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Gentille Annette de Boëldieu

La musique que vous entendez, jouée depuis 1821 sur les toits de Calais, est l'air de 'Gentille Annette' de Boëldieu, interprété par Michel Hippolyte.

blason calais rappelARMOIRIES DE LA VILLE DE CALAIS De gueules à l’écusson d'azur chargé d’une fleur de lis d’or soutenue d’un croissant d’argent, l’écusson sommé d’une couronne fermée de France d’or, accosté de deux croix de Lorraine d’argent et accompagné en pointe d’un besant d’argent chargé de la croix de Jérusalem d’or. Le blason de Calais fut accordé par le roi Henri II en 1558. La croix de Jérusalem et le croissant évoquent le passage, dans cette ville, des croisés français et anglais. La fleur de lys et la couronne marquent la satisfaction du roi de France de recouvrer Calais après plus de deux siècles d'occupation anglaise. Les croix de Lorraine font référence au libérateur de la ville, le duc de Lorraine, François de Guise. Elles furent confirmées par lettres patentes de Louis XVIII, le 19 avril 1817. Sur les armoiries, figurent de gauche à droite : la croix de guerre 1914-1918 (25 août 1919), la Légion d'honneur (12 juillet 1947) et la croix de guerre 1939-1945 (08 mai 1949).drapeau calais rappel2LE DRAPEAU DE CALAIS Calais est l'une des seules cinq villes de France à être autorisée à avoir son propre drapeau, sur ordonnance royale, avec Dunkerque, Boulogne sur Mer, Le Havre et Saint Malo. Le drapeau calaisien, constitué d’une croix scandinave blanche sur fond bleu d’azur, est celui qui flotta sur l'ancien beffroi, à la tête des milices bourgeoises et aux mats des vaisseaux corsaires de la Ville. Après une longue période d’absence, en 2017 le drapeau de Calais flotte de nouveau sur les toits de la ville, au sommet de la tour du Guet.

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Balustrade sculptée du chœur, côté extérieur droit.

Les clôtures de marbre, qui séparent le chœur des carolles portent plusieurs fois les initiales D L B qui sont celles du curé Jacques De La Bouloye. Les lettres G M 1648, ciselées sur le pilastre intérieur de la balustrade de gauche, indiquent la date d’achèvement et le nom de leur auteur, Gaspard Marsy ; mais, contrairement à ce qu’avance De Rheims, il ne s’agirait pas de l’artiste qui, avec son frère Balthazar, devait se rendre célèbre par les sculptures du parc de Versailles.
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Pages Historiques

L'église Notre-Dame de Calais

Les clôtures de marbre, qui séparent le chœur des carolles portent plusieurs fois les initiales D L B qui sont celles du curé Jacques De La Bouloye. Les lettres G M 1648, ciselées sur le pilastre intérieur de la balustrade de gauche, indiquent la date d’achèvement et le nom de leur auteur, Gaspard Marsy ; mais, contrairement à ce qu’avance De Rheims, il ne s’agirait pas de l’artiste qui, avec son frère Balthazar, devait se rendre célèbre par les sculptures du parc de Versailles.

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La première pierre de la tribune fut posée le 9 juin 1729. Les orgues furent construites par le facteur Jean Jacques, les sculptures sont dues à Jacques-Joseph Baliguant, les menuiseries furent faites par Jean-Henri Piette, tous trois de St-Omer. En 1731, les sieurs Baliguant et Piette ne s’exécutant pas assez vite, le curé de Calais plaida contre eux et les obligea à remplir leurs engagements ....

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La Seconde Guerre Mondiale à calais

A partir du 25 juillet, les postes de radio jusque là réquisitionnés furent restitués, un peu plus de liberté consentie, la circulation autorisée jusqu'à 23 heures. Le certificat d'études eut quand même lieu et bientôt les écoliers partirent en vacances non sans avoir reçu des conseils précieux : ne pas toucher aux engins de guerre, aux fils téléphoniques ou électriques et ne pas mendier auprès des soldats allemands. Pendant tout ce temps, la Croix-Rouge avait effectué un travail de fourmi. Depuis le 10 juillet elle avait fait 22 000 recherches diverses, transmis 5 000 réponses de prisonniers et 4 000 de repliés ; enfin 11 000 cartes furent acheminées vers les camps. La poste avait repris la distribution du courrier.
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Pages Historiques

La Seconde Guerre Mondiale à calais

A partir du 25 juillet, les postes de radio jusque là réquisitionnés furent restitués, un peu plus de liberté consentie, la circulation autorisée jusqu'à 23 heures. Le certificat d'études eut quand même lieu et bientôt les écoliers partirent en vacances non sans avoir reçu des conseils précieux : ne pas toucher aux engins de guerre, aux fils téléphoniques ou électriques et ne pas mendier auprès des soldats allemands.

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Les énormes pertes en cadres, l'ultime résistance du général Nicholson pris les armes à la main parmi les derniers combattants de la citadelle, illustraient la volonté des défenseurs de Calais de ne pas faiblir.

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Premier percement le 01/12/1990 entre la France et l'Angleterre

Les deux tunneliers se sont arrêtés à 100 mètres l'un de l'autre. Un trou de quatre centimètres a été foré dans la dernière barrière de craie bleue. À ce moment, les ingénieurs ont constaté qu'il y avait une erreur d'alignement de quelques centimètres. Ensuite, le tunnelier anglais a été dévié de sa trajectoire et il s'est rangé parallèlement à la machine française. Les ouvriers ont creusé une galerie de 2 mètres de haut sur un de large. Le tunnelier anglais a été muré dans une masse de béton, son homologue français démonté et ramené en France. Le dernier tronçon a été foré par une machine d'attaque ponctuelle jusqu'à la rencontre définitive.
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Pages Historiques

Chantier du siècle - Tunnel sous la Manche

Les deux tunneliers se sont arrêtés à 100 mètres l'un de l'autre. Un trou de quatre centimètres a été foré dans la dernière barrière de craie bleue. À ce moment, les ingénieurs ont constaté qu'il y avait une erreur d'alignement de quelques centimètres. Ensuite, le tunnelier anglais a été dévié de sa trajectoire et il s'est rangé parallèlement à la machine française.

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Ce qui semble étonnant, c'est qu'aucune de ces machines n'a le même gabarit. En effet, chacun de ces prototypes a été construit par différents fournisseurs qui se sont adaptés à l'envergure des travaux.

Reproduction interdite sans l'autorisation formellement écrite des 'Amis du Vieux Calais'.
BULLETIN HISTORIQUE ET ARTISTIQUE N°187 - par Magali Domain (Numérisation par Gilles Peltier)

 

  • ARRIVEE DE LOUIS XVIII A CALAIS (24 avril 1814)

Quand se termine la Révolution ? Voilà un débat historiographique dans lequel s’est bien gardé de prendre parti Albert Vion, spécialiste de la période révolutionnaire dans le Calaisis. S’achève-t-elle avec le coup d’État du 18 Brumaire ? Ou à l’avènement de l’Empire en 1804 ? Au moment de la Restauration ? Ou bien beaucoup plus tard, comme l’a avancé François Furet (1) ?

Toujours est-il que le premier pas d’un membre de la dynastie des Bourbons sur le sol français, le 24 avril 1814, après des années de tourmente révolutionnaire, représenta pour le pays – et même pour l’Europe - un événement d’une portée historique évidente, donnant la sensation qu’une page se tournait. Pour la ville de Calais, il va sans dire que cet épisode s’inscrit dans la série des grands faits et gestes ayant marqué le passé glorieux d’une cité qui, rappelons-le, a fait véritablement son entrée dans le grand récit du « roman national » avec la fameuse épopée du dévouement des Six Bourgeois, remontant à 1347.

Cependant, le souvenir du débarquement de Louis XVIII à Calais a moins durablement marqué les esprits que celui du sacrifice d’Eustache de Saint-Pierre et de ses cinq compagnons d’infortune (2). La mémoire de ces deux épisodes n’a certes pas été entretenue avec la même énergie. Il est clair que l’image d’hommes se dévouant pour sauver leurs concitoyens en butte à la cruauté de l’ennemi faisait idéalement écho aux élans patriotiques d’une France devenue républicaine, qui considérait la période de la Restauration comme une sorte de parenthèse historique, dans l’atmosphère de laquelle il n’était ni glorifiant, ni bienvenu, de se replonger.

De fait, la Restauration, installant un régime né d’un désastre militaire, marqué par ses insuffisances ou ses fautes, fait toujours partie, dans notre mémoire collective, des périodes les plus mal-aimées. Ce qui explique le quasi-oubli dans lequel est rapidement tombé l’événement qui nous occupe, quasi-oubli qui se reflète dans l’état d’abandon mémoriel frappant le monument le célébrant, une blanche colonne dite « colonne Louis XVIII », qui se dresse de nos jours le long du boulevard des Alliés, face à la Chambre de Commerce.

En effet, hormis la plaque de bronze figurant à sa base et un panneau informatif à destination des touristes, aucun élément ne permet de décrypter aisément la signification symbolique de cette œuvre souvent énigmatique aux yeux de la population locale, œuvre dont l’allure a été dénaturée peu de temps après son érection. À notre connaissance, aucune commémoration n’a été organisée autour de la colonne Louis XVIII – il y a pourtant encore quelques royalistes en France…

Un rappel de l’événement tel qu’il s’est déroulé à Calais semble donc tout d’abord s’imposer. Cette évocation se cadrera sur une chronologie nécessairement serrée, puisque Louis XVIII a débarqué à Calais le 24 avril 1814 en début d’après-midi, et qu’il a quitté la ville dès le 26 avril vers midi. Ensuite, sur un temps chronologique plus long, il nous semble intéressant de cerner les prolongements de cet événement par le biais de l’analyse des vicissitudes qui ont marqué l’existence de la colonne Louis XVIII laquelle, contre les vents et marées de l’Histoire, est cependant demeurée debout, moyennant quelques accommodements face aux différents régimes politiques qui se sont succédés en France depuis 1814.

Calais : un choix qui ne doit rien au hasard

Le choix de Calais pour le retour de Louis XVIII a-t-il été uniquement dicté par des impératifs pratiques, à savoir que le port de Calais étant le point géographiquement le plus proche de l’Angleterre, pays qui avait accueilli Louis XVIII durant une partie de son exil, transiter par Calais avant d’atteindre Paris représentait somme toute la solution la plus simple pour mener à bien l’expédition ? Le Moniteur du 22 avril 1814 évoque pourtant Boulogne, preuve que la décision n’était pas arrêtée à cette date. De plus, on sait que les Dunkerquois ont cherché, par des tractations officieuses, à attirer le frère de Louis XVI dans leur port (3). En fait, le choix de Calais fut sans doute motivé par des raisons plus profondes, de nature politique, voire idéologique.

Le Moniteur (4) rapporte que Louis XVIII, en répondant aux discours d’accueil qui lui furent adressés lors de son débarquement à Calais, se félicita «  de poser le pied en France sur un point qui n’avait pas été souillé par aucun des excès de la Révolution ». Les travaux d’Albert Vion (5) ont confirmé le caractère tranquille de Calais et son district pendant la période révolutionnaire : le regretté érudit notait en outre que « la population calaisienne, se sentant peu concernée par le coup d’état du 18 Brumaire, va seulement se rallier au régime au moment de la paix d’Amiens, la fin de la guerre promettant enfin un peu de prospérité à la ville ». Et de citer la Duchesse d’Abrantès qui relevait dans ses Mémoires que « Calais ne se trouvait ni dans la route ni dans les besoins de l’Empereur. Aussi, la tristesse et la misère y étaient-elles plus évidentes et le nom de l’Empereur moins béni ».

Il est certain que les sentiments anti-bonapartistes étaient très prégnants à Calais, que des années de guerre avaient épuisé – au même titre que bien d’autres villes - par des levées d’hommes et des réquisitions continuelles. Mais surtout, contrairement à Boulogne-sur-Mer qui avait bénéficié de la faveur napoléonienne, le port de Calais n’avait connu que les souffrances inhérentes au blocus. Le délabrement de l’industrie et du commerce maritime était devenu la source d’un mécontentement général. Aux yeux des marchands et armateurs du cru, seul un retour de la paix pouvait ramener la prospérité, et seule la restauration des Bourbons était à même de rétablir cette paix.

Le contexte : les conditions de la Première Restauration

Avant d’en venir au débarquement proprement dit de Louis XVIII à Calais, rappelons brièvement les conditions de cette Restauration. Jean-Pierre Chaline (6) a bien expliqué que la pression de l’étranger n’a pas été aussi forte qu’on l’a longtemps cru. L’impopularité des Bourbons faisait craindre le pire aux Britanniques, notamment à Castlereagh, tandis que l’arrogance du comte de Provence insupportait au plus haut point le tsar qui l’avait hébergé à Mittau. Metternich, quant à lui, n’excluait pas une régence de Marie-Louise au nom du roi de Rome, qui aurait représenté bien des avantages pour l’Autriche…

Mais, lorsque les Alliés pénètrent dans Paris, le 31 mars 1814, ils furent accueillis par des royalistes arborant des cocardes blanches. Rappelons qu’un puissant courant royaliste s’était développé en France sous le Directoire et le Consulat. L’entregent de Talleyrand, autour duquel se forma rapidement un gouvernement provisoire, fit le reste pour dissiper les préventions contre un retour de Louis XVIII.

Le Sénat vota le 3 avril 1814 un décret de déchéance contre Napoléon, décision confirmée par le Corps Législatif (7). Trois jours plus tard, alors que l’Empereur signait son abdication sans conditions, ces deux assemblées censées représenter le peuple adoptèrent un projet de constitution affirmant que les Français « appelle[nt] librement au trône de France Louis-Stanislas-Xavier de France, frère du Roi ».

Cet appel fut relayé localement par le conseil municipal de Calais qui, dans sa séance du 11 avril 1814 (8) emboîte le pas au comte de Castéja, sous-préfet de l’arrondissement, qui déclare adhérer solennellement aux décisions prises par le gouvernement provisoire « à tout ce qu’il a fait et fera pour le bonheur de la France ». Le sous-préfet ajoute : « nous lui adressons particulièrement l’hommage de notre reconnaissance du vœu qu’il nous permet d’émettre pour le rappel de l’auguste maison de Bourbon, pour l’article de la constitution qui rend à notre amour et à notre respect Louis Stanislas Xavier, frère de Louis XVI, et le proclame notre Roy ». Et les édiles calaisiens de déclarer : « Ces sentiments étaient depuis longtemps dans le cœur des Calaisiens qui, à la première nouvelle de ce grand événement, se sont empressés de manifester la joie et l’allégresse la plus sincère, en arborant, sans attendre d’instruction de l’autorité supérieure, la couleur sans tâche, et les armes de nos légitimes souverains ».

Le lendemain, le 12 avril, six prisonniers de guerre anglais, incarcérés à Calais, sont élargis et renvoyés vers Douvres. Comme le soulignait Nelly Mulard (9), cette libération « marqua, à partir du 23 avril 1814, le début d’un énorme mouvement de transit des militaires qui fit passer en notre port les troupes anglaises du Continent rentrant dans leur pays, et les prisonniers français et étrangers ayant servi dans les troupes napoléoniennes et détenus jusqu’alors en Grande-Bretagne ». On comprend que, dès lors, Calais vit dans une intense effervescence, qui culminera le 24 avril.

Toujours le 12 avril, devançant son aîné, le frère de Louis XVIII, le comte d’Artois - le futur Charles X - entre dans Paris ; reconnu comme lieutenant-général du royaume par le Sénat, Monsieur va pendant une quinzaine de jours exercer le pouvoir, essentiellement pour faire face aux urgences. Il signe ainsi le 23 avril la paix avec les Alliés.

Portrait de Louis XVIII

Le comte d’Artois, à la silhouette élancée et au caractère assez fougueux, possède un charisme qui manque cruellement à Louis XVIII, âgé alors de 59 ans. En effet, c’est une image royale à bout de souffle qu’offre ce personnage obèse, souffrant de crises de goutte qui le rendent quasiment impotent, incapable de monter à cheval, au caractère peu ouvert et ne suscitant par conséquent que très difficilement l’affection.

D’aucuns songèrent que le comte d’Artois - qui entretenait des relations plus que difficiles avec son frère - aurait été plus à même de faire naître l’indispensable attachement au souverain dans le cœur des Français, attachement qui aurait été le prélude à un rétablissement sans heurt du régime monarchique. Mais les règles de succession désignaient Louis Stanislas Xavier à monter sur le trône de France. Sans descendance, veuf depuis 1810, malade comme nous l’avons dit, il laissait de toute façon au comte d’Artois la perspective probable de devenir à son tour, à plus ou moins long terme, roi de France… lui ou l’un de ses deux fils, le duc d’Angoulême ou le duc de Berry.

Portrait du comte d'Artois

En route vers le royaume de France

Louis XVIII et Mouron de Réty (d’après F. Lennel, Calais par l’Image, t.3, planche 247)

Après plusieurs années d’errance, celui qui n’était encore que le comte de Provence – mais qui se faisait appeler le comte de Lille – s’était temporairement fixé en Angleterre. S’étant d’abord installé à Gosfield Hall, il avait quitté ce château peu de temps après la mort de son épouse Marie-Joséphine de Savoie, pour loger à Hartweld, propriété du baronnet sir Henry Lee dans le comté de Buckingham, , à proximité de Londres (10). C’est le 20 avril 1814 qu’il quitte cette belle résidence pour revenir en France, en effectuant une étape londonienne. Il est reçu dans la capitale britannique avec tous les égards dus à son nouveau rang.

Lors de ce bref séjour à Londres, dans la journée du 21 avril, Louis XVIII reçoit la visite du duc d’Havré (capitaine des gardes de Louis XVIII et fils du duc de Croÿ, ancien commandant militaire de la Picardie jusqu’en 1784) ainsi que de Mouron de Réty, un notable calaisien, lui-même accompagné de son fils ; les trois hommes plaident avec succès en faveur du choix de Calais comme lieu d’arrivée du cortège royal en France (11).

En effet, comme nous l’avons déjà évoqué, une sévère compétition se joua entre les ports de la Manche, surtout entre Calais et Dunkerque, pour accueillir le yacht royal, le Royal Sovereign. Louis XVIII eut le 24 avril ce mot de consolation envers les Dunkerquois : «Vos motifs me touchent, mais je suis affamé du désir de revoir mes enfants ; ne dois-je pas prendre, pour arriver jusqu’à eux, le chemin le plus court » (12) ?

Le 23 avril, Louis XVIII et sa suite sont à Douvres, prêts à l’embarquement qui a lieu le lendemain. Voilà comment le journal anglais Morning Chronicle rend compte de l’événement (13) : « Depuis la restauration de Charles II, la ville de Douvres et le chemin qui conduit de ce port à la capitale n’avaient pas offert un spectacle semblable […]. On peut dire sans exagération qu’un espace de 70 milles était couvert de personnes des deux sexes en voiture, à cheval, à pied, faisant flotter des drapeaux blancs, des emblèmes, et poussant jusqu’aux cieux des cris de ‘ ‘‘ Vive Louis XVIII ! Vivent les Bourbons ! ‘‘. Il n’y avait pas, sur toute cette route, une petite ville, un simple bourg qui n’eut sa bande de musiciens   jouant des airs nationaux français, tels que ‘‘ Vive Henri IV ! ‘‘ et autres analogues à la circonstance. On pouvait à peine passer dans les rues de Douvres ; le plus mauvais lit dans un grenier coûtait cinq guinées par nuit ».

« Le prince-Régent qui avait tenu à accompagner son hôte illustre jusqu’aux limites du royaume s’est tenu constamment sur la jetée jusqu’à ce que l’on eut perdu de vue le Royal Sovereign, à bord duquel avait pris place S.M., du haut du château de Douvres, on a suivi ce bâtiment dans la rade même de Calais ; l’artillerie française et anglaise tonnaient en même temps des deux côtés, le canal était couvert dans toute sa largeur d’embarcations ornées de flammes, de banderoles, et saluant toutes le monarque à son passage. Le yacht royal était pavoisé des couleurs de toutes les puissances alliées »

Dans quel état d’esprit se trouvait Louis XVIII à ce moment ? Dans ses Mémoires, le frère de Louis XVI raconte quels sentiments l’habitaient alors qu’il se rapprochait des côtes françaises. Nul doute qu’une véritable émotion l’envahit en ces instants. L’effusion avec laquelle il dit l’avoir exprimée est, elle, typique de cette époque où l’on pleure et où l’on s’étreint beaucoup ; il y aura d’ailleurs beaucoup de larmes et d’embrassades par la suite.

Louis XVIII débarquant à Calais. (gravure anglaise anonyme du XIXe siècle)

Louis XVIII débarquant à Calais.

(gravure anglaise anonyme du XIXe siècle

Écoutons Louis XVIII (14) : « Je fus salué par l’artillerie de la ville et des navires, par des hourras qui me semblèrent bien doux. Mes yeux se portaient avec avidité vers la côte de France garnie d’une foule immense qui, non contente de m’attendre sur la plage, couvrait la mer d’une multitude d’embarcations.

J’éprouvais un frémissement singulier à la vue du premier drapeau blanc qui se présenta à moi, le 24 avril, jour où réellement je me mis en route. Il me sembla que toute la pompe de la monarchie se déroulait avec lui. Ce fut surtout dans cette occasion que j’eus besoin de faire appel à mon énergie, et me tournant vers Blacas, placé à mes côtés :

-          Voilà la France ! lui dis-je.

-          Oui, sire.

-          Ce drapeau, c’est elle, c’est moi, les Bourbons, la monarchie. Salut, bannière sacrée, salut… Oh ! Blacas ! Cette fois, je suis bien roi de France !

Et le comte de me baiser la main en pleurant, et moi de me jeter ravi dans ses bras.

Cependant un vent favorable poussait rapidement l’escadre. Mon royaume m’apparut enfin en réalité ; je me fis conduire sur le pont afin de voir ma France. Je la vis belle, triomphante, radieuse : je compris tout le bien que je pouvais lui faire, je la saluai de la main, du regard, de l’âme ; j’étais fou… tout ce qui se disait autour de moi arrivait confus à mes oreilles.

Mon corps était dans le vaisseau, mais mon esprit, mais mon cœur étaient en France : je dévorais la terre des yeux. Un officier anglais me demanda si j’avais l’intention de débarquer tout de suite.

-          Ventre-Saint-Gris, répliquai-je, il me tarde trop de cultiver mon champ, pour laisser aux ronces le temps de l’envahir. On n’est bien que chez soi, et là ils ont tant besoin de l’œil du maître… Entendez-vous monsieur ?... Ce sont mes enfants qui m’appellent : Dieu devrait donner des ailes à leur père. »

Ce thème du « père rendu à ses enfants », du « roi de France père de son peuple » est omniprésent dans toutes les narrations contemporaines qui ont été faites de l’arrivée et du débarquement de Louis XVIII à Calais. Ce leitmotiv vient se greffer sur celui du « sauveur providentiel de la France ». Il s’agit de fait d’un thème très prégnant avant 1789 ; en témoignent une multitude de cahiers de doléances adressés à Louis XVI où l’on trouve des appels à un « roi juste et bienfaisant comme un père au milieu de ses enfants » ou à un « père du peuple et régénérateur de la France », où l’on trouve également des expressions telles que « un père chéri de ses enfants est bien assuré de leur secours » (15).

Cette référence au père n’est pas une formule creuse ou convenue : elle reflète le lien d’ordre quasiment charnel qui doit unir le souverain français à son peuple. On le sait, ce lien fut totalement rompu après la fuite de Louis XVI à Varennes, entraînant la fin du régime monarchique ; à partir de juin 1791, on assiste à un déluge d’insultes envers le souverain, traité d’ogre, de tigre, d’anthropophage… et représenté de plus en plus sous la forme d’un cochon dans les caricatures qui abondaient à l’époque dans la presse (16).

Revenir à la rhétorique du roi « père de son peuple » équivaut quelque sorte à effacer l’outrage, ou à en refermer la parenthèse. Elle évoque aussi la figure de deux souverains ayant laissé un souvenir positif dans l’imaginaire collectif, à savoir Louis XII qui était surnommé « père du peuple », et surtout Henri IV, le bon roi « père de ses enfants » ainsi qu’il est parfois désigné dans certains documents. Ainsi, Louis XVIII s’inscrivait naturellement dans la lignée pluriséculaire des Capétiens, fort de la légitimité de son héritage dynastique.

Loin de toute propagande, la réalité était évidemment plus prosaïque : rappelons les paroles de l’historien Louis Madelin : « Après 1814, on vantera beaucoup la ‘‘ bonté du roi ‘‘. Or, la bonté était précisément la qualité – ou le défaut – que ses entours lui reconnaissaient le moins. Il n’était pas méchant, évidemment, mais il n’était nullement ‘‘ bon ‘‘ (17). 

Portrait de la duchesse d’Angoulême par Joseph Roques (exécuté suite à la visite de la duchesse à Toulouse en 1815)

Notons que le roi est accompagné dans son périple par un nombre important de nobles, dont les plus illustres étaient le prince de Condé (qui avait commandé contre la République l’armée des émigrés) et son fils, le duc de Bourbon. Il a surtout à ses côtés la duchesse d’Angoulême, la seule des enfants du couple formé par Louis XVI et Marie-Antoinette ayant survécu à la Révolution. Appelée Madame, mariée à l’un des fils du comte d’Artois, elle est l’emblème vivant de la tragédie des Bourbons (18). Elle représente la continuité dynastique et fait le lien avec l’Ancien Régime. Sa présence pallie en quelque sorte l’absence d’une reine, et apporte une touche de jeunesse bienvenue dans le cortège - elle a alors 36 ans.

Le débarquement à Calais

La traversée ne dura que deux heures et quart. C’est donc vers 13h30 que l’imposante escadre composée, outre du yacht royal escorté par huit vaisseaux de lignes, de plusieurs frégates et de nombreux bâtiments transportant la suite, les voitures et les bagages du Roi, pénètre dans le port de Calais.

Tous les récits contemporains concordent pour décrire une atmosphère unanimiste : la population de Calais, en proie à une sorte de délire monarchique, a apparemment accueilli le roi avec un grand enthousiasme, vivant son arrivée avec une joie intense. Mais il ne faudrait pas se limiter à cette vision qui fige l’événement en un instant donné. En effet, comme l’a bien analysé Michel Biard (19) c’est une véritable mise en scène qui se déploie à Calais, visant à magnifier la communion du souverain avec ses sujets ; cette mise en scène renvoie à la tradition de ces entrées royales extrêmement codifiées, si fréquentes dès le Moyen-âge (20), et tombées en désuétude avec le règne de Louis XIV.

L’entrée royale - en l’occurrence plutôt une « rentrée » - peut se décomposer selon Michel Biard en trois temps. D’abord le premier contact aux portes de la ville – dans le cas présent, le port - du roi et de sa suite d’une part avec le cortège citadin (formé des autorités civiles et militaires et de la population locale, toutes classes sociales confondues) d’autre part – cortège citadin auquel viennent se greffer de nombreuses personnes extérieures à la ville ayant fait le déplacement uniquement pour être parmi les premières à rendre hommage au souverain retrouvé.

Entrée de Louis XVIII à Calais (d’après F. Lennel, Calais par l’Image, t.3, planche 247)

Parmi sa suite, les Calaisiens reconnaissent immédiatement Louis XVIII, qui fait véritablement, au sens propre, une apparition, et révèle dans ses premiers mouvements un caractère apparemment débonnaire : « Le Roi, par un mouvement qui ne pouvait appartenir qu’à lui, s’était fait reconnaître au milieu de la famille royale et de ses serviteurs fidèles : seul il avait ôté son chapeau et, levant les yeux vers le ciel, en portant la main droite sur son cœur, il remerciait ardemment Celui qui règle les destinées des peuples et des rois… le roi porte ensuite sesregards sur son peuple et lui tend les bras avec une expression que rien ne peut rendre. Les cris, les gestes répondent à ce signe de tendresse d’un père qui retrouve ses enfants, après de longues souffrances. Tous les yeux répandent des larmes, des sanglots se font entendre, l’attendrissement est à son comble, on se trouble, on se mêle, on oublie des dispositions indispensables, et le désordre même ajoute encore à ce qu’une pareille scène avait de touchant… » (21).

Le deuxième temps rituel de l’entrée royale consiste traditionnellement en des compliments mutuels de bienvenue et en des remises de présents. Effectivement, selon les relations de l’époque, le préfet accompagné du sous-préfet – le comte de Castéja – ainsi que le maire de Calais, M. Michaud – suivi du corps municipal - montent sur le vaisseau, chacun adressant au Roi des discours.

Le Préfet, en particulier, déclame le panégyrique suivant : « Sire, en voyant Louis-Stanislas-Xavier sur le trône de St-Louis, de Louis XII et de Henri IV, il n’est pas un seul habitant du Pas-de-Calais, je dirai mieux, pas un seul Français qui ne soit riche d’assez de bonheur pour le reste de sa vie ». Le comte de Castéja se montre quant à lui plus bref : en montrant les membres du corps municipal, il dit à S.M. : « Sire, voilà les magistrats fidèles d’une des villes les plus fidèles du royaume ».

Portrait de Louis-Etienne Michaud, Maire de Calais (1801-1815) (d’après F. Lennel, Calais par l’Image, t.3, planche 242 B)

Le discours de M. Michaud, maire de la ville, fait non seulement allégeance à la nouvelle autorité représentée par le roi, mais tend aussi à inscrire le retour de Louis XVIII dans le fil des grandes épopées locales.

« Sire, la ville de Calais vient déposer aux pieds de Votre Majesté l’hommage de son profond respect, de son inviolable fidélité et de son dévouement sans borne. La ville de Calais n’est pas sans quelque célébrité : son nom est honorablement inscrit sur les pages de notre histoire. C’est à son amour pour les rois vosancêtres qu’elle doit cette illustration, elle n’a point dégénéré, Sire, et nos cœurs défendaient votre auguste dynastie, alors même qu’il n’était plus permis à nos bouches d’exprimer nos vœux. Quel jour à jamais mémorable pour nous !

Les premiers pas de Votre Majesté dans son royaume vide depuis vingt ans d’espérance et de joie, sont marqués sur nos rivages !

Nous en transmettrons soigneusement le souvenir, et, dans la postérité la plus reculée, nos neveux diront avec complaisance, comme nous le disons avec attendrissement, que les premiers Français rendus au bonheur ont été les habitants de Calais ».

À ces paroles, Louis XVIII répond : « Depuis Philippe de Valois je savais que les habitants de Calais n’avaient jamais dégénéré de leur digne prédécesseur Eustache de Saint-Pierre ; j’en acquiers une nouvelle preuve en ce moment, M. le maire, par les sentiments que vous venez de m’exprimer en leur nom, je les agrée de bien bon cœur et je vous assure que je suis heureux de me trouver au milieu de mes bons et fidèles sujets de Calais » (22).

La duchesse d’Angoulême ne fut pas oubliée lors du cérémonial. Le maire lui présenta un groupe de jeunes Calaisiennes qui lui remirent un bouquet de lys. La duchesse, selon les récits du temps, en resta sans voix.

C’est à ce moment que le roi descend du yacht et « met le pied sur le sol de France » (23) : s’opère alors le troisième temps du rituel, à savoir la fusion des deux cortèges, le cortège royal et le cortège citadin. Alors que les cris de « Vive le Roi ! » résonnent de toutes parts dans une atmosphère de délire, le souverain et sa suite prennent place dans une calèche découverte. Seize Calaisiens élégamment habillés – donc probablement faisant partie des notables - se présentent et traînent la voiture, qui s’avance vers la Place d’Armes (24).

Le curé de Calais, Nicolas Tribou, prononce alors une harangue qui fait dire à Louis XVIII dans ses Mémoires « Ce digne pasteur mit tant d’effusion, qu’il oublia le temps… Je comptais les minutes » (25).

Reproduisons uniquement ici les premières phrases de ce discours, lourdes certes du point de vue du style mais également lourdes de sens de la part d’un représentant du clergé français, soumis à tant de tourmentes depuis 1789 :

Devant les conquérants du monde, toute la terre se tait, selon la sainte écriture ; c’est le silence de la terreur ou de la contrainte. A la vue d’un bon roi toute la terre parle, et son langage est celui de l’admiration, de la reconnaissance et de l’amour.

Il s’est fait entendre au même instant dans toutes les parties de ce vaste Empire ; et l’explosion de nos sentiments a été d’autant plus forte qu’ils avaient été plus longtemps et plus servilement comprimés. Ô notre Roi, notre bon Roi ! Vous avez donc toujours régné sur nos cœurs. La France en devenant libre, vous a proclamé son seul et légitime souverain.

Mais plutôt c’est la Religion qui vous a conduit au trône de Saint-Louis pour y monter avec vous ; c’est la Religion qui, en ce beau jour, semble venir d’un long exil, pour nous affranchir de la plus tyrannique servitude. Qu’elle nous rend chers les titres de Roi très-chrétien, de fils aîné de l’Eglise ; et qu’elle nous rendra facile tout ce qui émanera de votre autorité paternelle ! » (26).

Pour le clergé français, une page semble bel et bien se tourner : il espère, sous l’auspice des Bourbons, reprendre pleinement le magistère moral qu’il détenait sans partage avant 1789, ce que confirmera quelques heures plus tard Louis XVIII en lançant, aux frères des écoles calaisiennes venus le féliciter : « Mes frères, apprenez à vos enfants à devenir de bons chrétiens, et vous en ferez de bons Français » (27).

Portrait de Etienne-Nicolas Tribou, curé-doyen de Calais (1803-1820) (d’après F. Lennel, Calais par l’Image, t.3, planche 248 B)

Mais revenons au fil des événements : à la fin du discours du curé Tribou, Louis XVIII prend une initiative attendue, d’autant que nous sommes dimanche. « Monsieur le curé, le ciel, après vingt-cinq ans d’absence, me rend mes enfants : allons remercier Dieu dans son temple ». (28)

L'église Notre-Dame

Et de se diriger vers l’église Notre-Dame, en une marche triomphale : « Le cortège s’avance entre deux haies, tant de gardes nationales que de troupes de ligne, il remonte les quais, tous les vaisseaux étaient pavoisés. La ville offrait un autre aspect ; les rues avaient été sablées et partout jonchées de feuillages, mille drapeaux blancs, la plupart enrichis de fleurs de lys, étaient suspendus aux maisons, revêtues de tentures, des croisées étaient occupées par des femmes tout en blanc, qui agitaient leur mouchoir et laissaient tomber des fleurs. Le coup d’œil, la musique, les chants constamment mêlés de ‘‘ Vive le Roi‘‘  faisaient de cette entrée, non une marche triomphale, mais une de ces fêtes de famille où l’expression d’un bonheur sans mélange se peint sur toutes les figures » (29).

Puis vient le moment du Te Deum : « Arrivé à l’église, le roi, conduit sous le dais, se place au centre du chœur. Le temple, malgré son étendue, ne suffit pas à la foule, et la sainteté du lieu peut à peine contenir les transports. Mais le recueillement du monarque, de Madame la Duchesse et des princes, impose bientôt le silence le plus religieux. Aussi le cantique d’actions de grâce, que jamais l’on ne chanta dans une occasion plus solennelle, ne fut-il jamais entendu avec tant de piété ».(30)

Le séjour de Louis XVIII à Calais

Il est ensuite question d’un « palais » spécialement préparé pour le roi, vers lequel on le conduit une fois le service religieux achevé. Il s’agit en fait de l’hôtel Dessin, tenu par le sieur Quillacq, réputé être le plus célèbre d’Europe (31). « Le Roi, avec une bonté vraiment paternelle, voulut qu’à son dîner son peuple put jouir librement du bonheur de le voir, ainsi que sa famille royale, et l’affluence des spectateurs était telle, que le service se faisait avec difficulté. La foule se pressant extérieurement dans la cour pour s’approcher des fenêtres, une jeune personne cassa un des carreaux de vitre de la salle ; les spectateurs fronçaient déjà le sourcil ; le monarque indulgent dit avec un sourire ‘‘   ce n’est rien, il n’y a pas de bonnes fêtes sans verre cassé ‘‘ . » (32).

Pigault-Maubaillarcq, un notable calaisien chanta sur l’air de God save the King les couplets suivants qu’il avait composés spécialement pour le retour du Roi et que les dames reprirent en chœur :

« Grand Dieu sauve le roi / Notre espoir est en toi / Sauve le roi / Qu’il soit toujours heureux /Puissant et glorieux

C’est l’objet de nos vœux / Sauve le roi / Oh Louis ! Ô mon roi ! / Vivre et mourir pour toi / Voilà ma loi.

Oui, le feu sur le corps / Prêt à subir la mort / Je m’écrierai encor : Vive le Roi » (33).

Pourquoi Louis XVIII prolongea-t-il son séjour ? Selon Nelly Mulard, l’entourage du roi avait besoin d’un délai pour procurer au souverain et à la duchesse d’Angoulême des atours dignes d’eux : « une somme de 50 000 francs leur fut remise immédiatement à titre de prêt, par la maison Philippe Devot, de Calais, mais la couturière, Mme Ribotte, ne parvint pas, malgré sa bonne volonté, à achever à temps la robe commandée pour la duchesse, et le roi dut retarder son voyage jusqu’à son achèvement. Enfin, le propre chapeau du souverain, dont le panache blanc avait été fort éprouvé par le vent du large, avait étéremis en état par M. Lefebvre-Margollé, le chapelier de la rue du Hâvre » (34).

Louis Madelin avait fait un tableau cruel des passagers du Royal Sovereign : « N’arrivant cependant que de Londres, ils avaient, tant ils apparaissaient dépaysés, l’air de venir du fond de l’Asie… Leur tenue même stupéfiait. Les uns avaient gardé le costume de 1789, les cheveux à coques, poudrés et à catogan, les habits, vestes et culottes à la façon de M. de Maurepas, l’épée battant les mollets en bas de soie et en souliers à boucle… Les autres étaient aux modes anglaises fermées à la France depuis 1793, et paraissaient de ce fait, autant que les premiers, étranges, ridicules » (35).

La municipalité, qui déboursa une somme totale de 3 315 francs et 15 centimes (36) pour l’ensemble des festivités, fit participer la classe indigente à l’allégresse générale, en faisant distribuer des vivres par le Bureau de Bienfaisance. Un vent violent gâcha un peu la fin de la soirée, mais beaucoup de Calaisiens ne renoncèrent pas à faire la fête sur la place d’Armes (37).

On sait que Louis XVIII passa une bonne nuit car dans ses Mémoires, il déclare : « Dois-je l’avouer ? Je dormis la première nuit que je passai en France ; et la veille, je n’avais pu trouver le sommeil sur le Royal Sovereign. Je désirais alors, maintenant je possédais ! » (38).

L’atmosphère de joie se poursuivit le lendemain, car Louis XVIII décida de prolonger son séjour à Calais d’une journée. Différents corps de troupe arrivèrent de Saint-Omer et de Dunkerque pour servir d’escorte au souverain qui rencontra de nombreux généraux et officiers, réservant pour chacun d’entre eux un éloge adéquat. Après le déjeuner, l’aumônier particulier du roi officia dans l’une des salles de l’hôtel. L’après-midi fut consacrée à l’audience de nombreuses personnalités locales.

Au moment du dîner, l’ancien maire de la ville Leveux, Vendroux son gendre faisant fonction de juge de paix, et Pigault de Beaupré fils (propriétaire et capitaine de la 3° Légion d’Elite du Pas-de-Calais), adressèrent la demande suivante à Louis XVIII :

« Pour éterniser le souvenir du débarquement de votre Majesté à Calais, nous la supplions de permettre qu’à l’endroit où elle est descendue à terre, il soit placé sur le pavé une plaque de métal quilaisserait apercevoir l’empreinte de son pied, et que, vis-à-vis, il soit élevé un monument, simple mais durable, sur lequel on lirait ces mots :

ICI LOUIS XVIII DEBARQUA LE 24 AVRIL 1814, ET FUT ENFIN RENDU A L’AMOUR DES FRANÇAIS.

Ce monument, sire, élevé par souscription, aux frais des seuls habitants de Calais, transmettra aux générations futures le bonheur qu’eut cette ville de jouir la première de la présence d’un monarque si longtemps désiré et il servira de plus à rappeler à nos descendants notre attachement sincère et cette inviolable fidélité que nous jurons à notre bien-aimé souverain. Vive le Roi ! »

Louis XVIII répondit : « Je suis trop flatté du projet que vous me présentez pour ne pas l’approuver de suite. » Le duc d’Havré s’écria que « comme ancien habitant de Calais, il voulait faire partie des souscripteurs » (39).

Avant de quitter la ville, le 26 avril, Louis XVIII prononça ces mots : « Je n’oublierai jamais que c’est à Calais que j’ai répandu les premières larmes de joie en rentrant dans mon royaume. Je suis satisfait de tout ce que vous avez fait, et j’accorde ma protection à la bonne ville de Calais » (40).

Dans ses Mémoires, Louis XVIII ajoute : « Ma royauté réelle commença du moment où je mis le pied sur le sol du royaume : un monument en bronze en désigna la place. Je ne pourrais revoir sans émotion cette trace de mon premier pas en France que les bons Calaisiens ont imprimé sur la dalle du port où je posais ma semelle en débarquant ». (41).

L’empreinte du pied de Louis XVIII dans la plaque de bronze scellée sur le socle de marbre de la colonne Louis XVIII (cliché M. Domain)

6

Cette protection avait de fait été sollicitée lorsque les édiles calaisiens avaient remis au souverain une supplique, dont on trouve la retranscription dans le registre des délibérations municipales (42), et qui témoigne de la volonté de la ville d’enrayer un déclin patent, surtout en comparaison avec les ports voisins :

« À sa Majesté Louis XVIII.

Sire, la Ville de Calais partage avec toute la France la joie de retrouver Votre Auguste Dynastie, à laquelle nous devions huit cent ans de gloire et de prospérité, avec toute la France elle attend le retour de ces siècles de bonheur. Mais, Sire, elle ne commettra pas l’erreur de croire que tous les maux seront réparés dès les premiers moments du règne de Votre Majesté, et dès aujourd’hui elle ose déposer à vos pieds quelques-uns de ses vœux, elle sait fort bien qu’ils ne peuvent pas tous être exaucés de suite. Ainsi, attendant avec résignation que les circonstances soient devenues favorables, nous supplions Votre Majesté de ne pas rejeter l’exposé suivant :

1° La Ville de Calais possédait autrefois un tribunal et une administration ; maintenant elle est privée de l’un et de l’autre, au grand préjudice de ses habitants.

2° Les travaux du port sont interrompus, ils devaient être achevés en 4 ans, le commerce réclame qu’ils soient terminés, le plus promptement possible, afin qu’il puisse en profiter.

3° La Ville de Calais supplie Votre Majesté de vouloir bien faire jouir  son port de tous les avantages dont jouiront les ports voisins, et qu’aucun d’eux n’obtienne de privilèges sur lui. Et pénétré de reconnaissance, ses habitants heureux par votre retour ne cesseront d’implorer  le Ciel qu’il lui plaise d’accorder à Votre Majesté le règne le plus long et le plus fortuné. »

On peut cependant constater que le seul privilège concret que Louis XVIII ait accordé à Calais, c’est bien d’autoriser la population à élever en son honneur une colonne destinée à éterniser le souvenir de son retour en France. 

La colonne commémorative du débarquement de Louis XVIII

La colonne Louis XVIII à son emplacement actuel, non loin du bassin du Paradis (cliché M. Domain)

Dès sa séance du 2 mai 1814 (43), le conseil municipal de la ville de Calais arrêta qu’une commission composée de A.Bénard, Leveux, Blanquart de Sept-Fontaines (propriétaire), Christian Matis (négociant) etMonbleseaux (directeur de la poste aux lettres), Vendroux (juge de paix du canton de Calais) et Pigault de Beaupré fils (propriétaire), devait se charger de prendre toutes les dispositions nécessaires pour l’érection de ce monument, dont la dépense fut estimée approximativement à 6 000 francs. Il fut aussi arrêté qu’afin que tous les habitants de Calais puissent y participer, le maximum de la souscription est porté à cent francs.

On se souvient que le maire avait bien précisé que les habitants de Calais souhaitaient jalousement élever la colonne à leurs seuls frais – exception ayant été faite pour le duc d’Havré ainsi que pour le comte de Castéja, sous-préfet, en raison de leurs fonctions éminentes. Selon une enquête menée par Marcel Denquin, historien local du début du XXe siècle, 564 Calaisiens (soit environ un homme sur quatre, ce qui est tout de même considérable) participèrent au total à la souscription, dont le produit s’éleva à 6 557 francs (44). À travers l’appropriation complète de ce monument à travers son financement, les Calaisiens se revendiquaient en quelque sorte comme des acteurs, et non de simples spectateurs, de l’Histoire.

Rappelons qu’il était également question dans la demande du maire Michaud adressée à Louis XVIII d’un « monument simple mais durable » qui se dresserait en vis-à-vis de la plaque de bronze portant l’empreinte du pied du souverain. Comment Henri Godefroy Hobacq, l’architecte de la ville en titre depuis 1813, élabora-t-il son projet de colonne ?

Le style antiquisant choisi est à la mode à l’époque, et la colonne, qui, par sa verticalité fait s’élever le regard vers le ciel – mouvement propre à susciter l’admiration - constitue un élément fondamental du vocabulaire architectural gréco-romain. Hobacq s’inspira-t-il de la colonne élevée non loin de Calais, à Guînes, en 1786, pour célébrer la traversée de la Manche en ballon par Blanchard et Jeffries ? (45).

La ressemblance assez frappante entre les deux monuments qui ont grosso modo les mêmes dimensions, ne doit pas faire oublier que l’aspect tronqué de la colonne de Guînes n’est pas d’origine, puisqu’on y trouvait au sommet un ballon de pierre. La colonne Louis XVIII était, semble-t-il, elle aussi destinée au départ à servir de support à un buste ou à une statue – équestre ? - du souverain : mais le physique empâté du personnage, incapable de monter à cheval, se prêtait assez mal à une telle exaltation. L’allure très dépouillée de ces deux colonnes n’est donc finalement que le fruit des circonstances.

La colonne commémorant l’exploit de Blanchard et Jeffries qui ont traversé la Manche en ballon en 1775. Elle se trouve dans la forêt de Guînes

Toujours est-il que la colonne Louis XVIII ne cherche pas à rivaliser avec la colonne de la Grande Armée, élevée à Wimille entre 1804 et 1823 : cette dernière est beaucoup plus massive et plus haute (50 mètres environ) (46). Doit-on y voir le symbole de la disproportion entre l’écrasante empreinte que laisse Napoléon dans les mémoires et la faible place qu’y occupe Louis XVIII ?

La pose de la première pierre ne tarda pas. Elle s’effectua lors d’une grande cérémonie qui se déroula le 25 août 1814, fête de Saint-Louis. Quatre mâtures surmontées de pavillons blancs et ornées de verdure étaient placées aux angles du terre-plein qui devait supporter le monument ; et tous les ouvriers tenant en main de petits drapeaux blancs garnis de fleurs en bordaient le tour (47).

Une foule immense se pressait autour de l’endroit, se massant sur la jetée et les remparts du Courgain. Le maire de Calais, qui était toujours Louis-Etienne Michaud, tint à cette occasion un discours exalté :

« C’est ici, messieurs, [que Louis XVIII] par nos vives acclamations a conquis le titre de chéri de ‘‘  Louis le Désiré ‘‘ , de libérateur de la France ; c’est ici qu’aux cris multipliés de ‘‘  Vive notre Bon Père ‘‘ , il répondit, les yeux humides de larmes, ‘‘ Vivent mes enfants ! ‘‘ . 

Il nous l’a dit, et nous ne l’oublierons jamais : ‘‘  c’est au milieu de vous que depuis 25 ans j’ai répandu les premières larmes de plaisir ‘‘ .

Et Louis le Désiré en remontant sur le trône de Henri IV et en déployant de nouveau l’étendard des Lys, nous assure enfin le retour de ces jours heureux qui ont illustré ce règne ».

Michaud prit ensuite des mains de Pigault de Beaupré le registre contenant les noms de tous les souscripteurs du monument, le montra à la population et dit :

« Habitants de Calais,

Voilà le livre où sont inscrits les noms de tous les souscripteurs du monument que nous élevons. Il transmettra aux générations futures, le souvenir de votre amour et de votre dévouement au roi.

Vos descendants fiers d’y trouver un jour les noms de leurs ancêtres, n’en sentiront que plus vivement l’obligation d’imiter votre exemple, en jurant ainsi que vous, une fidélité inviolable à leur légitime souverain. Vive le Roi ! »

Un banquet fut donné par le corps municipal à l’hôtel Kingston suivi d’un bal, un buste de Louis XVIII ayant été placé au fond de la salle (48).

La colonne fut érigée en moins d’un an comme le prouve une lettre du comte de Cély au duc de Feltre en date du 23 mai 1815 retrouvée par Georges Wiart, où l’on lit : « Je suis très aise que l’esprit des habitants soit toujours aussi bon et que par leur fermeté la colonne de 45 pieds de haut élevée à la place où le Roy y a débarqué soit conservée, cela fera plaisir à sa majesté » (49). Les gravures du temps montrent aussi que la colonne se terminait par une fleur de lys sommitale bien visible depuis les quais du port. Mais pas pour longtemps !

En effet, quelques semaines après son achèvement, la colonne doit affronter le retour de Napoléon lors des Cent-Jours (1er mars – 18 juin 1815). Alors qu’ils ont appris depuis peu le retour de Napoléon de l’île d’Elbe, les membres du conseil municipal de Calais, lors de la séance du 10 mars 1815 déclarent que «  les habitants de Calais qui ont eu les premiers le bonheur de recevoir Votre Majesté à sa rentrée dans son royaume, ne seront pas les derniers à faire retentir le cri d’indignation dont tous les Français ont été pénétrés à la lecture de la proclamation qui annonce l’insolente agression de l’usurpateur du trône de vos ancêtres, et à protester de leur dévouement sans bornes à leur légitime souverain, au meilleur des pères » (50).

Les édiles ajoutent qu’« à peine la nouvelle de cette criminelle tentative nous fut-elle connue, qu’à l’instant même le drapeau des Bourbons fut arboré sur nos tours, et leurs couleurs qui guidèrent tant de fois vos ancêtres à la victoire flottèrent sur toutes les habitations. La Colonne qui indique le premier pas de Votre Majesté sur le sol français, cette colonne sacrée, érigée par notre amour, sera indestructible comme lui. Nous sommes ses fidèles gardiens, et elle attestera à la postérité notre éternel dévouement pour nos lois ». Les mêmes, dans lors de la séance du 21 avril 1815 prêtent serment « d’obéissance aux constitutions et de fidélité à l’Empereur »… (51).

Le conseil municipal se doit alors de prendre rapidement une décision concernant la colonne : voici ce qu’on peut lire pour la séance du 29 avril 1815 : « considérant que cette colonne peut facilement servir pour l’établissement d’un fanal qui éclairera : l’entrée du port, le chenal, l’intérieur du bassin et les quais ; considérant aussi que rien ne peut s’opposer à la conservation de cet édifice qui ne présente aujourd’hui aucun des attributs de la Royauté ; le Conseil arrête que ladite colonne sera conservée pour y établir un fanal » (52).

Ainsi donc, moyennant la disparition de sa fleur de lys sommitale et le descellement des plaques de bronze portant l’empreinte du pied royal et l’inscription commémorative, les Calaisiens ont tout fait pour conserver la colonne financée par leurs propres deniers. Mais les Cent-Jours s’achèvent avant que la transformation de la colonne en phare ne soit effectuée

Lors de la séance du 11 juillet 1815 (53), le conseil municipal se félicite de « l’heureuse nouvelle de l’entrée du Roi dans Paris, en conséquence de laquelle le pavillon blanc avait été arboré hier sur les édifices publics, et à toutes les maisons de la ville » et rédige une adresse se terminant par la formule : « Sire, vous êtes rendu à nos vœux et nous le sommes à vous ». Cependant, des nostalgiques de l’Empire s’en prennent à la colonne comme en témoigne cette lettre anonyme reçue par l’architecte Hobacq en août 1815, lui conseillant d’équiper sa colonne de roulettes afin qu’elle puisse suivre le roi quand il partira de nouveau pour l’exil (54).

En mars 1816, des dégradations sont commises sur le monument, pourtant surveillé par la Garde Nationale (55). Un mois plus tard, le 24 avril 1816, jour anniversaire du débarquement de Louis XVIII à Calais, la municipalité décide de réaffirmer haut et fort son attachement royaliste en redonnant à la colonne sa fleur de lys et ses plaques de bronze. En 1830, nouveau retournement de l’Histoire : les Trois Glorieuses portent au pouvoir Louis-Philippe et marquent l’avènement de la monarchie de Juillet. La fleur de lys et les plaques de bronze de la colonne Louis XVIII, rappelant de façon trop claire les Bourbons, sont de nouveau déposées. Avec la Révolution de 1848, il est même question pour certains de raser purement et simplement la colonne ! (56). À preuve, cette lettre d’un certain Georget adressée au maire de Calais en date du 3 mai 1848 : « Citoyen maire, permettez-moi d’appeler votre attention sur un fait qui me paraît blesser, outrager le sentiment national. La colonne du port a été élevée, vous ne l’ignorez pas, par la plus basse adulation pour perpétuer le souvenir du débarquement de Louis XVIII, de sanglante mémoire. Ce monument, très insignifiant d’ailleurs, eût dû disparaître en 1830, après la chute de Charles X ; aujourd’hui à plus forte raison doit-il cesser d’exister […]. J’ai en vue seulement de faire cesser une anomalie qui, je le répète, outrage le sentiment national et peut faire douter de la stabilité de la République […]. Au moment où le Gouvernement provisoire décrète qu’un monument sera élevé à la mémoire de l’illustre maréchal Ney, comment se pourrait-il faire que dans notre ville on conservât des choses qui rappellent le débarquement de son assassin ? Ce serait plus qu’une honte » (57).

Avec l’enracinement de la IIIe République, la possibilité d’un retour des royalistes devenant de plus en plus mince, les passions s’apaisent. La colonne Louis XVIII ne fait plus scandale car, revenue à sa nudité minérale, elle ne symbolise plus un régime mais uniquement un événement ayant marqué jadis la cité (58). Bref, le monument subsiste car il est complètement aseptisé, vidé de tout sens politique.

Mais, les années passant, en raison d’un manque d’entretien (59), la colonne menace ruine. La municipalité obtient son classement comme monument historique le 11 avril 1933 (60), et les plaques de bronze qui avaient été déposées (en 1830 !) finissent par retrouver leur place originelle. La fleur de lys sommitale, conservée dans les collections de l’ancien musée de Calais situé place d’Armes, ne fut, quant à elle, jamais remise en place dans la mesure où il s’agissait d’un emblème incompatible avec la République : l’objet a définitivement disparu dans les gravas du musée, anéanti par les bombes pendant la Deuxième guerre mondiale.

La colonne fut préservée de la destruction par un heureux hasard : au printemps 1939, afin d’approfondir le mouillage devant le quai où elle se dressait, elle avait été démontée. Mais, lorsqu’elle fut remise en place en septembre 1965, on décida de l’ériger à une centaine de mètres de son emplacement d’origine, ce qui la priva de la pleine signification mémorielle qui était la sienne au départ. Quelques détails furent modifiés : « la plaque qui demeure à poser prendra place sur la face Sud du monument, face à l’Hôtel de la Chambre de Commerce. Son emplacement est prévu dans la pierre du socle. La vilaine grille qui faisait piteuse parure autrefois ne sera pas remise en place. Quatre pointes de diamant de pelouse seront un écrin plus seyant et plus souriant à l’ensemble » lit-on dans la presse locale (61).

Aujourd’hui, trônant le long du boulevard des Alliés, le monument ne se trouve plus en bordure de quai, ce qui brouille quelque peu l’image du débarquement… et achève d’effacer dans la mémoire collective locale le souvenir d’un événement qui, en son temps, avait fait la fierté de Calais.

Notes

(1) Selon François Furet, le processus révolutionnaire ne prendrait véritablement fin qu'avec l'arrivée au pouvoir des républicains opportunistes, voir à ce sujet notamment Penser la Révolution Française, Folio/Gallimard, 1985.

(2) L’épisode réputé historique des Six Bourgeois de Calais recèle bien des aspects mythiques, voir J-M. Moeglin, Les Bourgeois de Calais : essai sur un mythe historique, Albin Michel, 2002.

(3) Sur le choix du port de Calais, « clé de la France », pour le débarquement d’avril 1814, voir Christian Borde, Calais et la mer (1814-1914), Septentrion, 1997, p 35-36.

(4) Edition du 29 avril 1814.

(5) Voir La vie calaisienne sous le Consulat et l’Empire, Les Cahiers du Vieux Calais, 1972, p 96.

(6) Jean-Pierre Chaline, La Restauration, Que sais-je ?, P.U.F., 1998.

(7) Pour plus de détails sur les mécanismes politiques ayant conduit à la Première Restauration, voir le chapitre consacrée à cette période dans l’ouvrage de Guillaume de Bertier de Sauvigny, La Restauration, Champs-Flammarion, 1993.

(8) Archives Municipales de Calais (A.M.), 1 ID 15.

(9) Calais au temps de la Dentelle, Les Cahiers du Vieux Calais, 1963, p 7.

(10) Sur cette période d’exil de Louis XVIII, voir notamment les pages qu’y consacrent Evelyne Lever, Louis XVIII, Fayard, 1997, et Philip Mansel, Louis XVIII, Perrin, 2004.

(11) Voir Nelly Mulard, Calais au temps de la Dentelle, Les Cahiers

du Vieux Calais, 1963, p 3

(12) Propos rapportés dans Le Moniteur du 30 avril 1814.

(13) Extrait du Morning Chronicle cité et traduit dans « Histoire rétrospective : Louis XVIII à Calais », publié en plusieurs épisodes dans le Journal de Calais à partir du 22 mai 1886.

(14) Mémoires de Louis XVIII, recueillis et mis en ordre par le duc d’***, tome neuvième, Bruxelles, 1833, p 12-13

(15) Voir à ce sujet Pierre Goubert, 1789 Les Français ont la parole, extraits des cahiers de doléances, Paris, 1964.

(16) Voir DUPRAT Annie, « Du Roi-père au roi-cochon » in BOURDERON Roger, (dir.), Le Jugement dernier des rois. Actes du colloque tenu à Saint-Denis du 2 au 4 février 1989, La Garenne-Colombes, Editions de l'Espace Européen, 1992, p. 81-90.

(17) Louis Madelin, Histoire du Consulat et de l’Empire, tome XV (L'interrègne Impérial), Paris, Hachette, 1946.

(18) Sur le parcours douloureux de Marie-Thérèse de France (1778-1851), voir Philippe Delorme, Les Princes du malheur - Le destin tragique des enfants de Louis XVI et de Marie-Antoinette, Éditions Perrin, Paris, 2008.

(19) Michel Biard, « Terminer la Contre-Révolution ? La colonne Louis XVIII à Calais, symbolique et enjeux », in La Contre-Révolution en Europe XVIII°-XIX° siècle. Réalités politiques et sociales, résonances culturelles et idéologiques, sous la dir. de Jean-Clément Martin, Presses Universitaires de Rennes, 2001, p 241-254.

(20) Voir par exemple Bernard Guenée et Françoise Lehoux, « Les Entrées royales françaises de 1328 à 1515 », Sources d’Histoire médiévale publiées par l’Institut de Recherche et d’Histoire des Textes, Paris, éditions du CNRS, 1968.

(21) Le Moniteur du 29 avril 1814.

(22) Ibid.

(23) Journal des Débats Politiques et Littéraires, 1er mai 1814.

(24) Ibid.

(25) Mémoires de Louis XVIII, recueillis et mis en ordre par le duc d’***, tome neuvième, Bruxelles, 1833, p 14.

(26) Cité dans « Histoire rétrospective : Louis XVIII à Calais », publié en plusieurs épisodes dans le Journal de Calais à partir du 22 mai 1886.

(27) Journal des Débats Politiques et Littéraires, 1er mai 1814.

(28) Ibid.

(29) Cette marche triomphale est décrite ainsi dans Le Moniteur du 29 avril 1814.

(30) Journal des Débats Politiques et Littéraires, 1er mai 1814.

(31) Philippe Cassez, pour lequel « Calais, auberge des rois » n’a pas de secret, nous a communiqué la transcription d’une lettre de Bernardine Pochet à son frère Auguste Quillacq, datée de mai 1814, où l’on peut lire (sic) : « Nous avons comme tu le sais reçus le roi, et toute la Cour, j’aurais bien désiré que tu fusses venu […].Nous lui avons été présenté ainsy qu’à l’ange de douceur et de bonté – Madame la Duchesse d’Angoulême […].Madame a daigné me dire qu’il été très content d’être chez nous, qu’il n’oublirais jamais que ses 1ers pas en France été dans notre hôtel. Nous gardons depuis ce moment des satisfactions qui nous été inconnus depuis si long tems ». Remerciements à Philippe Cassez.

(32) Cité dans « Histoire rétrospective : Louis XVIII à Calais », publié en plusieurs épisodes dans le Journal de Calais à partir du 22 mai 1886.

(33) Ibid.

(34) Calais et les secrets de l’Histoire, Les Cahiers du vieux Calais, 1968, p 170- 171.

(35) Histoire du Consulat et de l’Empire, tome XV (L’interrègne Impérial), librairie Hachette, 1949.

(36) Voir séance extraordinaire du 28 octobre 1815, A.M. 1 D 16, folio 8.

(37) Détails relatifs à l’arrivée à Calais de Sa Majesté Louis XVIII, le Dimanche 24 avril 1814, Boulogne-sur-mer, Le Roy-Berger, 1814, p 12.

(38) Mémoires de Louis XVIII, recueillis et mis en ordre par le duc d’***, tome neuvième, Bruxelles, 1833, p 15

(39) Cité dans Détails relatifs à l’arrivée à Calais de Sa Majesté Louis XVIII, le Dimanche 24 avril 1814, Boulogne-sur-mer, Le Roy-Berger, 1814, p 14-15.

(40) Ibid.

(41) Mémoires de Louis XVIII, p 15.

(42) Séance du 11 avril 1814, A.M. 1 D 15.

(43) A.M. 1 D 15.

(44) Voir la série d’articles publiée par Marcel Denquin dans Le Phare de Calais de 1939.

(45) C’est l’hypothèse avancée dans la brochure Autour du monument des Bourgeois de Calais, guide des sculptures monumentales à Calais, Calais, 2001, p 18.

(46) La colonne de la Grande Armée de Boulogne a été érigée à l’initiative du maréchal Soult afin de commémorer la distribution des croix de la Légion d’Honneur à la Grande Armée par l’Empereur Napoléon, événement s’étant déroulé le 16 août 1805. Le monument a été inauguré en 1841.

(47) Voir Fernand Lennel, Calais par l’image, tome 3, p 32.

(48) Discours cité dans « Histoire rétrospective : Louis XVIII à Calais », publié en plusieurs épisodes dans le Journal de Calais à partir du 22 mai 1886.

(49) Voir Georges Wiart, Un document inédit relatif à la colonne Louis XVIII, Bulletin Historique et Artistique du Calaisis, n°25, p 25-26.

(50) A.M. 1 D 16.

(51) Ibid.

(52) Ibid.

(53) Ibid.

(54) Henry Houssaye, 1815, Les Cent Jours, Paris, Librairie Académique Didier, 8° édition, 1893, p 55.

(55) Une lettre du chef de la Légion au maire de Calais en date du 22 mars 1816 fait état de soupçons portant sur « celui des gardes nationaux qui était chargé de veiller à sa conservation », A.M., 12 W 36.

(56) Voir Autour du monument des Bourgeois de Calais… p 19.

(57) Voir Marcel Denquin, « A propos de la colonne Louis XVIII », Bulletin de la Société Historique du Calaisis, avril 1920, p 14-16.

(58) Voir Autour du monument des Bourgeois de Calais… p 19.

(59) Cela même si des travaux de restauration sont évoqués dans une lettre de l’ingénieur des Ponts et Chaussées au maire de Calais en date du 6 février 1878, A.M. de Calais, 12 W 36.

(60) Voir informations complètes dans la base de données internet Mérimée, www.culture.gouv.fr/culture/inventai/patrimoine.

(61) Nord Littoral, 2 septembre 1965.

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