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Gentille Annette de Boëldieu

La musique que vous entendez, jouée depuis 1821 sur les toits de Calais, est l'air de 'Gentille Annette' de Boëldieu, interprété par Michel Hippolyte.

blason calais rappelARMOIRIES DE LA VILLE DE CALAIS De gueules à l’écusson d'azur chargé d’une fleur de lis d’or soutenue d’un croissant d’argent, l’écusson sommé d’une couronne fermée de France d’or, accosté de deux croix de Lorraine d’argent et accompagné en pointe d’un besant d’argent chargé de la croix de Jérusalem d’or. Le blason de Calais fut accordé par le roi Henri II en 1558. La croix de Jérusalem et le croissant évoquent le passage, dans cette ville, des croisés français et anglais. La fleur de lys et la couronne marquent la satisfaction du roi de France de recouvrer Calais après plus de deux siècles d'occupation anglaise. Les croix de Lorraine font référence au libérateur de la ville, le duc de Lorraine, François de Guise. Elles furent confirmées par lettres patentes de Louis XVIII, le 19 avril 1817. Sur les armoiries, figurent de gauche à droite : la croix de guerre 1914-1918 (25 août 1919), la Légion d'honneur (12 juillet 1947) et la croix de guerre 1939-1945 (08 mai 1949).drapeau calais rappel2LE DRAPEAU DE CALAIS Calais est l'une des seules cinq villes de France à être autorisée à avoir son propre drapeau, sur ordonnance royale, avec Dunkerque, Boulogne sur Mer, Le Havre et Saint Malo. Le drapeau calaisien, constitué d’une croix scandinave blanche sur fond bleu d’azur, est celui qui flotta sur l'ancien beffroi, à la tête des milices bourgeoises et aux mats des vaisseaux corsaires de la Ville. Après une longue période d’absence, en 2017 le drapeau de Calais flotte de nouveau sur les toits de la ville, au sommet de la tour du Guet.

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Balustrade sculptée du chœur, côté extérieur droit.

Les clôtures de marbre, qui séparent le chœur des carolles portent plusieurs fois les initiales D L B qui sont celles du curé Jacques De La Bouloye. Les lettres G M 1648, ciselées sur le pilastre intérieur de la balustrade de gauche, indiquent la date d’achèvement et le nom de leur auteur, Gaspard Marsy ; mais, contrairement à ce qu’avance De Rheims, il ne s’agirait pas de l’artiste qui, avec son frère Balthazar, devait se rendre célèbre par les sculptures du parc de Versailles.
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Pages Historiques

L'église Notre-Dame de Calais

Les clôtures de marbre, qui séparent le chœur des carolles portent plusieurs fois les initiales D L B qui sont celles du curé Jacques De La Bouloye. Les lettres G M 1648, ciselées sur le pilastre intérieur de la balustrade de gauche, indiquent la date d’achèvement et le nom de leur auteur, Gaspard Marsy ; mais, contrairement à ce qu’avance De Rheims, il ne s’agirait pas de l’artiste qui, avec son frère Balthazar, devait se rendre célèbre par les sculptures du parc de Versailles.

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La première pierre de la tribune fut posée le 9 juin 1729. Les orgues furent construites par le facteur Jean Jacques, les sculptures sont dues à Jacques-Joseph Baliguant, les menuiseries furent faites par Jean-Henri Piette, tous trois de St-Omer. En 1731, les sieurs Baliguant et Piette ne s’exécutant pas assez vite, le curé de Calais plaida contre eux et les obligea à remplir leurs engagements ....

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La Seconde Guerre Mondiale à calais

A partir du 25 juillet, les postes de radio jusque là réquisitionnés furent restitués, un peu plus de liberté consentie, la circulation autorisée jusqu'à 23 heures. Le certificat d'études eut quand même lieu et bientôt les écoliers partirent en vacances non sans avoir reçu des conseils précieux : ne pas toucher aux engins de guerre, aux fils téléphoniques ou électriques et ne pas mendier auprès des soldats allemands. Pendant tout ce temps, la Croix-Rouge avait effectué un travail de fourmi. Depuis le 10 juillet elle avait fait 22 000 recherches diverses, transmis 5 000 réponses de prisonniers et 4 000 de repliés ; enfin 11 000 cartes furent acheminées vers les camps. La poste avait repris la distribution du courrier.
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Pages Historiques

La Seconde Guerre Mondiale à calais

A partir du 25 juillet, les postes de radio jusque là réquisitionnés furent restitués, un peu plus de liberté consentie, la circulation autorisée jusqu'à 23 heures. Le certificat d'études eut quand même lieu et bientôt les écoliers partirent en vacances non sans avoir reçu des conseils précieux : ne pas toucher aux engins de guerre, aux fils téléphoniques ou électriques et ne pas mendier auprès des soldats allemands.

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Les énormes pertes en cadres, l'ultime résistance du général Nicholson pris les armes à la main parmi les derniers combattants de la citadelle, illustraient la volonté des défenseurs de Calais de ne pas faiblir.

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Premier percement le 01/12/1990 entre la France et l'Angleterre

Les deux tunneliers se sont arrêtés à 100 mètres l'un de l'autre. Un trou de quatre centimètres a été foré dans la dernière barrière de craie bleue. À ce moment, les ingénieurs ont constaté qu'il y avait une erreur d'alignement de quelques centimètres. Ensuite, le tunnelier anglais a été dévié de sa trajectoire et il s'est rangé parallèlement à la machine française. Les ouvriers ont creusé une galerie de 2 mètres de haut sur un de large. Le tunnelier anglais a été muré dans une masse de béton, son homologue français démonté et ramené en France. Le dernier tronçon a été foré par une machine d'attaque ponctuelle jusqu'à la rencontre définitive.
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Pages Historiques

Chantier du siècle - Tunnel sous la Manche

Les deux tunneliers se sont arrêtés à 100 mètres l'un de l'autre. Un trou de quatre centimètres a été foré dans la dernière barrière de craie bleue. À ce moment, les ingénieurs ont constaté qu'il y avait une erreur d'alignement de quelques centimètres. Ensuite, le tunnelier anglais a été dévié de sa trajectoire et il s'est rangé parallèlement à la machine française.

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Ce qui semble étonnant, c'est qu'aucune de ces machines n'a le même gabarit. En effet, chacun de ces prototypes a été construit par différents fournisseurs qui se sont adaptés à l'envergure des travaux.

Reproduction interdite sans l'autorisation formellement écrite des 'Amis du Vieux Calais'.
BULLETIN HISTORIQUE ET ARTISTIQUE N°187 - par Marie-Laure Dumont-Fourmanoir (Numérisation par Gilles Peltier)

 

  • A LA DECOUVERTE DE DAMPIERRE-LES-DUNES ET DE MORIN-LA-MONTAGNE

Ce fut à la fois une fierté et un défi de répondre positivement à la demande de Monsieur Stéphane Curveiller afin d’intervenir le jour du serpolet du mois de prairial de l’an CCXVII de la République (3) lors de cette journée en l’honneur et « in memoriam » d’Albert Vion.

Lui, qui fut le président fondateur des Amis du Vieux Calais, nous a appris une certaine sagesse et était un « grand-père » intellectuel. Il nous appartenait, ce jour-là, d’esquisser un panorama de la richesse patrimoniale de deux villes qui furent chères à Albert Vion. Bien loin d’imaginer l’exhaustivité, il nous fallait présenter à la fois des aspects « incontournables » du patrimoine, tels certains monuments, mais aussi évoquer sa diversité dans les deux villes. En effet, pendant la période révolutionnaire, la protection du patrimoine se met peu à peu en place. Cependant, elle ne porte que peu d’attention à ce qui fait réellement partie intégrante de la définition actuelle … ainsi les monuments religieux étaient l’objet de peu d’égard et, comme nous le verrons, ils ont été assez souvent vendus à des particuliers ou délaissés.

Nous avons choisi d’aborder la période comprise entre 1789 et 1799, intégrant ainsi une périodisation médiane de la période révolutionnaire allant jusqu’à la fin du Directoire avec la date finale du Coup d’état du 18 Brumaire… Cette césure peut apparaître arbitraire pour ce thème d’histoire culturelle mais … il en fallait une !

Les difficultés de ce sujet tiennent à l’étude comparative de deux cités qui, hormis la passion qu’on leur porte, ont connu peu de vicissitudes communes … Les dernières liées aux deux conflits mondiaux nous ont laissé une ville de Calais délabrée et à reconstruire, en particulier les quartiers historiques de Calais-nord, alors que Saint-Omer n’a été que peu touchée et les quartiers les plus anciens à l’est et à l’ouest comptent parmi les mieux préservés !

Nous proposons donc un aperçu du patrimoine de ces villes à la veille de la Révolution suivi d’une évocation de l’évolution de certains quartiers représentatifs tels l’enclos de l’abbaye Saint-Bertin à Saint-Omer et le quartier du Courgain à Calais. Puis nous présenterons les conséquences des idéaux révolutionnaires et des bouleversements des mentalités sur les espaces urbains et leur mise en valeur.

Calais et Saint-Omer à la veille de la Révolution : entre patrimoine riche et réputé et nécessités de modernisation
Saint-Omer : « la ville aux 100 clochers »

Vue générale de l’abbaye de Saint-Bertin en 1756 (reconstitution par Wallet, 1830, B.M de St Omer). En avant de l’abbatiale on voit l’église paroissiale de Saint-Martin-en-L’Isle

La ville de Saint-Omer présente, à  la fin du XVIIIe siècle, une image plutôt religieuse : siège épiscopal et présence d’une abbaye réputée depuis le Moyen Age, auxquels il faut ajouter de nombreuses paroisses mais surtout des parcelles qui avaient été occupéespar des communautés religieuses ; ainsi les refuges « intra muros »d’abbayes et de couvents ruraux, mais aussi deux établissements scolaires liés aux deux communautés de Jésuites : les Jésuites wallons, à l’emplacement de l’actuelle bibliothèque d’agglomération, et les Jésuitesanglais à l’emplacement d’une aile du lycée Ribot (rue Saint-Bertin). Cette caractéristique est un héritage des origines de la ville et s’est développée en particulier au moment de la Renaissance et de la Réforme catholique, puisque Saint-Omer est alors devenue un bastion du catholicisme. L’arrivée des ordres d’enseignement avait d’ailleurs développé une importante activité d’imprimerie, comme en témoignent certaines pièces des collections des musées de la ville.

Ce patrimoine architectural religieux était visible depuis la campagne comme le prouve cette vue cavalière depuis le Zutbrouck.

Le Zutbrouck (in A. Derville (Sous dir.), Histoire de Saint-Omer, Presses universitaires de Lille, 1985)

Le château comtal

De plus, Saint-Omer présente un autre visage : celui d’une cité fortifiée et cela s’explique par sa position, à la frontière entre l’Artois et la Flandre dès le XIIIe siècle, mais aussi par la suite comme une ville clé qu’il convient de « tenir » : Charles Quint fait venir des ingénieurs militaires afin de créer les premiers bastions au milieu du XVIème siècle et Louis XIV, quand il réussit à reprendre possession de Saint-Omer en 1677, fait venir Sébastien Le Prestre de Vauban afin de perfectionner le système défensif audomarois.

Cependant c’est aussi le visage d’une ville au patrimoine architectural menacé qu’il convient d’évoquer. En effet, de nombreux monuments ont été délaissés : le château construit au nord ouest de la localité entre 1211 et 1214 menace ruine et est détruit en 1796. Un hôtel du bailliage est construit de façon préventive sur la Grand’Place pour que le bailli puisse y siéger. La façade de cet édifice mêle l’austérité de l’élévation verticale, rendue par les pilastres refendus, ainsi que la parfaite symétrie des baies, à une certaine fantaisie donnée par les fenêtres centrales voûtées en plein l’ensemble de guirlandes lourdes et fleuries ainsi que les fenêtres de toit en quinconce. Cette façade est facilement datable au moyen d’un chronogramme : LUDoVICI XVI MUnIfICentIa, inscription dont les lettres majuscules correspondent à des chiffres romains qu’il convient d’additionner afin d’obtenir une année ; ici 1786 comme décomposé ci-dessous :

« LUDoVICI » : 50 + 5 + 500 + 5 + 1 +100 +1 = 662

« XVI » : 10 + 5 + 1 = 16

« MUnIfICentIa » : 1000 + 5 + 1 + 1 + 100 +1 = 1108

Au total : 662 + 16 + 1108 = 1786

L’hôtel du bailliage (©service Ville d’art et d’histoire). Les allégories des quatre vertus cardinales sont représentes au niveau de l’attique : de gauche à droite : la Justice, la Tempérance, la Prudence, et la Force

La halle échevinale In A. Derville (Sous dir.), Histoire de Saint-Omer, Presses universitaires de Lille, 1985

Un autre bâtiment retient l’attention du Magistrat de la ville : l’ancienne halle échevinale qui peu à peu menace ruine elle aussi. C’est ainsi que l’on évoque la nécessité de prévoir de reconstruire un édifice municipal avant même la Révolution … chose qui sera commencée en 1834.

Sur la Grand’Place, un autre monument se trouve dans un état de délabrement plus inquiétant encore : la chapelle Notre-Dame des Miracles, à tel point que la magnifique statue en bois polychrome datant du XIIIe siècle doit être enlevée et placée à l’abri. Elle sera finalement donnée à la paroisse Notre-Dame et installée dans le croisillon sud du transept. La chapelle fut détruite en 1785.Le patrimoine bâti audomarois est ainsi marqué par une grande richesse mais également son corollaire à savoir sa fragilité et les difficultés de son entretien. Nous pourrions étendre ce constat au patrimoine mobilier religieux conservé dans les différentes églises paroissiales, la collégiale ou l’abbatiale. Les vicissitudes de la période révolutionnaire ont d’ailleurs inégalement frappé celui-ci.

La chapelle Notre-Dame des Miracles In A. Derville (Sous dir.), Histoire de Saint-Omer, Presses universitaires de Lille, 1985

Porte Richelieu (Coté est de la Citadelle de Calais) In F. LENNEL, Calais par l’image,  Tome 3, réédition Coll. Terres septentrionales de France, Le Téméraire, La Sentinelle, 1996

Comme Laurent Lenoir (4) l’a montré, la ville de Calais avait fait l’objet de nombreuses étapes de fortification : l’enceinte urbaine et en particulier les remparts, à proximité du château construit à l’époque de Philippe Hurepel devenus Citadelle à la reprise de la ville aux Anglais par les Français, mais aussi les modifications, à l’époque de Louis XIV, des premiers ouvrages fortifiés de la ville : le Fort Risban et le Fort Nieulay. À la veille de la Révolution, les fortifications offrent le visaged’une ville défendue par les installations portuaires … même si ce plan a été réalisé afin d’alerter au sujet des menaces d’ensablement de l’arrière port. La Citadelle offre un exemple de bâtiments militaires variés (tel l’arsenal) mais plusieurs artistes (Garneray en est un exemple) se sont attachés à décrire et représenter les portes de la Citadelle mais aussi de la ville qui, comme dans d’autres cités, demeurent un symbole fort de son image dans sa totalité.

Par rapport à Saint-Omer, la ville de Calais possède un patrimoine architectural religieux plus restreint. Cependant l’église paroissiale la plus importante, l’église Notre-Dame, est spécialement intéressante par son originalité due à l’histoire particulière de la ville à la fin du Moyen Age. Ainsi Calais pouvait et peut encore s’enorgueillir aujourd’hui de posséder une église construite à l’époque du style gothique, mais mêlant des influences anglaises et flamandes. En dehors de cette église le patrimoine religieux est assez limité en raison du faible nombre des communautés religieuses.

Eglise Notre-Dame, dessin par Garneray Gravé par Laporte In F. LENNEL, Calais par l’image,  Tome 3, réédition Coll. Terres septentrionales de France, Le Téméraire, La Sentinelle, 1996

In « Rapport sur le premier voyage aérien du citoyen Garnerin avec la citoyenne Henri », Journal des dames et des modes, 1797-1798

Enfin il convient d’évoquer un autre pan du patrimoine calaisien à la veille de la Révolution, et qui lui aussi a laissé des joyaux dans les documents d’archives … à défaut d’avoir pu être conservé dans le bâti.

La position géographique de la ville en a fait un carrefour, un point de passage quasi-obligé vers l’Angleterre et cette situation explique sans doute une part de l’importance des établissements hôteliers. Nous ne reprendrons pas ici la teneur de la communication faite par Philippe Cassez (5), mais certaines enseignes très réputées au XIXe siècle l’étaient depuis de nombreuses années à l’instar de l’Hôtel Dessin.

Cette situation de carrefour a également attiré de nombreuses personnes tentées par la traversée du Détroit. Pour la période pré-révolutionnaire, nous pouvons citer l’épisode du 7 janvier 1785 où Blanchard et son ami et mécène américain John Jeffries, traversent la Manche, de Douvres à Guînes, en 2 heures 25 minutes, à bord d’un ballon gonflé à l’hydrogène, sans doute semblable à celui qu’utilisait Garnerin, aérostier des fêtes publiques, pendant la pério-de révolutionnaire. Jeffries fut remplacé en 1804 par l’épouse de Jean-Pierre Blanchard. Cette traversée est toujours rappelée sur le lieu même de l’atterrissage par une colonne.

Calais et Saint-Omer de 1789 à 1792 : « rien n’est résolu de façon définitive mais rien ne sera plus comme avant. » (6)
À Saint-Omer : les nantis et leurs problèmes

Comme Bernard Level l’a très bien démontré (7), le quartier de l’enclos Saint-Bertin dans la partie orientale de la ville a connu des profonds bouleversements au cours de la période révolutionnaire. A la fin de l’année 1789, l’abbaye est mise à disposition de la Nation et fait l’objet, un an plus tard, d’une estimation à un peu plus de 478.000 livres par deux experts, dont l’un se révélera être le futur acheteur. À l’été 1791, les moines quittent l’abbaye.

L’enclos de l’abbaye divisé en parcelles à vendre par Charles. An 2 à An 4. Surimpression du plan Wallet et du plan Charles sur le plan cadastral de 1999. (In B. LEVEL, L’Enclos Saint-Bertin, reflet des difficultés d’une ville. 1782-1947, Bulletin de la Société Académique des Antiquaires de la Morinie, pp. 193 à 240, 458ème livraison, Tome XXIV, Saint-Omer, janvier 2001)

Les ruines de l’abbatiale Saint-Bertin. Lithographie de Deroy en 1834 publiée par Hédouin. (In B. LEVEL, L’Enclos Saint-Bertin, reflet des difficultés d’une ville. 1782-1947, Bulletin de la Société Académique des Antiquaires de la Morinie, pp. 193 à 240, 458ème livraison, Tome XXIV, Saint-Omer, janvier 2001)

Il faut attendre la fin de l’année 1792 pour que Pierre Charles acquière l’abbaye (sans l’église abbatiale) pour 321.000 livres, et il semble avoir réussi très rapidement à rentabiliser son achat (par la vente de  matériaux tels le fer et le plomb.) D’autre part, dès le printemps 1793, il revend certaines parties du territoire de l’enclos : les jardins divisés en 16 lots, et par la suite, le reste de l’enclos est vendu. La vente de l’abbatiale elle-même ne s’opère qu’à la fin de l’époque que nous étudions : en 1799, Libersalle achète cette église pour 10.220.000 livres. Cet autre propriétaire procède comme Pierre Charles, en vendant les fers et les plombs, soumettant ainsi l’église aux menaces du vent et de l’eau, telles qu’elles sont évoquées par le général Vallongue en 1804 : « les ruines imposantes de ce vieil édifice auront bientôt disparu et la tour qu’on a voulu conserver pour les signaux (8)  s’écroulera bientôt …(9) » et que l’on peut apercevoir dès le second tiers du XIXe siècle prouvant que, sous la Restauration, cet ancien édifice religieux n’attire pas plus l’intérêt des autorités municipales et nationales à l’exception de Ludovic Vitet (10).

L’exemple de l’érection d’un monument à Calais

Au sein même du quartier le plus ancien et le plus populaire de la ville de Calais, la Société « Les Amis de la Constitution » (11) décide d’ériger un monument afin de commémorer un sauvetage périlleux qui permit de sauver près des deux tiers de l’équipage du navire mais occasionna la mort de deux sauveteurs.

Il s’agit d’un monu-ment dédié aux sauveteurs, pour glorifier les sauveteurs Louis Gavet et François Mareschal, qui périrent le 18 octobre 1791 en se lançant au secours du bateau de pêche « Saint-Pierre », originaire du port de Dieppe, et des trente-quatre marins qui se trouvaient à son bord. Au total, vingt-et-un marins furent sauvés par Jean Mascot, Marc Noël, Louis Walle et Louis Désobier alors que quatre autres sauveteurs tentaient de sauver les autres équipiers, et que seuls deux d’entre eux, Devos et Legros, en réchappèrent.

D’autre part, il avait été érigé afin d’honorer tous les marins du Courgain qui se sont dévoués au sauvetage, souvent au péril de leur vie.

Ce monument était de forme pyramidale … comme ce fut le cas pour de très nombreux monuments y compris des ensembles de personnages que l’on plaçait également de façon à recréer une forme de pyramide et cela jusqu’à la fin du XIXe siècle au moins.  Dans la partie basse, un bas-relief représentait un vaisseau fracassé surmonté de l’inscription :

« Ils ont été ensevelis dans les flots en sauvant les naufragés, le 18 novembre 1791. Devosse et Legros les accompagnèrent avec plus de bonheur. Le même jour XXI matelots prêts d’être submergés durent la vie à quatre autres citoyens de Calais, Mascot, Louis Walle, Louis Désorbier, Marc Noël. Plus heureux en 1784, mais non moins intrépide, Gavet arracha à la mort un marin, seul reste d’un équipage naufragé. »

Dans la partie haute, un médaillon ovale portait l’inscription

« A Gavet et Mareschal, citoyens de Calais, par les Amis de la Constitution. MDCCLXXXXI. »

Au sommet se trouvait une urne funéraire.

Il est important de rappeler que cette construction se trouvait adossée aux remparts qui séparaient le Courgain du port lui-même et que les travaux de démantèlement des fortifications menés en 1895 ont amené la destruction de cet édifice. La même année, le maire, Omer Dewavrin, formule le souhait qu’un nouveau monument en ronde-bosse rappelle le souvenir de Gavet et Mareschal : il sera inauguré en 1899.

Ancien monument des sauveteurs, dessin de Garnerey gravé par Delestre. (In F. LENNEL, Calais par l’image, Tome 3, réédition Coll. Terres septentrionales de France, Le Téméraire, La Sentinelle, 1996)

Dampierre-les-Dunes et Morin-la-Montagne de 1793 à 1799 : créer un esprit nouveau … et délaisser le patrimoine
L’aménagement du temps et des lieux

Général Auguste-Marie-Henri Picot, comte de Dampierre, Maréchal de camp 1792 (1756-1793), Peinture de Raymond Quinsac, Versailles, Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, Inv. MV2356, INV 6799, LP 856 © Direction des Musées de France, 1986 © Réunion des musées nationaux

Un décret de la Convention Nationale ayant ordonné de changer les noms de toutes les localités de France dont l'appellation rappelait la royauté, la féodalité ou le fanatisme, celles de Saint-Omer et Saint-Pierre se virent dans l'obligation de remplacer leur désignation cléricale par une républicaine.

À Saint-Pierre, le décret fut lu au cours de la séance du 3 mai 1793. Parmi les conseillers présents, on remarqua : Lambert Colbran, Pierre Dedein, François Lengaigne, Pierre Noël, Cornil Rembert, etc.

À la suite d'une longue discussion, il fut décidé, que Saint-Pierre serait nommé désormais « Ecailloux ». Le conseil changea ce nom pour celuide Dampierre-les-Dunes le 17 novembre 1793. Cela resta le cas jusqu’en avril 1795.

Ce nom avait été choisi afin de rappeler le souvenir du Général de Dampierre, qui s’était rendu célèbre au cours de la bataille de Jemmapes (6 novembre 1792) et qui mourut lors de celle de Valenciennes (mai 1793)

De même, l’appellation des rues qui entraient dans le cadre du décret fut modifiée. Albert Vion (12) en donne quelques exemples pour Calais :

  • Rue Courtenveau : rue Mirabeau
  • Rue d’Orléans : rue Eustache de Saint-Pierre (13)
  • Rue de Croy : rue de la Révolution
  • Rue des Capucins : rue de Thionville
  • Rue des Minimes : rue de Lille
  • Place Royale : rue de l’Egalité
  • Rue Saint-Denis : rue de l’Unité
  • Rue Saint-Michel : rue de la Fraternité
  • Rue Notre-Dame : rue de la Loi
  • Rue Saint-Nicolas : rue de la Constitution
  • Rue des Pèlerins : rue de la Nation

À Saint-Omer, devenue Morin-la-Montagne en souvenir de l’ancienne province gauloise, il fut fait de même :

  • Rue Sainte-Croix : rue des Sans-culottes
  • Rue Saint-Bertin : rue de la Convention (haut) et rue de l’Egalité (bas)
  • Rue Saint-Denis : rue sans tête
  • Rue Saint-Eloi : rue du marteau
  • Place Saint-Jean : place Franklin
  • Rue du Saint-Sépulcre : rue de la bienfaisance
  • Ruelle Sainte Marguerite (devenue rue Sainte Marguerite) : rue de Clairmarais
  • Rue Sainte Marguerite (devenue rue Faidherbe) : rue de la victoire
  • Rue du Comte de Luxembourg : rue de la Nation
  • Rue des béguines : rue des sabotiers

Certes, ces appellations ont pu très vite être abandonnées (comme celle de la rue Saint-Bertin à Saint-Omer) mais elles concourent à l’ensemble des mesures prises dans une volonté de laïcisation ou, plus exactement, de déchristianisation de la société, des mœurs et des références communes des populations.

Fête républicaine et procédures de civisme

« Bien différentes des vaines cérémonies de la superstition, qui n'offraient qu'un frivole spectacle à la raison outragée par la crédulité, les fêtes républicaines portent en elles un caractère religieux, une philosophie de sentiment, une éloquence morale, qui parlent à tous les cœurs ; chacun peut se rendre compte des idées consolantes qu'elles inspirent à son âme ». François de Châteauneuf.

Cette citation évoque bien le nouvel esprit des années 1790, qui atteint son paroxysme pendant la période de la Terreur, pour peu à peu disparaître jusqu’à la fin du Directoire. Il faut d’ailleurs attendre le Concordat pour que l’Eglise catholique retrouve réellement les faveurs des autorités politiques. Pendant ce temps, différentes manifestations et procédures sont proposées afin d’affirmer les idéaux républicains. Ainsi, comme l’a étudié le Chanoine O. Bled (14), les associations, sociétés ou clubs révolutionnaires ont pris une part importante à ce processus (nous avions montré le rôle des Amis de la Constitution dans l’érection du monument des sauveteurs à Calais) avec l’exemple des procédures afin d’établir des certificats de civisme.

Certificat de civisme établi par la société populaire de Morin-la-Montagne. 1794 (in A. Derville (Sous dir.), Histoire de Saint-Omer, Presses universitaires de Lille, 1985)

Tombeau d’Eustache de Croÿ, évêque, par Jacques Dubreucq, 1534, exposé dans la cathédrale de Saint-Omer, bas-côté sud de la nef. © Service Ville d’art et d’histoire

Tombeau d’Eustache de Croÿ, évêque, par Jacques Dubreucq, 1534, 

exposé dans la cathédrale de Saint-Omer, bas-côté sud de la nef.

© Service Ville d’art et d’histoire

Le 7 mai 1794, Robespierre fait un rapport à la Convention sur les principes de la morale politique. La Convention décrète que « Le peuple français reconnait l’Être suprême et l’immortalité de l’âme. » Partout en province, au cours de l’année 1794 et dans la suite du cortège organisé à la demande de Robespierre par le peintre David, entre les Tuileries et le champ de Mars à Paris, se met en place le culte de l’Être suprême.

À Saint-Omer, il semble que la statue de Dubreucq, représentant la Foi, face au gisant de l’évêque Eustache de Croÿ,  ait alors été enlevée pour servir lors du culte de la Raison de statue de la Sagesse… elle n’a jamais été replacée ni même retrouvée.

 

Fête républicaine et procédures de civisme

Les idéaux révolutionnaires ont donc pour objectif de parvenir à la déchristianisation de la société, et cela peut expliquer que le patrimoine religieux ait été peu à peu délaissé, comme le prouve la situation de l’église Sainte-Aldegonde à proximité de la cathédrale de Saint-Omer.

Celle-ci comptait parmi les plus anciens édifices religieux de la ville (elle a été construite vers 1040) et comportait du mobilier de très grande valeur, qui fut totalement dispersé. Les Grandes Orgues furent rachetées par un facteur d'orgues de Saint-Omer, Jean-François Guilmant, pour la commune de Nielles-les-Ardres, pour la somme de 302 livres en janvier 1792. Le facteur d'orgues s'engageait à le faire remonter, mais seule une partie le fut. Le buffet d'orgues est l'œuvre de l’Audomarois Jean Piette et il date de 1696. Les boiseries et les confessionnaux, sculptés par les Piette, furent transférés en l'église Saint-Sépulcre. La chaire  a été transportée en l'église de Guînes. Quelques tableaux furent déplacés à la cathédrale. Suite à sa destruction, trois rues orientées est-ouest ont été créées : la première au nord qui reprenait approximativement l’emplacement du mur nord de l’église : rue du « Minque » ou Minck (à proximité du marché au poisson) puis le flégard (ou ruelle) Sainte-Aldegonde et enfin, au sud, la rue du Point du jour.

Cet édifice constitue un exemple de bâtiment religieux laissé  à l’abandon mais nous avons montré qu’il en avait été de même avec des bâtiments civils… preuve que les préoccupations étaient devenues autres.

L’église Sainte-Aldegonde d’après le plan relief de 1758.(in A. Derville (Sous dir.), Histoire de Saint-Omer, Presses universitaires de Lille, 1985)

Conclusion

Cette entreprise visant à dresser un panorama du patrimoine de deux villes aussi importantes que Calais et Saint-Omer tenait davantage de l’utopie que d’un projet réaliste. Il était rendu difficile par le prisme déformant des destructions, en particulier au XXe siècle, mais aussi des différentes mises en valeur de ce patrimoine par le biais de rénovations urbaines, de politiques de conservation et de valorisation muséales ou archivistiques. Cependant nous espérons avoir apporté quelques lumières pour une connaissance de Calais et Saint-Omer, élargie à celle du patrimoine, en particulier architectural. Nous ne pouvons qu’inciter les lecteurs de cette communication à poursuivre leur découverte en fréquentant les musées de ces deux villes, où sont exposés des chefs d’œuvre du XVIIIe siècle. Enfin, nous souhaitions partager une trouvaille liée à l’un des thèmes abordés : la traversée du Détroit en ballon par Jeffries qui a fait l’objet d’un court-métrage américain de Joseph Mauceri, d’une durée de 17 minutes, tourné en 2007, intitulé « Through the air to Calais » et visible sur la toile …

 

(1) Nom donné à la commune de Saint-Pierre-les-Calais de novembre 1793 à avril 1795. Cependant, nous évoquerons dans cet article davantage la commune de Calais dans le sens du « Vieux Calais. »

(2) Nom donné à la commune de Saint-Omer, là encore afin de remplacer son appellation à consonance religieuse.

(3) Samedi 30 mai 2009

(4) Laurent LENOIR, À la découverte des anciennes fortifications de Calais Nord Patrimoine 2001 et dans de nombreux articles et communications pour les Amis du Vieux Calais.

(5) « Dormir et manger sous la Restauration » dans le cadre du colloque européen de Calais en novembre 2007 « Se déplacer du Moyen Age à nos jours ».

(6) M. LANCELIN, La Révolution en province. Saint-Omer de 1789 à 1791, L’Indépendant, 1972.

(7) B. LEVEL, L’Enclos Saint-Bertin, reflet des difficultés d’une ville. 1782-1947, Bulletin de la Société Académique des Antiquaires de la Morinie, pp. 193 à 240, 458ème livraison, Tome XXIV, Saint-Omer, janvier 2001.

(8) La tour n’avait pas été comprise dans l’adjudication de 1799.

(9) Cette dernière hypothèse ne se révéla pas tout à fait exact puisque la tour ne s’effondra qu’en 1947 suite à une explosion proximité.

(10) Louis Vitet était Inspecteur général des Monuments historiques et a publié un rapport sur l’état du patrimoine dans le nord de la France en 1831.

(11) Liée au Club des Jacobins.

(12) A. VION, Calais et son district pendant la Révolution, Coll. Monographies des villes et villages de France, Office d’édition et de diffusion du livre d’histoire, 1994

(13) Il est à noter que cette appellation amenait « un saint » mais faisait ici référence uniquement au nom de famille de l’un des Six bourgeois.

(14) Chanoine O. BLED, « Les sociétés populaires à Saint-Omer pendant la Révolution 1789-1795 », Mémoires de la Société des Antiquaires de la Morinie, Société des antiquaires de la Morinie, Saint-Omer, Imprimerie de Chanvin fils, tome 28, 1906-1907, p. 351-517.

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