste s’est beaucoup occupé de cette question comme, il s’intéressa à beaucoup d’autres, liées à l’urbanisation ou à la modernisation de Calais. C’est l’hypothèse de Patrick Le Nouëne, (conservateur du Musée de Calais) en 1988 qu’il développe à la page 126 du catalogue de l’exposition Francia de 1988.

Son intérêt pour Dunkerque et les problèmes portuaires

Francia s’est toujours intéressé aux problèmes de navigation, aux travaux portuaires, aux problèmes de sécurité maritime en Angleterre et en France. Ses visites à Dunkerque, ses relations privilégiées avec les Dunkerquois, leur maire, ses clients… lui ont permis de connaître et de s’intéresser aux travaux portuaires de Dunkerque, dès 1824 , année où il réalise de nombreux dessins et aquarelles : une vue du port et du canal de Bergues que l’on trouve dans le Durin (43)et au Musée des Beaux-arts de Dunkerque on peut voir la lithographie du buste de Jean Bart, des dessins représentant Dunkerque vue de Malo-les-Bains, Le Leughenaer, un canal à Dunkerque, deux autres vues de Dunkerque, une gravure de la chasse des écluses, une aquarelle du même sujet.

Navire entrant au port de dunkerque par tempête, par Francia (collection particulière)

Le canal de Dunkerque à Bergues, en 1820 (collection particulière)

De son fils Alexandre, le Musée possède une gouache représentant des navires quittant le port de Dunkerque et une huile sur toile sur le même thème. Sur la gouache on remarque l’influence de son père et professeur dans la composition comme dans les détails, notamment les célèbres mouettes qui animaient tous les dessins et aquarelles paternels.

En 1827, Louis Francia, réalise un dessin gravé par Charles Motte destiné à la publication de la relation historique, pittoresque et statistique du voyage de S.M Charles X dans le département du Nord. Il s’agit d’une aquarelle représentant une chasse des écluses exécutée pour Charles X, le 14 septembre 1827. Il expose au salon de Cambrai de 1828, un dessin similaire. Le musée des Beaux-arts de Dunkerque a acquis en 1996 une aquarelle et encre bistre sur papier qui appartenait à l’ancienne collection Vernimmen (44), qui est le pendant d’une vue de Calais, de la même collection (45). Une lettre du 28 septembre 1826, du maire Benjamin Coffyn-Spyns (46), grand amateur d’art, nous apprend l’estime qu’avait de Francia le premier magistrat et l’espoir de celui-ci au travail de l’écluse des chasses. (Le bassin des chasses qui reçut le nom de Becquey, directeur-général des Ponts et chaussées, était un ovale de 33 hectares dont les écluses pouvaient déverser 900.000 m3 pendant la 1ère heure de leur ouverture, ouvertes le 18 septembre et terminées à la fin de 1826.)

Il lui disait, en substance : « J’ai reçu la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 26 de ce mois, relativement à la proposition qui vous est faite par Cambrai, de l’achat de votre tableau représentant un trait de la vie de Jean Bart. Vous vous rappelez, Monsieur, de ce que j’ai eu l’honneur de vous dire lorsqu’il s’est agi de faire l’exposition de votre tableau à Cambrai. La ville privée de fonds pour en faire l’acquisition ne peut trouver mauvais que vous disposiez d’une production qui m’eut été bien agréable de conserver, mais j’aurais regardé comme inconvenant à la dignité de vous priver du fruit de vos talents, ainsi donc vous êtes parfaitement libre d’en disposer et d’accepter la médaille qui vous est offerte.

Je regrette beaucoup que votre absence vous ait privé d’assister à l’ouverture des écluses des chasses. C’était un spectacle bien imposant et digne d’être reproduit par vos pinceaux. Mais comme cette manoeuvre doit se renouveler fréquemment, j’espère que vous la jugerez digne d’en faire l’objet d’un tableau et je serais heureux de mon côté, en temps et lieux de proposer une allocation au conseil municipal pour perpétuer le souvenir d’un évènement qui me paraît avoir une grande influence sur les destinées de Dunkerque. » (47)

En effet, le maire de Dunkerque croyait en l’efficacité de l’écluse des chasses. En 1821, il était allé à Paris solliciter l’exécution des travaux de restauration du port, travaux qui furent votés ainsi que trois millions pour la construction du bassin et des écluses de chasses. Mais en 1870, le bassin était déjà à moitié comblé et ensablé rapporte l’historien Mordacq. (48)

Le talent de Francia est reconnu à Dunkerque et s’il a des clients comme Vernimmen, Poulain, il compte aussi des amis dont le plus connu et le plus influent est Benjamin Morel qui, en plus des qualités d’homme d’affaires et de politique possède un goût affirmé pour la musique et le dessin. Morel, élève de M. Belliard, maître de chapelle de l’église Saint-Éloi, chantait dans les soirées de société, était musicien volontaire de la Garde nationale et ordonnateur des concerts de société (exemple en novembre 1816, il organise avec, entre autres Carlier, un magnifique concert qui fut très productif pour les pauvres.) Jusqu’en 1826, il fut l’un des premiers souscripteurs au capital qui servit à construire la salle Sainte-Cécile. Il reçoit les musiciens français comme les étrangers, telle madame Stockhausen (49). Son beau-frère M. Mourgues (50) partageait sa passion et était un fanatique de la musique italienne. Cet homme, ancien secrétaire-général au ministère de l’Intérieur sous l’Empire, a peut-être joué un rôle important pour les relations parisiennes de Benjamin Morel ? À Paris, il allait dans les soirées chez le comte Sosthène de La Rochefoucauld (51)et chez le docteur Orfila (52), médecin du roi. Et, en 1860, en compagnie de Carlier, il alla écouter le violoniste dunkerquois Jean-Baptiste de Cuvillon (53) (54)

Il fréquente les galeries d’art parisiennes, bruxelloises, anversoises… Il reçoit chez lui les peintres Horace Vernet (1789-1863), des élèves de Gros comme Paul Delaroche (1797-1856), Eugène Lami (1800-1890), Richard Parkes Bonington (1802-1828) qui fut le plus brillant élève de Francia à Calais, Alexandre Colin (1798-1873), ainsi que Francia, (1772-1839), le plus âgé d’entre eux, Robert Fleury (1797-1890) qui fit un portrait de son hôte qui a été donné au Musée par son fils Alfred Morel, lors de son inauguration officielle le 27 juin 1841, Vincent Vidal (1811-1897), et une vingtaine d’autres que, malheureusement Carlier ne cite pas.

Le caractère conciliant de Benjamin Morel, ses qualités professionnelles, artistiques, sa fortune, lui permettent d’avoir énormément de relations, d’amis fidèles dans des sphères différentes, dans des réseaux différents qui ont certainement pu servir de marchepieds ou de tremplins pour certains. Francia en bénéficia certainement mais dans quelle mesure ? L’avenir nous le dira, peut-être, grâce à la découverte fortuite de correspondances ignorées. Citons quelques exemples : il est l’ami de Nathan de Rothschild, de la branche de Londres (1777-1836). En effet vers 1811 la maison Morel succéda à la maison Faber pour les consignations du banquier Meyer-Rothschild de Francfort dans l’immense trafic de guinées qui se faisait à Dunkerque par les « bateaux smogglers », en échange des billets de la Banque d’Angleterre (Plusieurs millions de guinées transitaient par semaine à Dunkerque. On appelait « groups », les sacs de guinées, expédiées dans des chaises de poste bien armées, sur Paris, par diverses routes, pour être versées à la Monnaie.) James Rothschild, de la branche de Paris, banquier de Louis XVIII, Charles X qui s’était lié d’amitié avec Louis-Philippe, avant 1830 (15 mai 1792-15 novembre 1868). Il résida à Dunkerque et à Gravelines près de M. Morel, ce qui crée, évidemment des liens avec une famille de banquiers qui commençait à se développer en Europe et qui deviendra immensément riche.

Il était aussi l’ami du duc Aimé de Clermont-Tonnerre (1779-1865), ministre de la Marine en 1821, ministre de la Guerre de 1824 à 1828, qu’il avait connu à Dunkerque au camp de 1803, lieutenant d’artillerie à cheval. Il se flattait d’être ami de Swynfen Stevens Jervis de Darlaston en Staffordshire (1797-1867) et de son épouse qui résidèrent à Dunkerque de 1825 à 1833, année de la mort brutale (le 6 avril) de son épouse dont Paul Delaroche avait dessiné un portrait aux deux crayons. Il lui rendit visite à Londres en 1839 et à Darlaston Hall en septembre 1863. Il comptait aussi parmi ses amis le littérateur Hippolyte Regnier-Destourbet, auteur dramatique (1804-1831), Auguste Dupouy, ami de 60 ans (mort le 11 mai 1855 d’une attaque d’apoplexie), le docteur Pugnet, médecin militaire à Dunkerque de 1803 à 1821 (1765-1846), M. Petit Genet, professeur à l’école gratuite d’hydrographie, à Dunkerque de 1795 à son décès le 1er janvier 1847 (55).

Francia avait peint pour Benjamin Morel, une série de grandes aquarelles représentant les ruines de l’ancienne abbaye de Saint-Bertin à Saint-Omer. Aquarelles dont l’intérêt est aussi historique puisque ces ruines ont disparu sous le marteau des démolisseurs (56).

Il compte aussi comme amie à Dunkerque Sophie Perrier, née Marescaux (1775-1842), qui a laissé un cahier de Mémoires dont une copie dactylographiée se trouve aux archives de Dunkerque. Après la mort de son époux Jean-Louis Perrier (1762-1822), secrétaire du maréchal Mortier (1768-1835), elle complète ses revenus en prenant des pensionnaires dans la grande maison qui lui vient de sa mère. C’est ainsi que les élèves du baron Gros (1771-1835), venant à Dunkerque pour peindre des marines, prenaient l’habitude de loger chez elle. Elle reçoit Alexandre Marie Colin, Louis Francia et son élève : Richard-Parkes Bonington. En 1824, ce dernier lui écrit, après son séjour en lui disant qu’il a passé la meilleure année de sa vie, chez elle (57). C’est aussi l’année où Francia fit des dessins et des aquarelles à Dunkerque. En 1826, Sophie Perrier s’établit à Paris, 47, rue des Martyrs, avec ses enfants : Louis, Clémentine et Sophie (58).

Une autre habitante de Dunkerque, Caroline Angebert (née le 19 décembre 1793 à Houssay sur Seine et décédée en 1880 à Provins) née Colas, épouse de Claude Angebert, commissaire principal de la marine à Dunkerque de 1817 à 1835, tient un salon littéraire où se rencontrent Dupouy, Benjamin Morel, Eugénie de Lamartine épouse de Coppens et sœur de Lamartine, et Fontemoing. Or Joseph, Auguste Fontemoing (1798-1850), avocat, amateur de Belles Lettres, auteur des paroles de la cantate à Jean Bart (musique du chef de musique communale Riefensthal, 1803-1879) connaît Francia et l’apprécie puisqu’il lui dédie Premières esquisses marines-le départ-la tempête-la prière-le beau temps- en 1831 : « L’océan éclairé par les feux de l’orage/ Terrible roule au loin sur les flots courroucés/ des vergues et des mâts les débris qui bouillonnent/ Tantôt se creuse en gouffre ou s’élève en colonne/… » (59)

Naufrages : comment sauver des vies ?

Les scènes de naufrage étaient pour les peintres anglais, un des sujets les plus populaires et Francia en Angleterre, s’il peignait des marines, représentait aussi des tempêtes, des naufrages et les moyens de sauver les équipages ! À l’époque, la plupart d’entre eux se produisaient à proximité des côtes ! Par exemple à Dunkerque, dans la nuit du 27 au 28 décembre 1810, le 3 mâts anglais Queen Elizabeth, pris dans une violente tempête, s’affale au milieu des bancs de sable de la rade. Il y eut 358 victimes sur 380 passagers ! Le corsaire Guillaume Gaspard Malo (1770-1835) fit des efforts surhumains pour se porter à leur secours mais ne put y parvenir. Les 22 survivants furent conduits en Angleterre par la corvette des pilotes. Le gouvernement anglais rendit à la ville, vingt-deux Dunkerquois retenus dans ses prisons. Cette catastrophe consterna les Dunkerquois et les fit réfléchir sur le manque de moyens de sauvetage et les solutions pour y remédier qui furent étudiées par Carlier et Benjamin Morel, (62)qui se rencontrent lors de ce naufrage et échangèrent dès lors les regrets de voir que les entrées des ports maritimes, où des naufrages se renouvellent fréquemment, sont dépourvues de possibilités de sauvetage efficaces. Au printemps 1830, Carlier visite des ports anglais et écossais. À Newcastle et à Sunderland, on construisait et armait des life-boats (en 1862, il y a 120 stations de bateaux de sauvetage le long des côtes du Royaume-Uni et à l’île de Guernesey.) Ensuite Carlier se rend à Londres chez M.Larking, président de la Human society dont le siège se trouve sur les bords de la serpentine de Hyde-Park. Il déclare : « En 1835, nous nous occupions tous deux de fonder à Dunkerque la Société Humaine, destinée à combler la lacune dont nous nous étions si souvent entretenus, depuis le naufrage de l’Elizabeth, dans les relations journalières que les affaires commerciales et maritimes savaient ouvertes entre nous, non moins que les rapports de société. » (63)(Carlier a exercé à Dunkerque de 1819 à 1838, les fonctions de courtier maritime (64)et, de 1838 à 1843, il est directeur d’une compagnie d’assurances maritimes. Il devait rencontrer Morel pour la dernière fois, le 16 août 1860 peu avant son décès d’une pleurésie le 24 août.)

Francia exposa un certain nombre de scènes de naufrages à la Royal Academy (1802, 1803, 1814,1816) mais son intérêt pour le sort des marins naufragés s’accrut de plus en plus, surtout en 1834, où il joua un rôle essentiel lors de la création de la société humaine à Calais. Le point de départ de la préoccupation de Francia pour le sauvetage provient de sa rencontre avec Georges William Manby qui avait écrit : Un essai pratique et démonstratif sur les moyens de prévenir les naufrages et de sauver la vie des marins naufragés ; contenant de courtes instructions pour porter secours aux hommes en péril, Paris, 1827. Nous avons vu plus haut qu’il avait inventé un procédé de sauvetage. En plus de ses qualités d’inventeur, Manby était aussi l’ami des peintres (65).

Si Francia représente les éléments déchaînés, ce n’est pas pour émouvoir le spectateur par une vision romantique du naufrage, mais il veut instruire et présenter l’efficacité du moyen de sauvetage, mis au point par le capitaine Manby. Le catalogue de la Royal Academy de 1816 donne des descriptions intéressantes de deux sauvetages effectués par Manby en 1815, illustrés par deux huiles sur toile de Francia, sans doute les seules connues de l’artiste. Ces deux commentaires permettent de mieux comprendre l’invention et son efficacité : (Sauvetage du Leipzig, échoué sur le banc de Yarmouth, le 7 décembre 1815). « Après n’avoir pu réussir à joindre le navire échoué, depuis le bateau pilote, à cause de la force du vent et de la violence de la mer, et en l’absence de tout espoir de sauver la vie des membres de l’équipage, le lieutenant Woodyer se rua aussitôt sur la jetée avec le mortier lance-amarre. Il réussit à lancer le filin par-dessus la vergue de hunier. Après de grands efforts, les hommes de l’équipage fixèrent le filin à une aussière ou haussière (gros cordage ayant 220 mètres de long employé pour l’amarrage des navires et les manoeuvres de force.) Ce faisant l’un d’eux fut enlevé par une lame et noyé. L’aussière fut halée jusqu’à l’extrémité de la jetée. Le lieutenant tira un autre coup de canon lance-amarre et lança un deuxième cordage au dessus de la même vergue de hunier, auquel il attacha un filet de chanvre tressé, muni d’une large cosse de plomb (anneau dont la partie extérieure est en forme de gorge destinée à recevoir la patte d’une voile, d’un cordage…). Ajustant l’aussière à une poulie, il la tira, comme avec un palan, afin que le filet, puisse aller et venir, le long de l’aussière, après y avoir fixé un mot, sur lequel se trouvaient des instructions pour que l’équipage se réfugie sur la grande hune afin de se protéger contre la tempête. En tirant à eux le filet, ils fixèrent l’aussière et la poulie à la tête du mât, puis, un par un, les hommes se mirent dans le filet et furent en toute sécurité halés sur le rivage. De cette manière, le capitaine, deux officiers et sept marins furent sauvés »

(Sauvetage de l’équipage et des passagers du brick Providence, naufragé à Winterton, le 15 avril 1815) : « Le maître d’équipage William Fridd mit à l’abri le filet qui avait été lancé et fixé un cordage par dessus le vaisseau qui était à 150 yards (137 mètres) du rivage et en tira à bord une quantité suffisante pour regagner le rivage. Lui et sa fille s’y enfermèrent pour une demi -clé à capeler qu’on emploie pour établir un dormant ou partie fixe d’un cordage à l’extrémité ou au capelage d’un espar, d’un mât de charge…

Et tandis que dans le même but, il le tendait à l’équipage, une énorme lame déferla sur le bateau, les entraînant tous les deux pardessus bord. Instantanément, ils furent halés à travers le ressac après les hommes postés sur le rivage, qu’ils atteignirent sains et saufs. Après, le filet fut à nouveau tiré en arrière par les gens à bord, quatre hommes et un jeune garçon regagnèrent la terre par le même moyen, juste avant que le bateau fut mis en pièces. »

À l’opposé d’une vision romantique du naufrage, Francia se soucie surtout d’instruire, sans apitoiement ni catastrophisme, soulignant l’efficacité du moyen de sauvetage créé par Manby. Ces aquarelles annoncent un genre que Francia développera de plus en plus.

Francia journaliste !

Une autre facette de la nature de Francia, et non la moindre, réside dans ses articles qu’il écrit dans le Journal de Calais à partir de 1826, puis en 1830 dans l’Indicateur de Calais qui devient en juin 1832 l’Industriel de Calais (66). Il se sert du pinceau et de la plume avec le même bonheur. Ce qui fait dire à Le Beau qu’il avait la prétention d’être écrivain, peut-être plus encore qu’il n’avait l’ambition d’être peintre ! Ce qui est excessif.

Francia aurait commencé son activité journalistique en Angleterre dont nous connaissons un article note Patrick Le Nouëne, mais aucun inventaire n’en a été fait. Il pense qu’il a collaboré à d’autres journaux locaux : dunkerquois, audomarois, boulonnais (67).Il aimait aussi écrire pour des raisons professionnelles, en effet il est l’auteur de plusieurs recueils sur l’aquarelle en 1810, 1813, 1814…(68)

Benjamin Morel (1781-1860)

Il rédige son premier article à Calais, le 29 novembre 1826 et écrit le dernier, le 10 novembre 1838, peu de temps, avant son décès. Il en écrira 88, en 11 ans, soit une cadence de 8 articles par an. Les arts (peinture, musique, théâtre) sont ses sujets de prédilection (51 articles), l’aménagement de Calais et de son port suscite 24 articles, l’état sanitaire de la ville à propos du choléra de 1831-1832 en représente 3. Il en écrit 5 sur la Société Humaine, c’est dire l’importance qu’elle représente à ses yeux. Dunkerque dont il admire les fondations sociales et la qualité de son accueil représente trois articles. Il aurait, sans doute aimé faire une chronique sur la Flandre illustrée de ses dessins, mais sans doute son état de santé l’en a empêché. Le départ d’un ami est un sujet d’article comme celui de Louis Jacques (Calais, 1786-1838, Marseille), commissaire des classes maritimes dès 1816, président de la Société d’Agriculture en 1821, il écrit comme Francia dans le Journal de Calais pour défendre, comme lui, le port de Calais face au rival boulonnais.

Grâce à ses articles nous cernons un peu mieux sa personnalité, ses sujets de prédilection, ses colères, ses états d’âme. À défaut de correspondance découverte à ce jour, ils sont extrêmement précieux pour le chercheur. Par exemple, il dénonce la bigoterie et la superstition (69)lors de la procession annuelle des pénitents de Furnes du dernier dimanche de juillet : « …Scène de bigoterie et de superstition jouée avec tous les ressorts d’une odieuse hypocrisie…Il s’agit d’une procession religieuse si l’on veut ! Cortège composé d’une masse d’imbéciles, un entre autres habillé en squelette et portant son propre crâne d’une main et des flammes de l’enfer de l’autre…Pour couronner la pitoyable folie de cette partie de carnaval, nombre de femmes… L’ascendant d’une religion pure et éclairée ne doit point reposer sur l’abrutissement du peuple, mais patience et tolérance… (Puis il conclut) Ce n’est donc point la religion que j’attaque, mais bien les abus que l’on en fait. Je me propose de lithographier une suite de sujets de cette procession et de la localité pris sur les lieux, avant, pendant et après… » Il est aussi caustique envers les moines du Mont des Cats, deux mois plus tard, dans un article du 26 septembre 1835.

Il prend part aussi aux activités culturelles et scolaires de Calais, intéressé par l’histoire locale, il est membre de la société des Antiquaires de la Morinie et sociétaire de la Société d’Agriculture, commerce, sciences et arts de Calais, proche de la franc-maçonnerie impériale dont le président Claude-Jérôme Burgaud (1769-1843) receveur de l’enregistrement et des domaines, vénérable d’une loge de Calais, membre fondateur en 1799, puis refondateur de la société d’Agriculture, président en 1828, ancêtre des Amis du Vieux Calais. (Philippe Cassez). Francia est aussi membre fondateur du Cercle littéraire, de la Société Humaine, puis du Musée de Calais. La participation à ces différentes sociétés constituait pour notre aquarelliste un réseau important de relations, de connaissances, d’amis.

Membre de la Société Humaine de Calais, il mettra tout en oeuvre pour que la ville se dote de moyens de sauvetage modernes, et déclare en 1833 : « … Il est urgent de prodiguer des secours aux braves marins de tous clans et de toutes nations. Nous avons fait des dessins pour le capitaine Manby, nous avons donc toutes les données nécessaires pour établir de pareils moyens sous la protection immédiate du gouvernement. » (70)

Il souhaitait que sa ville natale possède le port : « le plus sûr de la Manche, n’en déplaise à messieurs les Boulonnais. »( 71). (La rivalité, à l’époque, se manifestait plus entre Boulogne et Calais, qu’entre Calais et Dunkerque.)

Souvent les naufrages avaient lieu sous les yeux des Calaisiens impuissants, comme celui d’octobre 1834 à une demi-encablure du port, c’est-à-dire à environ 100 mètres !

Résumons l’historique de la Société Humaine. En octobre 1819, le premier canot de sauvetage est commandé au chantier Desjardin (qui avance les fonds) par Jacques Leveux (1781-1847), négociant et armateur, maire de Calais de 1830 à 1842, et Tom Souville (1777-1839) (ancien corsaire), membres de la société d’Agriculture (72) et anciens francs-maçons. Francia a côtoyé beaucoup de francs-maçons, peut-être par hasard ou par attirance pour cette société éclairée. La consultation du mémoire de maîtrise de Delphine Sapinault et de Fabien Versaevel relatif à La franc-maçonnerie de 1800 à 1936. (Lille III, 1994) ni celles des numéros 14,54, 67, 84, 106, 107, 145, 146, 147 du Bulletin historique et artistique du Calaisis, permet d’affirmer que Francia n’était pas franc-maçon.

Il est intéressant de noter que c’est le 17 juillet 1784, que 14 notables calaisiens se réunissent pour la première fois dans l’hôpital militaire de Calais et fondent la loge Saint Louis des amis Réunis. Le père de Francia, directeur de cet hôpital n’en fait pas partie (73).Cette loge a pu, pour les étrangers désireux de séjourner un certain temps en France, fonctionner comme la première halte d’un périple maçonnique effectué en parallèle avec un séjour culturel, artistique, touristique. L’exemple de Laurent François Gérald Van der Puyl est significatif. Originaire d’Utrecht, ce peintre hollandais est reçu apprenti à 38 ans, le 23 mai 1787, compagnon le 31 mai, maître le 5 juin ! En moins de quinze jours, il s’est vu conférer les trois grades symboliques, ce qui était assez fréquent au XVIIIe siècle. La notoriété du personnage y est sans doute pour quelque chose et la loge calaisienne n’est pas la seule loge du littoral à l’honorer et à tirer profit de sa présence. Amitié et Fraternité, principale loge dunkerquoise se flatte de compter ce peintre distingué comme visiteur en juillet 1788, il est alors revêtu des Hauts grades et Van der Puyl fait le portrait de l’ancien vénérable, le frère Bagge, d’origine norvégienne, à l’occasion de ses cinquante ans d’engagement maçonnique, il fait aussi le portrait du vénérable Jean-Marie Emmery (74) (75). André Merck et Christian Pfister ont cité le personnage (76). Il est possible que Van der Puyl ait connu Francia et qu’il le renseigne sur quelques Dunkerquois, pour que Francia n’arrive pas à Dunkerque, en terre inconnue (77).

Louis Francia était l’ami de plusieurs membres de la Société Humaine comme Tom Souville. En 1822, les autorités militaires autorisent la construction d’un abri pour le canot. En 1825, le canot valant 3800 francs n’est toujours pas payé, très endommagé, il est vendu à l’encan en janvier 1832. (78). La société d’Agriculture avait déjà tenté de créer une société de sauvetage, en 1820. Par la suite, la dite société envisagea de nouveau la création ainsi que celle d’une station balnéaire, car les sauveteurs de l’époque étaient aussi maîtres nageurs et, à ce titre, assistaient les éventuels baigneurs et baigneuses sur la plage.

Fondée en 1834, la Société Humaine de Calais bénéficie d’une souscription annuelle. L’enthousiasme et le rôle de Francia dans cette création n’est pas négligeable, il écrit dans l’Industriel Calaisien du 24 janvier 1835 : « L’organisation de notre Société Humaine s’achève et désormais tout va se trouver au complet, personnel et matériel, grâce à l’active sollicitude de nos collègues et à la bienveillante protection de M. De Rigny, ministre de la Marine, nous avons à notre disposition le bateau de sauvetage tant désiré et des marins intrépides et expérimentés pour le monter, aussi bien que notre bateau d’assistance dont les soins éclairés des capitaines Tom Souville et Ségur ont surveillé et hâté la construction.

Nous avons enfin une Société Humaine dont tous les membres ont à cœur de justifier leur titre, nous avons le concours des administrateurs de la marine et des douanes, concours réel, efficace et que nous sommes heureux de reconnaître ; nous avons enfin la coopération de M. le chef du Génie, le commandant de la place et le maire, nous avons d’habiles médecins, tous rivalisent de zèle, ainsi il ne nous manque qu’un naufrage…Dieu veuille ajourner encore longtemps la première et triste occasion de déplacer des moyens de secours dont nous sommes aujourd’hui pourvus. Quoiqu’il en soit, la présence de la Société Humaine et de la population entière ne se fera pas attendre pour les prodiguer dès qu’il en sera besoin.

Le bateau de sauvetage obtenu de M. le Ministre de la Marine nous est arrivé de Londres, mardi dernier par le navire la Néréide, capitaine Faillant, il a 26 pieds de long, en forme de pirogue , 6 pieds de large, 3 pieds de cale au centre, beaucoup plus haut aux extrémités, il possède 6 avirons et est entouré d’un bourrelet en liège. L’intérieur est garni de boîtes en métal et en bois parfaitement adaptées à la forme du bateau, ces boîtes hermétiquement fermées, causent un déplacement d’eau et le rendent insubmersible. L’embarcation est en outre pourvue d’un gouvernail et supérieurement confectionnée dans toutes ses parties. »

Mais en 1836, le comité ne reçoit plus que la moitié des cotisations suscitées par les 17 sociétés qui se réduisent à 7, à cause des départs, décès et démissions.

Le 16 avril 1838, le naufrage de la barge norvégienne Frithjoff Portsgrad cause la mort de 9 marins sans que le canot de sauvetage ait pu intervenir, enchaîné dans son hangar. Cette tragédie accélérera l’équipement de la station en bombes (sic) nécessaires au canon porte-amarre pour établir un va-et-vient du bateau en perdition à la plage.

« … Le lendemain du naufrage, jour de tempête, Louis Francia, à peine vêtu de son éternel costume noir, fit trois lieues, sur une plage mouillée, à travers la tourmente, pour se rendre aux Grandes Hemmes où la barge norvégienne venait de se perdre corps et biens à l’exception du capitaine et du second sauvés par Henri Butez, cultivateur à Oye. Francia, devant la carcasse déchiquetée, interrogeait les témoins, jetait sur le papier de rapides coups de crayon qu’il transforma et montra à ses amis en une des plus vigoureuses aquarelles sorties de ses pinceaux. Elle représente le naufrage où la mer déferle furieuse sur le pont du navire entr’ouvert et démâté ; des marins hardis dirigent leurs embarcations à travers les débris qui se heurtent autour du navire qu’ils tentent d’aborder. Le ciel est noir, marquetée de lueurs blafardes, la mer roule et précipite sur la plage des vagues nuancées de noir, de jaune, de vert et qui retombent en cascades contrariées, frissonnantes et blanches d’écume…Tout cela est plein de mouvement, de vie, il y a là tout un drame de mer effrayant et ce tableau compliqué est renfermé, saisissant de couleurs et d’effet dans une aquarelle de quelques pouces carrés. »(79)

Le 19 octobre 1838, dans l’Industriel calaisien, Louis Francia dénonce l’immobilisme du comité de la Société Humaine qui ne se réunit plus et déplore l’état désastreux du canot. L’année suivante, une série de mesures sont prises pour sauver la Société : on répare les baraques abritant le canot, un canot spécial surveille les baigneurs de la plage ouest, on fonde une école de natation, les deux mortiers lance-amarres sont entretenus régulièrement l’un au port, l’autre à Oye, enfin les édiles ont voté 500 francs de subvention annuelle (80).

Après une période de stagnation, d’inefficacité, il faut attendre 1867 et le rattachement de la Société Humaine à la Société Nationale des Naufragés pour que le sauvetage calaisien soit assuré avec succès.

À Dunkerque, la date de création de la Société Humaine a lieu presque au même moment que celle de Calais, le 15 mai 1834 (81). Un article de La Vigie du 25 janvier 1834, n°119, évoque la première réunion de « personnes zélées » et signale que des contacts préalables ont été pris en 1833 par Jean-Joseph Carlier, à Boulogne-sur-Mer où existait déjà une société semblable : Carlier y rencontra le maire de Boulogne, M. Adam, président de la société, le secrétaire et M. Michelin commissaire de la marine, qui avait été sous-commissaire à Dunkerque et ancien ami de Benjamin Morel et de Carlier. (82).

Encore un point commun entre le Calaisien Francia et le Dunkerquois Morel. Les fondateurs de la Société Humaine de Dunkerque sont : Paul Lemaire (1768-1841) président honoraire, Benjamin Morel, président, madame Charles Carlier, trésorière (épouse du frère de Jean-Joseph Carlier). C’est une association de bienfaisance dont l’action s’exercera dans une zone qui comprend le port, les canaux qui entourent la ville, la côte entre Zuydcoote et Mardyck, la rade et les bancs de Dunkerque. En plus de la surveillance, il s’agit de prévenir les accidents, de sauver, soigner les naufragés, récupérer les noyés. Et l’argent est dans ce domaine comme ailleurs, le nerf de la guerre, il s’agit de recueillir des dons et des souscriptions.

Dans la lettre-rapport de septembre 1835 à la Société Centrale des Naufrages, Carlier fait état d’un projet de surveillance des baignades et évoque aussi une surveillance du patinage sur les canaux ! Les hivers étaient plus rigoureux pendant cette période !

La société emploie des salariés comme gardiens des postes de sauvetage et des bénévoles (médecins et canotiers pour le canot) Ces salariés portent des chapeaux cirés sur lesquels est écrit : « Société Humaine de Dunkerque ».

L’équipement comprend deux postes de surveillance et de soins, installés à l’est et à l’ouest du chenal et un canot de sauvetage offert par le ministère de la marine. L’attribution du canot a été laborieuse comme à Calais. Il a fallu l’intervention du comte Roger, député, pour débloquer la situation. On fit faire au canot de nombreux essais, relatés dans trois articles du Journal de Dunkerque de juin et juillet 1836.

La Société Humaine de Dunkerque se mit en rapport avec celles de Boulogne, Calais, Dieppe ainsi qu’avec les Sauveteurs de France, de Paris, de Marseille. Grâce à l’influence de Benjamin Morel, président pendant 25 ans, la société parvint à réunir 36000 francs fournis par 117 villes de France et de l’étranger. Morel savait être aussi un homme d’action, il eut une conduite généreuse en 1848, au cours du sauvetage des naufragés du navire le Porc-épic qui lui valut les félicitations du ministre de la Marine.

En 1857, la Société acquit à Yarmouth, un bateau de sauvetage construit sur le modèle adopté par la Royal Life Boat Institution. Il avait 10 mètres de long et des caissons à air qui le rendaient insubmersible. Ce canot s’ajoutait à l’ancien qui datait de 1835. Son équipement se composait de bouées, de ceintures de sauvetage, d’un chariot pour le transport à terre, d’un porte amarre Delvigne, d’un canot affecté à la surveillance des baigneurs. Les postes de secours abritaient des lits, du linge et des médicaments. En 1875, la Société Humaine dunkerquoise s’affilia aux Sociétés Centrales et Générales des Naufrages dont les sièges se trouvaient à Paris.

L’altruiste Francia s’intéresse à la misère que l’on rencontre dans les villes industrielles et qu’il a notamment connue à Londres. Grâce à ses contacts dunkerquois, il admire la fondation de l’établissement des salles d’asile à Dunkerque.(83).

À Dunkerque où, au début du XIXe siècle, l’industrie se développe et engendre de la misère, notamment celle des enfants de parents indigents qui sont obligés de travailler à deux pour élever leur nombreuse famille. Pour encadrer leur progéniture, les édiles dunkerquois et leurs épouses ont créé trois asiles où les enfants sont mieux soignés que dans les misérables logements de leurs parents et sont mieux élevés, comme l’expose, enthousiaste, Francia : «…Après cela si l’enfant individuellement ou collectivement est bien soigné, il n’en croîtra que mieux et de corps et d’esprit ; bénéfice immense pour la société et la génération qui s’élève car c’est dans la plus tendre enfance comme sur l’argile encore molle que se font le plus aisément des impressions profondes et, selon l’écriture sainte, il faut enseigner à l’enfant le sentier qu’il doit suivre et il ne s’en écartera jamais. » Vision et discours d’un bourgeois du début du XIXe siècle.

Jean-Denis Marie Cochin, jurisconsulte, philanthrope, avocat (1789-1841), député de Paris de 1837 à 1841, fonda la première salle d’asile de Paris en 1827 dont Alfred Morel fils s’inspira et devint un des promoteurs les plus zélés des salles d’asile de Dunkerque (84).

La salle d’asile de la Basse Ville, dénommée Sainte Eugénie, dont la directrice s’appelait Angélique Troncquée, a été ouverte rue du Milieu, le 1er septembre 1835. Une nouvelle salle plus grande a été inaugurée le 1er octobre 1853 et accueillait 300 enfants de 3 à 7 ans, tous les jours sauf les dimanches et fêtes de 8 heures à la chute du jour.

La salle d’asile de la rue des Arbres appelée Sainte Marie, réunissant 150 enfants fut ouverte le 1er juin 1836 et dirigée par des laïques jusqu’en 1859, où elle passa sous la direction des soeurs de la Providence.

La salle d’asile de la place du Théâtre, nommée Notre-Dame, a été inaugurée le 1er octobre 1859 et confiée à Mademoiselle Coralie Verva qui avait repris la direction de l’asile de la rue des Arbres, le 1er décembre 1849. Cet asile s’occupait de 130 enfants.

Trente-six dames ont été nommées par le préfet pour composer le conseil d’inspection. Il s’agissait d’épouses d’élus, de notables, du maire, du sous-préfet…Ce sont les dames que Louis Francia qualifie de généreuses dunkerquoises : «... Ainsi donc honneur, mille fois honneur aux administrations, aux dames surtout qui ont rivalisé de zèle, d’industrie et de talent pour produire plus de 300 objets de luxe et d’utilité dont le produit est destiné à l’établissement des salles d’asile, produit déjà assuré au-delà de 1000 écus.( soit qu’il s’agisse de francs or ou de pièces d’argent de 5 francs à qui on donnait le nom d’écu encore au début du XXème siècle comme il est indiqué dans le Larousse de la même époque.)

Honneur à tous les contribuants, mais surtout aux dames, aux demoiselles qui dispensatrices nées des bienfaits de la Providence mettent en outre tant de tact et de talent dans l’exercice de leur pieuse mission. Oui, généreuses Dunkerquoises,j’entrevois dans votre exposition au profit des salles d’asile, le moyen qui développe les talents cachés et donnera l’essor à l’imagination en fait d’art. Vous êtes orfèvre M. Josse (s’agit-il de Pierre Josse, marin de 46 ans au recensement de 1826, habitant 12 ruellette au bois ?) Oui, et je prends ici avec plaisir et reconnaissance l’engagement de contribuer pour ma part à la réalisation de cette heureuse idée. » (85). (Francia était généreux et désintéressé, par exemple il avait exposé à Calais en 1830, au profit des pauvres calaisiens (86)).

Sa sollicitude pour les Dunkerquois se manifeste de nouveau lors du concours de musique de Dunkerque du 19 juillet 1835 qu’il décrit en termes élogieux et retranscrit, visiblement, avec plaisir l’état d’esprit de Legros-Devot (1803-1854), commandant de la Garde nationale en 1835 et maire de Calais de 1842 à 1848) qu’il partage depuis 1824 lors de son premier séjour prolongé à Dunkerque. Écoutons le maire de Calais : « … Qu’il nous soit permis d’offrir à nos bons voisins les Dunkerquois, à ces excellents, à ces sincères, à ces affectueux amis, l’expression de notre gratitude vraiment fraternelle pour l’accueil qu’ils viennent de faire à quelques enfants de Calais ; ces remerciements, le commandant ne craint pas de les offrir au nom de toute la population de Calais, persuadé de ne pas être désapprouvé par aucun de ses concitoyens. » À travers le lyrisme emphatique inhérent à l’époque, on perçoit une véritable amitié émanant d’un Calaisien généreux qui voudrait sincèrement faire partager ses sentiments à l’ensemble de ses concitoyens.

Le règlement du concours du 19 juillet 1835 était le suivant : Les différentes musiques seront passées en revue sur l’esplanade en passant par les rues du Collège, des Vieux remparts, et du magasin à poudre. Après cette inspection les corps de musique iront place royale, l’actuelle place Jean Bart où le lendemain matin à 9 heures ils recevront leurs prix ou à l’hôtel de ville en cas de pluie. (87). Onze harmonies étaient attendues, celles de Saint-Omer, Calais, Ypres, Poperinghe, Gravelines, Furnes, Hazebrouck, Hondschoote, Steenvoorde, Wormhoudt (orthographe de l’époque), Warhem (88).

L’Industriel calaisien du 25 juillet 1835 reproduit le texte sur le Concours de musique de Dunkerque : « Des milliers d’étrangers au milieu desquels on remarquait environ 200 Anglais arrivés la veille au soir par le bateau à vapeur Royal Adélaïde, ont assisté au concours d’harmonie militaire offert le 19 de ce mois par la ville de Dunkerque et nous pouvons affirmer, sans crainte d’être contredits, que nulle part, jusqu’ici concours de ce genre n’a été si brillant, si animé et si bien fait pour mettre en honneur ce genre si distingué d’exercices.

Notre devoir n’est pas moins de féliciter la mairie de notre ville sur les excellentes dispositions qu’elle avait faites pour donner à cette réunion extraordinaire de talents étrangers et nationaux tous les moyens qu’ils pouvaient désirer afin de se produire de la manière la plus avantageuse.

La magnifique estrade élevée au milieu de la place royale, sur le plan très ingénieux de l’architecte Henri, était située de manière à ce que la superbe et large rue d’Orléans (actuel boulevard Alexandre III) parut n’être qu’une continuation de cette belle place ; cette estrade avait été couverte pour servir même en cas de pluie, de telle sorte que les sociétés musicales y trouvassent un abri qui rassurât les exécutants contre les effets du mauvais temps de vastes enceintes, parfaitement distribuées, avaient été établies, pour les corps de musique, pour les détachements de la Garde Nationale tant du dehors que de la ville et, pour asseoir en même temps une partie de la population, moyen employé essentiellement dans la vue d’obtenir plus de silence ; de longs et faciles couloirs donnaient accès à toutes ces enceintes, les unes et les autres pavoisées, ainsi que la grande estrade, du drapeau national et des pavillons de toutes les nations alliées.

Ce coup d’œil était véritablement enchanteur .La matinée du 19 avait été sombre, mais à 7 heures il n’y avait plus lieu de craindre que la journée fut contrariée par la pluie ; la joie avait donc succédé à l’anxiété, et chacun attendait impatiemment le moment de l’entrée solennelle des corps de musique et des gardes nationales qui avaient annoncé leur arrivée. Le corps de musique de Dunkerque et le détachement fourni par les différentes armes de la Garde Nationale de cette ville avaient pris leurs mesures pour que chaque société entrât séparément, et fut, à son entrée, accompagnée d’un peloton tant de la musique que de la garde nationale de Dunkerque. A dix heures commença cette entrée solennelle. L’administration municipale se tenait à l’hôte-de-ville prête à accueillir les amis qui venaient prendre part à notre fête ; et ici encore, nous ne devons pas passer sous silence l’intérêt tout particulier que M. le maire et M. l’adjoint ont su attacher à cette réception. Onze sociétés ont été conduites successivement à la maison commune et chacune de ces onze sociétés a été reçue alternativement par M. le maire et M. l’adjoint, et complimentée particulièrement.

À deux heures toutes ces sociétés se sont rassemblées de nouveau à l’hôtel de ville pour déterminer par la voie du sort l’ordre du concours. Le sort l’a fixé ainsi : communes : Warhem, Wormhoudt, Steenvoorde. Villes: Furnes, Poperinghe, Gravelines, Hazebrouck, Honsdchoote, Saint-Omer, Ypres, Calais.

C’était dans l’ordre ci-dessus que les corps de musique devaient être appelés le soir à exécuter. Le jury chargé de se prononcer sur la meilleure tenue était formé de MM. Le maréchal de camp Thévenet (89), Cicéron commandant de la place, Haner colonel du 9 èmeLéger, Bigorgne, lieutenant-colonel de la Garde Nationale et Robert, chef de bataillon d’artillerie.

À trois heures, le cortège composé de la mairie, de la société de musique et du détachement de la Garde Nationale de Dunkerque, de MM. Les membres du jury chargé de se prononcer sur la meilleure tenue et sur l’entrée la plus pompeuse, et, enfin des sociétés musicales du dehors un nombre de onze, accompagnées de superbes détachements de différentes armes qui s’étaient joints à celles Saint-Omer, Gravelines, Calais, Hondschoote ; le cortège s’est porté sur l’esplanade où devait se faire l’inspection de ces sociétés et détachements.

Une foule immense d’habitants suivait le cortège admirant cet ensemble magnifique d’uniformes et d’armes resplendissants ; et ce n’a été qu’avec des peines infinies qu’on a pu isoler les spectateurs des corps à passer en revue, tant était prodigieuse la foule qui avait voulu assister à cet intéressant spectacle. Le jury a été frappé de la belle et régulière tenue d’une grande partie des corps soumis à son inspection. Dans l’admiration qu’il éprouvait de la perfection de cette tenue, il regrettait et le témoignait publiquement, qu’il n’y eut qu’un prix à décerner ; mais forcé par la nécessité de l’accorder à l’exactitude la plus rigoureuse, et n’ayant pas trouvé une seule observation à faire dans les détails les plus minutieux de l’habillement, de l’armement et de l’uniformité de la tenue du corps de musique de Furnes, il lui a adjugé ce prix. Le prix de pompe a été décerné à la société de Saint-Omer dont la belle composition d’une part et de l’autre le superbe et nombreux détachement qui l’accom-pagnait lui méritaient cette distinction.

La revue terminée, tout le cortège s’est remis en route, et après avoir parcouru la plus grande partie des rues principales de la ville qui n’avaient pu voir le matin les corps à leur entrée, il s’est rendu sur la place royale où les sociétés musicales étaient appelées à concourir. Toutes les enceintes étaient remplies de dames élégamment parées ; des flots de spectateurs arrivaient successivement et se plaçaient à leur tour en dehors ; bientôt il eut été impossible de loger une personne de plus dans le vaste concours de la place et dans les rues adjacentes ; toutes les croisées des maisons étaient garnies ; les chambres ayant vue sur l’estrade étaient remplies dans toute leur profondeur ; des curieux, trop hardis, peut-être, s’étaient installés jusque sur les toits.

Le concours a été ouvert par la musique de Dunkerque qui, bientôt, a cédé la lice aux sociétés arrivées pour disputer les prix. Les corps de musique des communes rurales, au nombre de trois, ont exécuté tour à tour leurs morceaux, et après les huit corps de musique des villes ont concouru entre eux. Il serait impossible de décrire convenablement les sensations qu’ont éprouvées les auditeurs, chacun de ces corps de musique offrant particulièrement des talents remarquables dont l’effet se faisait ressentir immédiatement, car ces sensations se trouvaient remplacées tour à tour par des sensations nouvelles que produisaient l’exécution parfaite des corps qui se succédaient : le plaisir était général ; l’enthousiasme avait gagné tous les spectateurs et, le concours quoique s’étant prolongé jusqu’après minuit, n’a pu lasser personne bien qu’un bal préparé sous la direction de « l’Autorité » et par les soins de la commission de la société de musique de Dunkerque , réunie à la commission des concerts et des bals fut pour beaucoup d’amateurs un attrait particulier qu’ils avaient promis de ne pas négliger. La commission pour le bal avait fait tous ses efforts pour rendre la salle aussi brillante et aussi commode que possible, et ses efforts ont été couronnés de succès. D’élégantes draperies recouvraient de haut en bas le devant des anges de la salle de spectacle pour en cacher le peu de fraîcheur ; un grand nombre de lumières étaient habilement distribuées pour faire ressortir ces draperies et les autres décorations et pour ajouter à l’éclat des toilettes ; des glaces heureusement placées répétaient le mouvement de toutes les personnes qui remplissaient la salle. La foule y a toujours été considérable. Le bal a été fort animé et ne s’est terminé que dans la matinée du 20, au moment où déjà la population se mettait encore en mouvement pour se rendre presqu’en masse sur la place royale où devait être connu le jugement rendu par le jury chargé de se prononcer sur la meilleure exécution. En effet, à 9 heures, les autorités et le jury qui se composait de MM. Dubreu et Fremiot aîné, professeurs de musique ; de M Tacquet et de M. Renaud capitaine de musique au 3ème Léger et de M. Roda, chef de musique de ce régiment, se sont réunis sur l’estrade précédés par la société musicale de Dunkerque. Sur la place étaient les sociétés concurrentes ; et la musique de Dunkerque ayant ouvert la séance, M. le maire a fait donner lecture des divers procès-verbaux rédigés par différents jurys et a distribué les prix dans l’ordre suivant, savoir :

  • Villes : 1er prix, Saint-Omer ; 2ème Calais ; 3ème Hondschoote, 4ème Hazebrouck ; 5ème Poperinghe.
  • Communes : 1er prix, Wormhoudt, 2ème, Warhem ; 3ème, Steenvoorde.
  • Prix de solo, M. Favier, petite flûte de la musique de Saint-Omer.
  • Prix de tenue, musique de Furnes.
  • Prix de pompe, Saint-Omer

La distribution de ces prix a excité une satisfaction en général et cette satisfaction a prouvé que le public sanctionnait de son approbation entière les jugements qui les avaient répartis ; il a été facile de reconnaître que les sociétés musicales rendaient pleine justice à l’impartialité et à la rectitude de ces jugements.

Les distributions terminées, les corps des musiques couronnées ont joué alternativement sur l’estrade, puis ont été remercier les autorités en exécutant devant leur domicile des morceaux d’harmonie. Bientôt a commencé le départ des sociétés et des détachements ; même empressement pour les voir et les accompagner qu’au moment de leur entrée à Dunkerque. On avait eu tant de plaisir à les posséder qu’on ne pouvait les quitter qu’avec peine, et qu’on tâchait d’éloigner autant que possible le moment d’une séparation. Le souvenir de cette fête de famille restera longtemps gravé dans notre mémoire. Nous n’oublierons pas l’empressement de nos voisins tant nationaux qu’étrangers ont mis à répondre à nos invitations amicales, et nous nous flattons qu’ils auront remporté de chez nous la conviction de l’attachement bien véritable que nous leur portons à tous.

Le corps de musique de Dunkerque s’est signalé par l’empressement amical qu’il a mis à accueillir toutes les sociétés et par les soins dont il a entouré leur présence dans la ville. Les Gardes Nationaux et leurs officiers composant le détachement d’honneur ont rivalisé de bonne volonté et d’efforts pour fraterniser avec les détachements étrangers ; les commissaires chargés de faire les honneurs du bal ont, par leur politesse et leur activité, justifié tout ce qu’on attendait d’eux. »

Louis Francia retrace à sa façon, l’évènement : « Aux Calaisiens, Messieurs et chers compatriotes.

À tous ceux d’entre vous qui ont assisté au concours musical de Dunkerque le 19 juillet, je ne crains pas de dire qu’ils ont eu le bonheur de jouir d’une fête délicieuse, non seulement comme plaisir du moment, mais comme leçon d’une haute portée, laquelle je l’espère ne sera pas perdue pour nous.

Félicitons toutes les personnes qui composent notre corps de musique : elles ont beaucoup travaillé, beaucoup gagné et doivent de la reconnaissance à M. Tourneur qui d’après l’assurance de Dunkerquois instruits et dont je suis heureux de me rendre l’écho, s’est montré excellent chef de musique. Puisse cette musique qui a débuté par une victoire, nous conduire à organiser un concours à Calais ; puisse-t-elle donner l’élan aux sciences et aux arts parmi nous et convaincre nos magistrats que, si en jetant en l’air des noisettes, il nous retombe en place des oeufs d’ortolan tout fricassés, il y a beaucoup à gagner et rien à perdre ; puisse-t-elle prouver (quoiqu’un peu tard) que quelque soit la localité, quelque soit le terroir, en le cultivant avec soin et constance, on parviendra toujours à lui faire produire d’heureux fruits.

Qui de nous oubliera la réception flatteuse des magistrats, de la Garde nationale et de la population toute entière de Dunkerque ; réception à laquelle le capitaine Pierredon a répondu avec l’accent de la plus vive sympathie, ainsi que j’ai cru devoir le faire au nom de la section des arts et sciences de Calais ; félicitez-vous, chers compatriotes et soyez fiers de votre victoire, car vous avez lutté contre d’excellentes musiques et remporté un prix honorable (le second) ; courage donc, messieurs, distinguons-nous, et si nous n’avons pas de fête patronale, ayons du moins une fête musicale, et je réponds de l’affluence d’un grand nombre d’étrangers ; instruisons nos concitoyens, ne leur donnons point de concours de bêtes, laissons ce luxe inutile aux sybarites, aux spectateurs avides, et jetons à nos voisins un honorable défi dans les arts et dans les sciences (90).

Le retour des Calaisiens fut triomphal à 21 heures rue Royale et place d’Armes où, après trois exécutions musicales effectuées devant la maison du maire, du commandant de la Garde nationale et de M. Pierredon, capitaine de la musique victorieuse où on leur servit maints rafraîchissements aux cours desquels de nombreux toasts furent portés notamment « aux frères de Dunkerque » et où on souhaita l’organisation d’un concours à Calais le 15 août suivant. En réalité il eut lieu le 8 août 1836 et la Garde Nationale de Calais offrit, le lendemain, sur la place d’Armes un banquet de 2000 couverts aux Gardes Nationaux des villes voisines qui avaient assisté et participé au grand concours de musique et à la fête militaire. Le maire de Calais, Legros-Devot commanda à Francia une aquarelle qui fut lithographiée, après sa mort, par son fils Alexandre. Cette aquarelle était au musée des Beaux-arts de Calais, détruit en 1940.

Le banquet sur la place d'Armes de Calais, en 1836. Aquarelle de Louis Francia (Lennel, Calaispar l'Image, tome , p65, Ed Le Téméraire 1996)

François Louis Francia mourut des suites d’une longue maladie, à 66 ans et un mois, le 5 février 1839 à 22 h 30, en son domicile sis au numéro 269 de la rue de la Poissonnerie à Calais. Son décès a été déclaré à la mairie de Calais, le lendemain, par ses cousins issus de germains Ferdinand Isaac, négociant, et Jules Isaac, rentier.

Le chroniqueur du Journal de Calais relate ainsi le décès de Francia : « en perdant M. Francia, Calais perd un bon citoyen et un artiste distingué qui avait su se faire un réputation par la seule force de son talent. »

« Ainsi disparaissait, après une longue maladie, discrètement un artiste dont la réputation en Grande Bretagne surpassait celle qui lui était attribuée en France, car hormis quelques amis, rares étaient ceux, parmi les Calaisiens qui reconnaissaient ses mérites artistiques.

À Calais, il était plus connu pour ses multiples activités philanthropiques, sa participation aux sociétés savantes ou pour ses polémiques dans la presse locale que pour ses talents d’aquarelliste. » (91)

Georges-Frederick Spiers fit lors de ses obsèques, jeudi matin 9 février, à 9 heures, son éloge funèbre (improvisée souligne le journaliste). (92) : « Francia ! Nous venons te conduire à cette dernière demeure où nous irons tous un jour ; repose en paix et que la terre te soit légère. Messieurs, Francia n’était pas seulement un peintre distingué, mais il fut le créateur d’un genre. Il aura des émules, des imitateurs qui l’égaleront, le surpasseront peut-être, mais sa gloire ne sera pas ternie. On dira longtemps école Francia !

Comme beaucoup de peintres célèbres ; Francia meurt sans laisser de fortune ; mais ceux qui possèdent ses tableaux sont riches des produits de son imagination créatrice. Semblable à Lantara, Francia n’aimait point à débattre le prix de ses ouvrages. Il avait raison. On ne marchande pas avec le génie. Pour lui, l’or n’était rien, la gloire était tout. Francia, ce ne sont point des fleurs que nous venons jeter sur ta tombe, c’est de lauriers qu’il faudrait la couvrir. Francia avait l’humeur singulière, bizarre même, mais le fond de son caractère était bon. On peut dire qu’il fut le type des bourrus bienfaisants. Y-avait-il un abus à signaler, un innocent à venger, Francia était là ! Armée du sarcasme, sa plume incisive disait la vérité quelqu’en pût être la conséquence.

Adieu, Francia ! Adieu ! Quant à nous, Messieurs, au milieu de la tourmente qui règne, véritable image de celui dont nous déplorons la perte, disons-nous l’âme satisfaite : Nous venons de rendre un hommage au talent. »

Du 7 février au 4 mars 1839, ses anciens collègues de la société d’Agriculture et du conseil d’administration du musée (principalement Isaac-Olivier, Augustin Isaac, Crochez, Durand et Carpot) organisent une exposition de son oeuvre au Musée de Calais. Le 9 février 1839 (93): « M. Legros-Devot, voulant payer un premier tribut d’hommage à la mémoire de M. Francia, vient d’écrire à l’administration du Musée, pour lui offrir d’exposer pendant quelques jours le tableau de cet artiste recommandable, représentant le repas des gardes nationaux qui a suivi le concours de musique du 7 août 1836.Cet honorable exemple ayant suffi pour donner l’impulsion, plusieurs de nos concitoyens, également admirateurs du beau talent de M. Francia, se sont empressés, dans le même but de déposer un grand nombre de ses ouvrages entre les mains des administrateurs du Musée. En conséquence, le public est prévenu qu’à dater de dimanche prochain et jusqu’à nouvel ordre, il y aura tous les jours, dans une des salles du Musée, exposition gratuite d’un grand nombre de tableaux de feu M. Francia.

Les habitants de Calais n’avaient pas attendu que la mort vint frapper ce peintre distingué pour apprécier la vigueur et le fini de son pinceau, car depuis longtemps la réputation de M. Francia n’avait cessé de donner un nouveau prix à ses ouvrages. Aussi les livrer aujourd’hui à l’admiration de nos concitoyens, c’est acquitter en quelque sorte une dette de patriotisme reconnaissant, c’est honorer le talent de l’auteur et jeter à la fois sur sa tombe les éloges et les regrets. Les administrateurs du Musée : Pigault de Beaupré, président; Bonard, De-Rheims, Durant et Carpot. »

Le 8 février, la société d’Agriculture sur proposition de Le Beau et Dufaitelle décide qu’elle fera élever, à ses frais, un monument à la mémoire de Francia, et consacrera une notice biographique qui sera précédée du buste lithographié de l’artiste. (ce monument fut inauguré le 18 novembre 1839)

Hélas, le conseil municipal de Calais repoussa, le 22 février 1839 par 10 voix contre 7, la demande de concession gratuite et à perpétuité pour Francia, afin de ne pas créer de précédent. (94)

Les 9 et 10 avril la vente à son domicile de dessins, croquis, tableaux, collection de médailles, de plans, de cartes rapporta 3000 francs qui servirent à éponger les dettes du défunt.

Le 13 novembre on exhuma le corps de Francia pour l’ensevelir dans un tombeau exécuté par Letendart fils, sculpteur du marbre d’après un dessin de Vilain sur lequel on grava : « À Francia, peintre de marines, né le 21 décembre 1772, mort le 6 février [en réalité le 5], la société d’Agriculture et ses concitoyens. »

La pierre tombale de Louis Francia. Cimetière-Nord de Calais, état actuel (cliché Gérard Beauvillain)

Heureusement que Francia faisait partie de la société d’Agriculture et du conseil d’administration du musée sinon sa dépouille aurait reposé à même la terre comme la plupart de ses pauvres concitoyens.

Mais est-ce là le plus important ? Son oeuvre existe encore à Londres, à Calais, à Saint-Omer (95), à Dunkerque et en bien d’autres lieux, ainsi que ses articles, parus dans les journaux calaisiens.

Quinze ans après la mort de Francia, un critique d’art, Pierre Hédouin fils (né à Boulogne-sur-Mer en 1820 et décédé en 1889) dans son commentaire de l’Exposition Universelle de 1855 paru dans le Ménestrel (journal parisien de 1833 à 1840) rappelle le rôle méconnu qu’a joué Francia dans la diffusion de l’aquarelle en France : « Comme aquarellistes, il y longtemps que les Anglais jouissent d’une réputation justement acquise. Nous étions encore bien pauvres, bien pâles en ce genre, lorsque déjà ils y donnaient la preuve d’une grande puissance. Un Français, d’origine italienne, que j’ai beaucoup connu, Francia, dont la jeunesse s’écoula en Angleterre, et qui revint s’établir et mourir à Calais, son pays natal, nous montra le premier tout le parti qu’on pouvait tirer de l’aquarelle.

e m’étonne du silence gardé jusqu’à présent, par nos écrivains d’art, sur ce peintre d’un talent réel, si vrai et dont le caractère original et un peu cynique nous rappelait souvent Rabelais et Lantara. (96).Géricault le tenait en grande estime… Qui mieux que Francia a représenté les rivages de la mer, le sable, les côtes, le mouvement des vagues, le calme, la tempête, les ciels perlés et bleutés du port de Calais ?

Bonington, Wyld, Isaac…furent ses élèves et se montrèrent dignes d’un tel maître…

Les Calaisiens ont rarement été invités à découvrir l’œuvre de leur compatriote. Une première fois de son vivant, en 1830, elle fut présentée au Palais de Justice pour une oeuvre de bienfaisance. A cette occasion les collectionneurs calaisiens apportèrent leur concours : Poulain, Brummel (97), Legros-Devot, V.Guillebert, J.Rebier, Leveux, J-M Mallet-Banquière.

Une exposition d’une centaine de ses tableaux, aquarelles, estampes, dessins eut lieu en son honneur en mars 1839, à l’initiative de Legros-Devot qui prêta au musée son tableau, Repas des gardes nationaux qui a suivi le concours de musique du 7 août 1836 elle avait été réunie en un jour car la plupart des collectionneurs de Francia résidaient à Calais, comme Isaac, Guillebert, Mallet, Scholley et amis de l’artiste sous la responsabilité d’Isaac Olivier, Auguste Isaac, Crochez, Durand et Carpot au musée de Calais. (98) (99)».

Et puis Francia retomba dans l’oubli sauf pour quelques conservateurs de musées et quelques collectionneurs. Lors du centenaire du musée, certaines de ses oeuvres furent présentées à l’hôtel de ville et en 1961, à l’occasion de l’exposition l’aquarelle romantique en France et en Angleterre, des Francia appartenant à des Calaisiens furent exposés au Musée.

En dehors de Calais rares sont les musées français qui conservent ses oeuvres. À Paris, seul le musée Carnavalet en possède. Dans notre région le musée Sandelin de Saint-Omer et celui de Dunkerque en détiennent. Mais on trouve la majeure partie de son oeuvre dans les principaux musées britanniques.

Le vendredi 8 novembre 1985 un article de F. Rolet, paru dans La Voix du Nord sous le titre de Louis Francia, ce préromantique oublié refit connaître un peu Francia. Il écrit notamment : « … Ses oeuvres les plus importantes furent détruites dans l’incendie qui dévasta le musée de Calais pendant la seconde guerre mondiale. On comprend les difficultés d’Anthony Reed qui récemment présentait dans sa galerie de Londres une cinquantaine d’aquarelles de Louis Francia et qui avait mis dix ans pour les réunir, guidé par le souci de rendre à cet artiste français la place qui lui revenait dans la famille des plus grands aquarellistes anglais de la fin du XVIIIe siècle.

L’art de Francia appartenait au genre pittoresque de l’époque, celui des peintres voyageurs et des croquis de route à la William Hogarth (1697-1764) avec une prédilection pour les bords de mer et pour Calais, sa ville natale…Artiste fécond, Francia nous a livré toute une série d’aquarelles, dessins, gravures, peintures qui sont autant d’œuvres documentaires sur son temps dans leur dimension topographique et sociale. Il fut un poète de la ligne, des mâts et des gréements, un chantre de la couleur en demi-teintes avec un goût prononcé pour les tons bruns et ocres, un homme d’espaces et d’équilibre entre le ciel, la terre et l’eau. Quelques lignes, un mince trait de pinceau ou de plume, un léger rehaut d’encre, une habileté et une simplicité qui rappellent certains maîtres hollandais.

Ici une atmosphère saisie, là une lumière restituée… Francia a su analyser avec finesse et clarté, des visions originales, reflets d’âme que les Romantiques approfondiront plus tard, parfois jusqu’au délire. Il leur avait préparé le terrain, bornant un chemin qui fut celui, entre autres d’un William Turner (1775-1851) et qui voudrait qu’on étudie son influence jusque dans le paysage romantique français. »

Mais c’est surtout l’exposition Louis Francia au musée de Calais du 15 octobre 1988 au 9 janvier 1989, riche de 171 oeuvres et d’un remarquable catalogue sous l’égide de Patrick Le Nouëne, conservateur, et d’Annette Haudiquet, conservatrice-adjointe qui ressuscita vraiment Francia et son oeuvre immense et variée. Ils démontrèrent excellemment que Francia était autre chose qu’un peintre de paysages anglais ou de marines.

Patrick Le Nouëne déclarait (100): « …Dès 1950, les conservateurs successifs s’efforcèrent de reconstituer la collection Francia, détruite en 1940. Lors du centenaire du musée certaines de ses oeuvres furent présentées à l’hôtel de ville. En 1961, à l’occasion de l’exposition : ‘’ L’aquarelle romantique en France et en Angleterre’’ des Francia appartenant à des collectionneurs ou au Musée y furent exposés…Depuis trois ans, Calais et l’association des Amis du Musée ont mené une active politique d’acquisition pour compléter nos collections par des oeuvres importantes et significatives de cet artiste. En 1986, la ville de Calais a acheté à Londres trois aquarelles de bonne qualité : Navire échoué après un orage (1808), L’artiste peignant à Greenwich (1826) et vue du port de Calais du chenal (1837) qui couvrent presque la totalité de l’oeuvre de Francia. Les Amis des Musées de Calais ont offert au musée deux remarquables dessins, en 1987, l’estuaire de Solway et un lavis : la flotte anglaise à Stokes Bay (1809). Cette politique d’acquisitions continue, contribuant ainsi à faire découvrir aux Calaisiens et aux amateurs d’art l’aquarelliste Francia. »

Je remercie cordialement de leur aide éclairée Corinne Brouck du Musée de Dunkerque, Barbara Forest, conservatrice du Musée de Calais et M. Anthony Cadet. Le service Patrimoine de la Médiathèque de Calais : A. Nolte et ses collègues. Sarah Vallin, adjoint du conservateur du Musée de l’hôtel Sandelin à Saint-Omer.

(1) Musée des Beaux-arts de Dunkerque, n°BA.E.510, gravure de Francia sur papier, 13/11,5 cm avec cette inscription sur le piédestal : L.Francia de Calais, 1824, aux Dunkerquois.

(2) ISAAC (Augustin), (1810-1869), sculpteur réalisa le buste de Francia, il dirigeait une importante fabrique de tulle qu’il abandonna, encore jeune, pour se consacrer à sa passion : l’art, en particulier la musique. Il fut également un bienfaiteur pour les Calaisiens qui le suivirent très nombreux à son enterrement. (Renseignements de Philippe Cassez).

(3) FRANCIA (Alexandre), (Londres, 1813-1884, Bruxelles). Norbert Hostyn, conservateur du musée d’Ostende, in Neptunus, Info-marines, Ostende, mars 1988, indique qu’il est né en 1820 à Calais, ce qui est fâcheusement repris dans le dictionnaire des peintres belges du XIVe siècle à nos jours, p.448. Alexandre, élève de son père, fut peintre de marines de style romantique et réaliste. Ses thèmes furent les naufrages, les vues des ports, les scènes de pêcheurs, les faits historiques ayant la mer pour cadre. Il participe au salon de Paris en 1836 ainsi qu’aux salons triennaux de Bruxelles, Gand et Anvers. Membre correspondant de la société des Antiquaires de la Morinie, on connaît son portrait tiré par le photographe Ghémar Louis-Joseph (Lannoy 1820-Bruxelles 1873), peintre, lithographe et photographe. En 1859, il ouvre, avec son demi-frère, le célèbre atelier de portraits de Bruxelles. Photographe du roi, il fut un ami de Nadar, avec qui il fit un voyage en Suisse en 1868.

(4) Aquarelle et rehauts de gouache au Musée des Beaux-arts de Calais.

(5) LE BEAU (Ernest), Notice sur Francia, Mémoires de la société d’Agriculture, commerce, sciences et arts de Calais, Calais, 1841, p.379-385. Il naquit à Avesnes-sur-Helpe en 1806 et décéda à Lille en 1890. S’installe comme avocat à Calais en 1833. Président de la société d’Agriculture, du Commerce, des Sciences et Arts de Calais. Présent à Paris lors de la chute de Louis-Philippe, il se précipite à Calais pour obtenir la démission du maire Legros-Devot qu’il remplace jusqu’au 19 mars 1849. (Philippe Cassez).

(6) Le grand-père de Louis Francia : Georges Girard, marchand, serait né à Gauré (région toulousaine), vers 1700 et marié à Calais, le 19 novembre 1722 avec Marie Jeanne Leblanc (1702-1734). On n’a aucune certitude concernant l’arrière-grand-père paternel de Louis Francia, il s’agirait de Francia François, marchand à Bordeaux, époux de Catherine Dulard ou de Simon Francia, époux de Cécile Maegher. (Philippe Cassez et Gérard Beauvillain dans Généalogie pratique dans l’ouest du Pas-de-Calais, Bulletin n°133-134,2006, pp.25-26.

(7) Renseignements dus à Philippe Cassez, vice-président des Amis du Vieux Calais, que je remercie.

(8) Les Isaac étaient une famille d’armateurs, de notaires et de négociants calaisiens. L’un des fils Auguste (1810-1869) devint sculpteur et réalisera le buste de Francia, son fils Prosper (1858-1924) léguera les oeuvres de Francia au musée Carnavalet et à ceux de Dunkerque, Calais et Saint-Omer, tandis que son frère Ferdinand (1802-1868), négociant calaisien fut chargé de la succession de Louis Francia.

(9) Journal de Calais du 21 mai 1828.

(10) Ibidem.

(11) POITON (Marcia), catalogue de l’exposition Francia, Calais, 1988, pp.29-49.

(12) ACKERMAN (Rudolph), (20 avril 1764-30 mars 1834), éditeur et inventeur anglo-allemand.

(13) SHAW SMITH, Louis Francia : Un profil perdu, Gazette des Beaux-arts, 1987, t.112, pp.305-313.

(14) NEALE, Loc. it. In ROGET, A History of the old watercolour society, vol.1, p.99, Londres, 1891.

(15) BARROW Joseph, Charles, mort en 1804. Il a ouvert une école de dessin vers 1792 dans le West end londonien. Ces lavis possédaient des contours topographiques justes et précis, base de l’enseignement qu’il dispensait à de jeunes architectes. Il a excellé surtout dans la réalisation de vues d’architecture.

(16) HARBION (Christine), Nicolas Truit, artiste-peintre et fondateur de l’école de dessin et de peinture de Dunkerque (1737-1785), RSDHA, Dunkerque, n°24, novembre 1990, p.51.

(17) HARBION (Christine), A propos du tableau : La distribution des prix de l’Académie de Dessin et de Peinture à la ville de Dunkerque par Nicolas Truit, RSDHA, Dunkerque, n°29, novembre 1995, p.62.

(18) La liste des expositions auxquelles Francia participe à Londres révèle qu’il s’est conformé à ce calendrier saisonnier. POITON (Marcia), Ibidem, pp. 32-33.

(19) Club de croquis, d’esquisses (texte du Bulletin du Calaisis, 1963, n°14) aimablement transmis par M. Anthony Cadet du Musée des Beaux-arts de Calais.)

(20) GIRTIN (Thomas), (1775-1802) est sans doute le vrai fondateur de l’aquarelle romantique anglaise avant Turner, Constable et Bonington qui reconnaîtront son génie précurseur. Apprenti topographe, il synthétise au cours de sa courte carrière, le cheminement de l’aquarelle anglaise au XVIIIe siècle vers plus de liberté. C’est avec lui que s’expose la question de la rivalité entre peinture et aquarelle ou plus précisément d’une définition picturale de cette technique et en plus impose l’emploi de papier blanc à grain qui enrichit la translucidité naturelle d’un medium d’une profondeur propre à en magnifier la luminosité. (Extrait de l’aquarelle de Dürer à Kandinsky de José de Los Llanos, Paris, 1996, p.108.)

(21) MANBY a écrit : « Essai pratique et démonstratif sur les moyens de prévenir les naufrages et de sauver la vie aux marins naufragés ; contenant de courtes instructions pour porter secours aux hommes en péril, Paris, 1827.

MANBY connaissait aussi les peintres Bonington et Turner dont il acquit des oeuvres qu’il légua en 1841 au musée de Norwich.

(22) Industriel calaisien, 1er juin 1833, p.2.

(23) Industriel calaisien, 21 septembre 1833, p.2.

(24) POITON (Marcia), Ibidem, p.40.

(25) En 1841, Alexandre a vécu à Calais, 13 rue La Fayette.

(26) Le poète Alexander Pope écrivit en 1717 un poème bien connu sur les amants malheureux. Francia visita souvent Twickenham et y dessina la villa de Pope. Il est possible que Francia ait appelé son fils Alexandre en l’honneur du poète. Francia connaissait des problèmes conjugaux à l’époque. Hypothèse de Shaw Smith, catalogue de l’exposition Francia à Calais de 1988, p.54, note 64.

(27) SMITH (Shaw), From Francia to Delacroix. The English influence on French romantic Landscape painting. Thèse soutenue à l’université de Caroline du Nord en 3 volumes, 1982.Fac simile, University microfilms International, Ann Arbor, Michigan, 1982.

(28) MOREL (Benjamin), naquit à Dunkerque, le 26 mars 1781, fils cadet de Morel-Dufaux, d’une famille originaire du Calaisis. (C’est en 1732 que Pierre-Dominique Morel de Calais, fonda à Dunkerque, la maison que sa veuve maintint après lui sous la raison sociale : veuve Dominique Morel et fils.) En 1801, il est commis avec son frère Jean-Baptiste, âgé de 22 ans et lui 20 ans. Chef d’une des plus importantes maisons de commerce de Dunkerque, il entre dans la maison paternelle, après un stage à Hambourg et en prend la direction en 1813, à la mort de son père. Son frère aîné, Jean-Baptiste s’était fait remplacer le 7 Germinal an VIII (mars 1800), « pour faiblesse de santé et autres motifs ! » devant Jean-Louis Dessaux, notaire à Guînes, pour le service de la République de 5 ans, par Jean-François Guerbadot, suppléant pour 1000 francs (renseignement Philippe Cassez). Membre de la Chambre de commerce, élu député en 1827. Conseiller municipal de 1817 à 1848, capitaine de la Garde Nationale, membre de toutes les sociétés de Bienfaisance, il contribua à la fondation du musée et à l’érection de la statue de Jean Bart. Il mourut à Dunkerque le 24 août 1860 dans son grand hôtel qui abrite encore en 2008 le Musée et la Bibliothèque municipale centrale.

(29) GARNERAY (Louis), peintre de marines, graveur au lavis (par exemple : Vues des côtes de France, peintes et gravées par L.Garneray, Panckoucke, 1823), marin, prisonnier de 1806 à 1814 sur les pontons anglais. Peintre du duc d’Angoulême et, en 1833, conservateur du musée de Rouen et enfin attaché à la manufacture de Sèvres.

(30) Fondée en 1831, on ajoute à son nom Institute en 1863 et the royal en 1885. L’actuel Institute royal of Painters in water colours se trouve depuis 1970 dans the Mall Galleries près de Trafalgar Square.

(31) Le 17 avril 1814, une députation de Dunkerquois dont Morel et Coppens vont à Londres pour rencontrer Louis XVIII, il leur est présenté le 19 avril par le duc de Blacas (1771-1839) à Hauteville House et le 24 avril Louis XVIII débarque à Calais où la députation dunkerquoise lui fut à nouveau présentée à l’hôtel Dessin, à l’issue du dîner offert par le duc de Duras.

(32 )BOLARD (Clovis-Auguste-Victor), membre de la société des antiquaires de la Morinie, ecclésiastique, aumônier de l’hôpital militaire de Saint-Omer à la fin de sa vie.

(33) BREQUIGNY (Louis-Georges Oudard Feudrix de), érudit français (1714-1794), membre de l’académie des Inscriptions et Belles Lettres en 1759 et Académicien en 1772. Il collabora à presque tous les grands recueils d’érudition du XVIIIe siècle. Il rapporta de Londres de nombreuses copies de pièces concernant l’histoire de France.

(35) Industriel calaisien du 10 mars 1838.

(36) Thèse de Shaw Smith sur Francia, p.98.1982, Université de Caroline du Nord, Chapell Hill.

(37) LESMARIES (Alexandre), tomes 63, 64,65, 1921, 1927,1929-1930 de la revue de La société dunkerquoise. PFISTER (Christian), Les demeures de Jean Bart, Revue historique de Dunkerque et du Littoral, n°37, pp.391-412.

(38) LEMATTRE (Henri), Iconographie, bustes, statues, portraits de Jean Bart, Bulletin de l’union Faulconnier, XI, 19908, pp.5-28.

(39) DURIN (Henri), Bulletin de l’Union Faulconnier, 1911, t.XIX, p.140.

(40) AMDK, 2D77, p.63, n°488.

(41) DEGRAVIER (Pierre, Louis, Jean-Marie), né à Dunkerque, le 22 janvier 1756, décédé dans la même cité, rue Nationale, le 5 avril 1839. Négociant tabatier, maire de Dunkerque en 1815, démissionne le 8 novembre 1825, remplacé en 1826 par Jean-Benjamin Coffyn, à qui succède en 1827 Balthazar, Melchior Gaspard puis en 1830 Guillaume Olivier, en 1831 Zozime Choquet, en 1832 Paul Lemaire. Il était l’époux de Jeanne Louise Stival appartenant aussi à une famille de négociants. Il était membre de la société littéraire « le salon littéraire ».

(42) Industriel calaisien du 1er juin 1833.

(43) DURIN (Henri), (1859-1944), neveu d’Alexandre Bonvarlet auteur en 1900 de Dunkerque à travers les siècles, ouvrage illustré de plans, cartes, tableaux et photos. Premier ouvrage de ce genre sur l’histoire de Dunkerque. Président de l’union Faulconnier en 1904 et membre de la Commission historique du Nord. (MESSIAEN Jacky, Dictionnaire des Dunkerquois, Dunkerque, 1991, p.32.)

(44) VERNIMMEN : client dunkerquois de Francia, famille de notables dunkerquois et berguois. Louis Vernimmen avait été bourgmestre de 1779 à 1784.

(45) Musée des Beaux-arts de Dunkerque, aquarelle de 37/49cm, inv.996.002.2.

(46) COFFYN-SPYNS (Benjamin), né à Dunkerque, le 31 décembre 1778. Président du collège électoral en 1822, il fut élu député ; réélu de 1823 à 1827, il prit une part active aux travaux de la Chambre, y discuta du monopole des tabacs. Nommé maire puis sous-préfet, la Révolution de 1830 mit un terme à sa vie publique.

(47) Lettre de Benjamin Coffyn-Spyns à Louis Francia, hôtel du Canon d’or, rue de Dunkerque à Saint-Omer, du 28 septembre 1826. (Archives municipales de Dunkerque, 2D78, n°1860, p.252.)

(48) MORDACQ (Louis), Histoire de Dunkerque, Dunkerque, 1872, p.183.

(49) STOCKHAUSEN Madame, cantatrice, épouse de François Stockhausen, harpiste et compositeur, né à Cologne, vers 1798, se trouve à Paris de 1826 à 1828.

(50) MOURGUES (Scipion), décédé à Paris, le 31 juillet 1860, âgé de 89 ans. Après son poste au Ministère de l’Intérieur, il devint industriel sous la Restauration. Sa filature de Rouval, près de Doullens fut incendiée le 24 février 1823 et réédifiée grâce à une souscription de ses amis (il s’y trouvait 50 jeunes filles de l’hospice des enfants trouvés de Dunkerque dont le placement avait été sollicité par Morel.) Député de la Somme en 1815, il fut nommé préfet de la Loire en 1830, puis Receveur des finances à Paris.

(51) ROCHEFOUCAULD (Comte Sosthène de La), (19 février 1785 à Paris-5 octobre 1864 à Armanvilliers), aide de camp de 1814 à 1836 de Charles X, directeur des Beaux-arts, député à l’Assemblée Nationale et Pair de France.

(52) ORFILA (Mathieu-Joseph-Bonaventure), né le 24 avril 1787 à Minorque, décédé le 12 mars 1853 à Paris), « médecin par quartier » du roi Louis XVIII, c’est-à-dire, médecin qui soigne le roi, trois mois par an, professeur et doyen de la Faculté de Médecine de Paris de 1831 à 1848.

(53) CUVILLON (Jean-Baptiste, Philémon de), né le 13 mai 1809, admis au Conservatoire en 1825, premier prix de violon. Premier violon de l’orchestre du Conservatoire pendant 40 ans.

(54) CARLIER (Jean-Joseph), Benjamin Morel, ancien député de Dunkerque, etc. op.cit, pp.100-101. CARLIER (Jean-Joseph), op.cit., pp.127.

(56) CARLIER (Jean-Joseph), Benjamin Morel, ancien député de Dunkerque, notice historique et monographique, Dunkerque, 1862, pp. 101-127.

(57) Archives municipales de Dunkerque, 2D77, n°1206, p.153, 26 novembre 1824 : Passeport de Bonington, Richard, peintre anglais a à qui j’ai délivré un passeport provisoire pour se rendre à Paris, où il déclare demeurer 16 rue des Mauvaises-paroles. Gaspard, adjoint au directeur-général de la police à Paris.

(58) ALLAIN-LAUNAY (Jean-Louis), De Saint-Simon à Lamartine : Itinéraire d’un notable dunkerquois Jean-Joseph Carlier, Poitiers, 1999, p.76.

(59) Journal de Calais, 9 mars 1831, pp.2-3. Ibid. : l’aspect de la patrie-la voie d’eau-la quarantaine- 6 avril 1831, pp.1-2.

(60) LE NOUENE (Patrick), catalogue de l’exposition Francia, Calais, 1988, p.24.

(61) À Saint-Omer, il avait notamment comme clients : Edouard de Monnecove, ancien Pair de France, Charles de Givenchy, propriétaire, membres de la société des Antiquaires de la Morinie et Louis Fiolet, fabricant de pipes qui a employé jusqu’à 850 ouvriers. (In Le Beau, op.cit., p.386.) Prosper-Aphone Isaac, artiste peintre, passage de la Visitation n° 11, Paris, parent de Francia fit un legs le 5 février 1924 au Musée de Saint-Omer des oeuvres de Francia. Il mourut le 22 juin 1924. (Maîtrise de Laurence Pauchet-Warlop, Lille, 1988.)

(62) BERTRAND (Raymond de), Mémoires de la Société Dunkerquoise, t.VIII, p.357.

(63)CARLIER (Jean-Joseph), M. Benjamin Morel, ancien député de Dunkerque. Notice historique et biographique, Dunkerque, 1862, pp.5- 6-132-133.

(64) COURTIER MARITIME : officier ministériel dont les fonctions définies par le code commercial, comprennent : courtage des affrètements, traduction des connaissements, chartes-parties, déclarations, contrats, etc. ; vente et achat de navires, conduite de navires en douane.

(65) Francia a peint deux huiles sur toile commandées par Manby qui sont actuellement au musée de Norwich : Le sauvetage de l’équipage du Leipzig, échoué sur le banc de Yarmouth, le 7 décembre 1815 et le sauvetage de l’équipage et des passagers du brick Providence, naufragé à Winterton, le 15 avril 1815.

(66) Journal libéral d’un de ses amis : Antoine Leleux, libraire-imprimeur, président de la société d’Agriculture, vénérable de la loge, conseiller municipal, aventurier : il a connu Simon Bolivar. Il partage un point commun avec Francia, à 20 ans, il a travaillé dans une librairie londonienne. Ce qui prouve que certains Calaisiens n’hésitaient pas à aller chercher fortune à Londres. (Article de Philippe Cassez dans le Bulletin historique et artistique de Calais, octobre 2006, n°182). Il émet l’hypothèse qu’il a connu Francia à Londres, p.16. Il comptait comme amis Francia, Spiers et Léon Dessin (1798-1877) hôtelier de 1819 à 1860 du plus grand hôtel de Calais, rue Royale. Il était apparenté aux Quillacq, famille originaire des Landes, arrivée à Calais au milieu du XVIIIe siècle, dont certains membres ont fait souche à Dunkerque et ont pris la particule au XIXe siècle.)

(67) A Biographical Memoir in the Late Joseph Charles Barrow, by Louis Francia, the General Chronicle and Literary Magazine, mars 1811, pp.237-40.

(68) Studies of landscapes…1810. Progressive lessons tending to elucidate the character of trees with the process of sketching and painting them in watercolours.1813. Views on the Thames. 1814.

(69) Procession de Furnes du 26 juillet 1835 (Industriel calaisien du 8 août 1835) pp.2-3.

(70) Du Génie, Industriel calaisien, 1er juin 1833.

(71) Industriel Calaisien, 11 octobre 1834, p.2.

(72) La société d’Agriculture, Commerce, Sciences et Arts de Calais, société savante, ressuscitée en 1819, très proche de la franc maçonnerie impériale.

(73) CASSEZ (Philippe), La Franc-Maçonnerie avant la Révolution.

(74) MERCK (André), Un grand Dunkerquois, le maire Emmery (1754-1825), Revue des Amis du Vieux Dunkerque, Dunkerque, septembre 1982, p.67 : « … Le 16 juin 1788, Jean-Marie Emmery devint vénérable, il sera réélu en 1789. Le vénérable Emmery accueille des patriotes maçons hollandais chassés de leur pays fin 1788 et fait tout pour que soit constituée leur loge ‘’Les vrais Bataves ‘’ dont il installera le président au début de 1790. Le 15 juillet, la loge consacre sa séance à honorer le frère Van der Puyl, le peintre qui lui avait déjà donné le portrait de Bagge, l’ancien vénérable et laisse au Temple le portrait d’Emmery et le sien. Emmery démissionne le 16 juin 1790. »

(75) BEAUREPAIRE (Pierre-Yves), La Franc-maçonnerie calaisienne, Bulletin historique et artistique du Calaisis, juin 1996, N°145-146-147, pp.21-23.

(76) PFISTER (Christian), Van der Puyl, peintre franc-maçon à Dunkerque en 1788-1790.RAVD, Dunkerque, 1982.

(77) VAN DER PUYL est né à Utrecht en 1750, s’établit à Calais où il fut professeur de l’académie de dessin, il y mourut le 19 novembre 1824. (Fernand Lennel, Calais par l’image, réédition1996, t.3, p. 32.

(78) BORDE (Christian), Calais et la mer, 1814-1914, Lille, 1997, pp.58-128.

(79) LE BEAU, op.cit., pp.380, 381.

(80) Ibidem, p.129.

(81) ALLAIN-LAUNAY (Jean-Louis), op.cit., pp.74-120-121.

(82) CARLIER, Benjamin Morel, op. cit, p.134.

(83) Industriel Calaisien du 30 mai 1835.

(84) MOREL (Alfred), Des établissements d’instruction publique, de prévoyance, d’assistance et de réforme à Dunkerque, 1820-1862, Dunkerque, 1863.

(85) L’Industriel calaisien du 30 mai 1835.

(86) Journal de Calais de février 1830, p.163 : Exposition de tableaux de M. Francia au profit des pauvres, palais de Justice, rue de Guise, anciennement rue de la prison. Prix d’entrée : 50 centimes.

(87) Ibidem, 4 juillet 1835.

(88) Ibidem, 8 juillet 1835.

(89) THEVENET (Louis, Marie, Joseph) (25 novembre1773-13 août 1846) général à 40 ans. Adjoint au maire de Dunkerque en 1827, il sera maire quelques semaines en 1837.

(90) L’Industriel calaisien du 25 juillet 1835.

(91) LE NOUËNE (Patrick), (conservateur du Musée de l’époque) Bulletin des amis du Musée de Calais, N° 12, décembre 1987.

(92)SPIERS (Frederick), (Dunkerque, 1791-1856, Calais), arrive à Calais, peu après sa naissance. Adulte, il devient courtier maritime et agent de la General Steam Navigation Company. Conseiller municipal de 1831 à 1846. Secrétaire de la Société Philarmonique, membre fondateur du Cercle Littéraire (1832) et poète à ses heures ; il est souvent chargé des discours officiels prononcés lors des réceptions ou des obsèques. Sa famille, originaire d’Écosse, s’établit à Dunkerque en 1776, puis à Calais pendant la Révolution, ensuite à Boulogne et en Algérie. (Cassez Philippe, Dictionnaire des personnages de l’Histoire calaisienne).

(93) L’Industriel Calaisien du 9 février, Article : Exposition publique des tableaux de M. Francia.

(94) LE BEAU, op.cit,. P.385. Journal de Calais, 6 mars 1839, p.1 : « Francia et le Conseil municipal. À la séance du 22, un membre du conseil a déposé et lu une proposition ainsi conçue : Je demande que le Conseil municipal de Calais concède, gratuitement et à perpétuité, le terrain dans lequel est inhumé M. Louis Francia, peintre de marines, dont le défaut de fortune égalait l’étendue du talent, et qui a honoré son pays natal par ses ouvrages. Cette proposition a été mise de suite en discussion et nous avons le regret d’annoncer qu’elle a été rejetée par 10 voix contre 7.Les adversaires de cette proposition ont, en résumé, dit que son adoption établirait un précédent qui pourrait produire des abus ; au surplus, le conseil ne pourrait accorder seul la concession demandée ; qu’il faudrait encore consulter les administrations de l’hospice et du bureau de Bienfaisance, puisque ces établissements ont une part dans le prix des concessions ; et qu’enfin la souscription ouverte pour élever un monument à M. Francia pourrait suffire à tous les besoins. Ces considérations ne sont que spécieuses ; elles manquent surtout de générosité et de sentiment des arts : Nous préférons celles qu’ont fait valoir les partisans de la proposition. Il a été répliqué qu’il n’y avait pas à craindre de précédent fâcheux, parce que les illustrations ne seront jamais trop nombreuses à Calais ; que les hommes du mérite de Francia surtout seront toujours rares au contraire, que le conseil avait droit de voter sur la concession du terrain, sans se préoccuper des décisions à intervenir de la part des autres administrations intéressées ; que la souscription dont on avait parlée serait insuffisante ; que du reste il ne s’agissait pas ici d’une question d’argent, mais d’une question de justice et de rémunération civiques ; que M. Francia avait incontestablement honoré la cité par son beau talent, et que c’était au tour de la cité d’honorer la mémoire de l’artiste mort dans l’indigence. Et nous dirons : La ville n’avait rien fait pour Francia pendant sa vie ; son hôtel de ville ne possède pas une seule petite aquarelle d’un de ses plus glorieux enfants ; elle devait au moins une indemnité aux cendres de l’artiste qu’elle doit tenir à conserver comme un précieux dépôt. Mais puisque la ville officielle s’y refuse, aux citoyens de faire tout ! Nous avons déjà voté une pierre tumulaire au tombeau de Francia ; achetons maintenant le terrain qui sauvera le corps de l’artiste : Quant à sa mémoire, elle ne peut point périr ! »

(95) Le fonds du Musée Sandelin compte en 2008 seize dessins et une aquarelle de Louis Francia. Je remercie Sarah Vallin, responsable du musée par intérim qui a eu l’amabilité de me communiquer les fiches d’inventaire des oeuvres du célèbre aquarelliste, léguées au musée le 5 février 1924 par son cousin Prosper-Alphonse Isaac. (Né à Calais en 1858, son père Auguste (1810-1869) avait sculpté le buste de Francia et son frère Olivier Auguste était élève et collectionneur des oeuvres de Francia. Il décède le 22 juin 1924, l’année où il légua aussi ses oeuvres au Musée Carnavalet, ce qui est logique puisqu’il vivait à Paris au n° 11 du passage de la Visitation.

(96) LANTARA (Simon), peintre et graveur français (24 mars 1729- 22 décembre 1778) qui rejeta une vie confortable à Versailles et vendait ses tableaux ses dessins pour « une bouchée de pain » .

(97) BRUMMELL (George, Bryan) né à Londres en 1778, mort à Caen en 1840), protégé par le prince de Galles, le futur George IV, il devient l’arbitre des élégances et le roi de la mode. Par la suite, l’inventeur de la cravate, poursuivi par les créanciers, se réfugie à Calais, le 16 mai 1816 et y reste 14 ans, prenant souvent ses repas à l’hôtel Dessin où il fréquente beaucoup d’Anglais de passage, il entretient une relation amicale avec Antoine Leleux et Louis Francia, qu’il avait peut-être déjà connus à Londres. (Philippe Cassez).

(98) Catalogue de l’exposition Francia de 1988, op. cit, p.55, note 79.

(99) LE NOUËNE (Patrick), op.cit., note 62.

(100) LE NOUËNE (Patrick), Bulletin des Amis du Musée de Calais, n°12, décembre 1987.

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