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Gentille Annette de Boëldieu

La musique que vous entendez, jouée depuis 1821 sur les toits de Calais, est l'air de 'Gentille Annette' de Boëldieu, interprété par Michel Hippolyte.

blason calais rappelARMOIRIES DE LA VILLE DE CALAIS De gueules à l’écusson d'azur chargé d’une fleur de lis d’or soutenue d’un croissant d’argent, l’écusson sommé d’une couronne fermée de France d’or, accosté de deux croix de Lorraine d’argent et accompagné en pointe d’un besant d’argent chargé de la croix de Jérusalem d’or. Le blason de Calais fut accordé par le roi Henri II en 1558. La croix de Jérusalem et le croissant évoquent le passage, dans cette ville, des croisés français et anglais. La fleur de lys et la couronne marquent la satisfaction du roi de France de recouvrer Calais après plus de deux siècles d'occupation anglaise. Les croix de Lorraine font référence au libérateur de la ville, le duc de Lorraine, François de Guise. Elles furent confirmées par lettres patentes de Louis XVIII, le 19 avril 1817. Sur les armoiries, figurent de gauche à droite : la croix de guerre 1914-1918 (25 août 1919), la Légion d'honneur (12 juillet 1947) et la croix de guerre 1939-1945 (08 mai 1949).drapeau calais rappel2LE DRAPEAU DE CALAIS Calais est l'une des seules cinq villes de France à être autorisée à avoir son propre drapeau, sur ordonnance royale, avec Dunkerque, Boulogne sur Mer, Le Havre et Saint Malo. Le drapeau calaisien, constitué d’une croix scandinave blanche sur fond bleu d’azur, est celui qui flotta sur l'ancien beffroi, à la tête des milices bourgeoises et aux mats des vaisseaux corsaires de la Ville. Après une longue période d’absence, en 2017 le drapeau de Calais flotte de nouveau sur les toits de la ville, au sommet de la tour du Guet.

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Balustrade sculptée du chœur, côté extérieur droit.

Les clôtures de marbre, qui séparent le chœur des carolles portent plusieurs fois les initiales D L B qui sont celles du curé Jacques De La Bouloye. Les lettres G M 1648, ciselées sur le pilastre intérieur de la balustrade de gauche, indiquent la date d’achèvement et le nom de leur auteur, Gaspard Marsy ; mais, contrairement à ce qu’avance De Rheims, il ne s’agirait pas de l’artiste qui, avec son frère Balthazar, devait se rendre célèbre par les sculptures du parc de Versailles.
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Pages Historiques

L'église Notre-Dame de Calais

Les clôtures de marbre, qui séparent le chœur des carolles portent plusieurs fois les initiales D L B qui sont celles du curé Jacques De La Bouloye. Les lettres G M 1648, ciselées sur le pilastre intérieur de la balustrade de gauche, indiquent la date d’achèvement et le nom de leur auteur, Gaspard Marsy ; mais, contrairement à ce qu’avance De Rheims, il ne s’agirait pas de l’artiste qui, avec son frère Balthazar, devait se rendre célèbre par les sculptures du parc de Versailles.

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La première pierre de la tribune fut posée le 9 juin 1729. Les orgues furent construites par le facteur Jean Jacques, les sculptures sont dues à Jacques-Joseph Baliguant, les menuiseries furent faites par Jean-Henri Piette, tous trois de St-Omer. En 1731, les sieurs Baliguant et Piette ne s’exécutant pas assez vite, le curé de Calais plaida contre eux et les obligea à remplir leurs engagements ....

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La Seconde Guerre Mondiale à calais

A partir du 25 juillet, les postes de radio jusque là réquisitionnés furent restitués, un peu plus de liberté consentie, la circulation autorisée jusqu'à 23 heures. Le certificat d'études eut quand même lieu et bientôt les écoliers partirent en vacances non sans avoir reçu des conseils précieux : ne pas toucher aux engins de guerre, aux fils téléphoniques ou électriques et ne pas mendier auprès des soldats allemands. Pendant tout ce temps, la Croix-Rouge avait effectué un travail de fourmi. Depuis le 10 juillet elle avait fait 22 000 recherches diverses, transmis 5 000 réponses de prisonniers et 4 000 de repliés ; enfin 11 000 cartes furent acheminées vers les camps. La poste avait repris la distribution du courrier.
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Pages Historiques

La Seconde Guerre Mondiale à calais

A partir du 25 juillet, les postes de radio jusque là réquisitionnés furent restitués, un peu plus de liberté consentie, la circulation autorisée jusqu'à 23 heures. Le certificat d'études eut quand même lieu et bientôt les écoliers partirent en vacances non sans avoir reçu des conseils précieux : ne pas toucher aux engins de guerre, aux fils téléphoniques ou électriques et ne pas mendier auprès des soldats allemands.

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Les énormes pertes en cadres, l'ultime résistance du général Nicholson pris les armes à la main parmi les derniers combattants de la citadelle, illustraient la volonté des défenseurs de Calais de ne pas faiblir.

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Premier percement le 01/12/1990 entre la France et l'Angleterre

Les deux tunneliers se sont arrêtés à 100 mètres l'un de l'autre. Un trou de quatre centimètres a été foré dans la dernière barrière de craie bleue. À ce moment, les ingénieurs ont constaté qu'il y avait une erreur d'alignement de quelques centimètres. Ensuite, le tunnelier anglais a été dévié de sa trajectoire et il s'est rangé parallèlement à la machine française. Les ouvriers ont creusé une galerie de 2 mètres de haut sur un de large. Le tunnelier anglais a été muré dans une masse de béton, son homologue français démonté et ramené en France. Le dernier tronçon a été foré par une machine d'attaque ponctuelle jusqu'à la rencontre définitive.
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Pages Historiques

Chantier du siècle - Tunnel sous la Manche

Les deux tunneliers se sont arrêtés à 100 mètres l'un de l'autre. Un trou de quatre centimètres a été foré dans la dernière barrière de craie bleue. À ce moment, les ingénieurs ont constaté qu'il y avait une erreur d'alignement de quelques centimètres. Ensuite, le tunnelier anglais a été dévié de sa trajectoire et il s'est rangé parallèlement à la machine française.

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Ce qui semble étonnant, c'est qu'aucune de ces machines n'a le même gabarit. En effet, chacun de ces prototypes a été construit par différents fournisseurs qui se sont adaptés à l'envergure des travaux.

Reproduction interdite sans l'autorisation formellement écrite des 'Amis du Vieux Calais'.
BULLETIN HISTORIQUE ET ARTISTIQUE DU CALAISIS N°190 - Texte Jean-Henri GARDY (Numérisation par Gilles Peltier)

 

  • LA FRANC-MACONNERIE A CALAIS, DES ORIGINES A 1940
  • (Reproduction interdite sans l'autorisation des Amis du Vieux Calais)

Lorsqu’on m’a demandé de participer à la journée consacrée à notre Ami à tous, Albert Vion j’ai pensé traiter le sujet de la franc-maçonnerie car il y avait consacré des recherches longues et minutieuses en explorant toutes les pistes : archives publiques et privées, prenant contact avec les loges maçonniques calaisiennes et leurs responsables afin de disposer, selon son habitude, d’une documentation la plus large possible.

Albert Vion s’est intéressé à la franc-maçonnerie à Calais car il en rencontre des membres nombreux parmi les élites calaisiennes au XVIIIe siècle, période durant laquelle on voit apparaître chez nous une vie intellectuelle importante.

Je me contenterai ici de vous entretenir de la franc-maçonnerie à Calais de ses origines à 1940, excluant toute la partie plus contemporaine afin de la réserver, éventuellement, à un autre exposé.

Mes sources sont connues ; il s’agit des archives publiques que tout un chacun peut librement consulter. Ce sont aussi les différents articles qui ont été publiés dans la revue des Amis du Vieux Calais et dans celle qui l’a précédée avant guerre. Les auteurs en sont Georges Tison, Albert Vion enfin Pierre Yves Beaurepaire.

Un ami de toujours Jean-Bernard Maugé m’a particulièrement fait profiter de sa bibliothèque et m’a indiqué des pistes de recherches.

En outre, Madame Duvent m’a autorisé à faire état, pour la période de 1897 à 1940, de l’ouvrage écrit par René, son mari, maintenant décédé. René était un camarade de classe. C’est essentiellement dans son ouvrage et dans les documents de Jean Bernard que j’ai puisé les clichés qui vont illustrer ce bref article. Article trop bref certainement car il correspond à un exposé de 30 minutes, temps durant lequel il est impossible de traiter ainsi un sujet aussi vaste. Le temps trop court dont j’ai disposé à préparer ce sujet ne m’a pas permis de consulter d’autres sources de documentation probablement non exploitées jusqu’ici, en particulier à Boulogne-sur-Mer.

Il n’est pas dans mes intentions de revenir sur des généralités ou d’apporter des renseignements sur la franc-maçonnerie, je ne suis pas mandaté pour cela. Ceux qui le désirent peuvent tout à loisir se rapprocher des loges et même de leurs membres afin d’obtenir toute documentation sur les différentes obédiences, les loges, les buts… il leur sera toujours répondu clairement et avec courtoisie. Même Internet pourra vous apporter une masse de renseignements. Je n’emploierai pas le langage maçonnique, me contentant de m’exprimer en termes profanes.

Bien que l’existence d’une loge nommée Saint-Jean soit signalée à Calais en 1744 nous ne disposons actuellement d’aucun document relatant son importance et ses activités.

Ce n’est que le 17 juillet 1784 que se réunissent quatorze notables calaisiens dans une salle prêtée par l’hôpital militaire, ils décident de la création d’une loge maçonnique. Or, à Calais, se trouve une garnison importante dont de nombreux officiers appartiennent à des loges militaires comme : l’Heureux Hasard du Régiment de Royal Vaisseau et la Parfaite Union du Régiment de Vivarais.

Des officiers d’autres régiments appartiennent également à la franc-maçonnerie. Ils prennent contact avec les membres de la loge locale en gestation afin d’apporter leurs conseils.

Curieusement, la loge dénommée La Philadelphie de Gravelines est chargée par le Grand Orient de procéder à une enquête au sujet de « la société de maçons irrégulièrement formée à l’Orient de Calais et qui a sollicité son union au centre de la maçonnerie française ». Curieusement encore un courrier du G.O. est parvenu à Calais pour reconnaître la validité de la loge calaisienne. Les franc-maçons de Gravelines viennent chez nous, sont accueillis chaleureusement et adressent un rapport très favorable aux instances supérieures. Mais il y a un gros problème : c’est celui du local. Le fait qu’on soit logé dans l’enceinte de l’hôpital militaire ne peut convenir car l’état major de la garnison pourrait intervenir sur les lieux avec, pour conséquence, tous les abus d’autorité et les indiscrétions possibles. Il faut trouver un nouveau temple. Comme les francs-maçons « traînent les pieds », des injonctions de plus en plus pressantes sont faites puis un interdit est prononcé. Les frères calaisiens font alors preuve davantage de bonne volonté. Un nouveau temple s’ouvre rue Neuve (à Calais-Nord, rue Amiral Courbet après l’union des deux villes en 1885).

L’inauguration a lieu le 20 novembre 1784, et l’installation le 23, par la loge militaire Parfaite Union du Régiment du Vivarais. Se retranchant derrière les consignes de l’évêque de Boulogne, le curé de Notre-Dame refuse que cette cérémonie commence par une messe chantée. Les francs-maçons assistent donc à une messe à l’église des Capucins. Suit la cérémonie d’installation, Georges Tison en donne une relation très détaillée.

Les travaux se poursuivent. Cependant, une certaine lassitude apparaît puisque le 5 novembre 1787 on en vient à voter, afin de décider si la loge subsistera. On retrouve le même problème partout en France ; on pense qu’il est en liaison avec le malaise certain qui se manifeste aux approches de ce qui deviendra la Révolution. Il y a des hésitants, on invoque les frais engagés (Souville) mais après des tergiversations, il reste vingt membres ce qui est alors le nombre minimum réglementaire, on poursuit les travaux.

Les événements s’accélèrent et le 11 décembre 1789 la loge ferme ses portes. Le Vénérable observe : « que la Révolution qui vient de s’opérer et les troubles qui règnent par tout le royaume, la licence et les excès où se porte en général le peuple qui juge et agit sans examen et en suivant sa première impulsion mettait l’ordre et particulièrement cette R.L. en danger de voir ses assemblées secrètes et ses travaux personnels mal interprétés et ses membres exposés aux soupçons et aux insinuations les plus fausses, les plus cruelles et les plus injurieuses. En conséquence la loge a unanimement décidé qu’il était prudent de suspendre les travaux et de remettre le local jusqu’à ce que des circonstances plus heureuses et moins dangereuses permettront de les reprendre » Et pour la dernière fois les frères interrogés sur les propositions qu’ils auraient à soumettre pour le bien de la loge gardent le norme silence qu’exigeait la situation fâcheuse et se séparent non sans avoir encore remis leur obole au tronc des pauvres, 33 sous 6 deniers.

Quelques mots maintenant sur la loge La Parfaite Union. Le 13 mai 1785, une demande est faite pour sa constitution auprès du Grand Orient qui accepte après enquête auprès de St Louis des Amis Réunis de Calais et de Philadelphie de Gravelines. La loge locale aînée fait cependant preuve d’une certaine réticence qu’elle cache mal car elle voit s’installer des « concurrents », dont elle doute qu’ils se montrent compétents. Elle argue aussi que le chiffre de la population locale n’est pas suffisamment important pour l’existence de deux loges. Il est même recommandé « d’apporter le plus grand soin dans le choix des sujets qui se proposeraient pour être initiés et rejeter constamment ceux dont l’irrégularité des mœurs ou la vilité de l’état serait un juste motif d’exclusion ».

Le recrutement, si je puis ainsi m’exprimer, s’effectue exclusivement dans les classes aisées de la société avec d’ailleurs une catégorisation qui mène les plus fortunés et les plus notables à la loge St Louis des Amis réunis les autres allant plutôt vers la loge La Parfaite Union. On n’y trouve pas de membres des autres couches sociales, bien que les francs-maçons se défendent de les mépriser ; disons qu’ils font preuve à leur égard de beaucoup de paternalisme.

L’attitude envers les femmes est également distante. Ainsi par deux fois St Louis des Amis réunis repousse la création d’une loge d’adoption (c’est à dire d’une loge féminine) pour finalement céder en acceptant qu’apparaisse « la Bienfaisance ». Il faut dire que le Grand Orient affirme, selon les termes employés, « qu’on à peine à désobliger ce sexe lorsqu’il paraît désirer qu’on satisfasse aux questions que peuvent lui suggérer la présence d’objets qu’il ne doit pas connaître ». On considère les femmes comme trop curieuses et susceptibles d’être indiscrètes.

Quelles sont alors les activités de la franc-maçonnerie à Calais ?

Les travaux consistent en dissertations sur des sujets très divers : les vertus, les grands sentiments, l’histoire, la religion, les sciences. Dissertations qui toujours prennent une forme déclamatoire et virent fréquemment, selon le goût du temps, à des joutes oratoires et même aveccomposition de poèmes. Souvent suit un repas prenant parfois les allures d’un grand banquet.

Toujours les francs-maçons mettent en pratique leurs principes humanitaires. Matériellement d’ailleurs une partie des cotisations va aux pauvres.

On prend par exemple en charge les frais d’apprentissage d’orphelins, on aide des veuves avec enfants… Les FM s’engagent en outre à se venir en aide en cas de besoins matériels. Ils accueillent les Frères de toutes les loges françaises ou étrangères lors de leur passage à Calais. Nos visiteurs étrangers qui viennent le plus fréquemment sont Anglais, mais on rencontre aussi de nombreux Suisses, des Néerlandais et, en plus faibles proportions, d’autres nationalités européennes.

Lors de la réouverture de la loge en 1804, l’attitude des francs- maçons est toujours la même quant aux événements qui viennent de se dérouler et au peuple qui en a été l’acteur. Pigault Maubaillarcq, élu vénérable de la réouverture, rappelle : « Contrairement à ce que beaucoup pensent actuellement, les Maçons étaient, à juste titre, soupçonnés de fidélité à la monarchie défunte et à la religion. Si on se reporte aux règlements de la Loge on peut lire que l’admission d’un néophyte avait lieu après s’être assuré  que le profane est bien de religion catholique et romaine ».

D’autre part, voici quelques lignes qui donnent une vue plus nuancée : « Les craintes des Amis Réunis démontrent que la Loge n’avait ni prévu ni rien fait pour préparer volontairement et directement le mouvement révolutionnaire. Ce serait donc une erreur de prétendre que la Révolution a été élaborée par les Maçons dans les Loges maçonniques.

Que des Francs-Maçons aient joué un rôle important dans la préparation des Cahiers et dans les assemblées, c’est indéniable, mais l’institution elle-même n’y fut pour rien. Pourtant, les adversaires de la Franc-maçonnerie n’eurent qu’un pas à franchir et ils l’ont franchi pour l’accuser d’être l’instigatrice de la Révolution et des crimes commis en son nom par des malfaiteurs qui s’étaient introduits parmi les réformateurs afin d’assouvir leurs rancunes personnelles ».

Les francs-maçons sont fréquemment accusés d’être la cause de tous les aspects défavorables des événements. Pour la période précédent 1940, il en sera souvent ainsi en raison, sans aucun doute, de la discrétion dont ils s’entourent et du recrutement assez catégoriel de leurs membres.

En 1804, on installe une loge militaire : les Enfants de Thémis, du 1er régiment d’Infanterie de Ligne italienne.

En 1805, on constate en outre qu’il existe une autre loge « Les Amis réunis sur les côtes de l’Océan » dont le vénérable est Thévenin.

Des relations nombreuses et suivies existent avec toutes les loges de la région. On notera même des attaches avec des Frères du Camp de Boulogne. Par contre, en raison de la guerre, il n’y a plus de relations avec les francs-maçons anglais, alors qu’elles étaient très fréquentes avant la période révolutionnaire.

Les rapports avec les autorités impériales semblent, pour ce qu’on en connaît actuellement, ne poser aucun problème.

Les événements consécutifs à la chute de l’Empire et aux restaurations ne paraissent pas non plus avoir affecté les activités des loges calaisiennes. On peut être certain que la surveillance policière fut constante mais que les francs-maçons ne devaient pas présenter un danger évident pour ces différents régimes. Ainsi en 1828, Calais comptait également deux loges dénommées respectivement la  Persévérance  et la Bienfaisance . La première qui comprenait parmi ses membres le futur maire. Liévin Delhaye, et les acteurs J.-B. et Théodore Plante, avait Antoine Leleux pour Vénérable. Elle disparut en 1834, pour renaître neuf ans plus tard. En 1845, les deux loges fusionnèrent pour donner la Persévérance et la Bienfaisance.

Je vous ai brièvement signalé, il y a quelques instants, quelles étaient les œuvres humanitaires de la franc-maçonnerie. Il en apparaît d’autres qui conduisent souvent certains de ses membres à s’investir ou à créer des associations.

Ainsi la Société humaine de Calais voit le jour en 1834 c’est l’ancêtre de notre antenne locale de la SNSM. Jacques Leveux (francs-maçons de père en fils) ainsi que Tom Souville, Charles Derheims… en sont membres fondateurs.

En 1835, une nouvelle loge apparaît sous le nom des Arts réunis d’Outre-mer. Albert Vion nous donne une relation intéressante de l’installation qui sera suivie d’un banquet, avec le premier toast dédié au souverain (Louis Philippe).

« Loges dissidentes

 La même année 1835 vint s’installer à Saint-Pierre une loge dite du Rite indépendant de Kent : la « loge loyale et indépendante de l’Espérance de France ». Son règlement fut approuvé le 2 mai en assemblée générale. Un des articles est particulièrement significatif : alors que la Loge « Saint Louis des Amis réunis » comportait en son sein quelques ecclésiastiques, la nouvelle loge refusait l’initiation à tout apprenti, huissier, agent de la police secrète et membre du clergé, ainsi qu’à toute personne n’ayant pas atteint sa 21e année ».

On n’exigeait plus du postulant qu’il fit profession de foi catholique, le Vénérable s’assurait seulement au préalable de la moralité du candidat. »

Il y a là une orientation laïque qui ira s’accélérant au fil des décennies.

La multiplication, et même le foisonnement des loges proprement maçonniques, indique que les différents pouvoirs ne s’opposent en rien à la franc-maçonnerie Les documents nous montrent toutefois qu’une surveillance policière est constante. Comment pourrait-il d’ailleurs en être autrement à partir de 1848 et surtout de 1852 ? N’oublions pas que Napoléon III, avant son arrivée au pouvoir, avait vécu dans le goût du secret puisque Carbonaro. Une fois qu’il la contrôlait, il ne pouvait qu’être favorable à la Franc Maçonnerie qui, au sein de catégories sociales aisées, poursuivait un certain idéal d’évolution sociale teinté d’une grande discrétion dans ses travaux.

Il y a toutefois un grand bémol à cette observation : il concerne les Loges d’Odd Fellows.

L’une apparaît à Calais en 1834 : l’Espérance qui appartient à l’Ordre indépendant de Kent.

Il s’agit d’une copie française de celles qui existent en Angleterre. Elle est à recrutement essentiellement « ouvrier », les tullistes en fournissant le plus grand contingent. Une loge sœur apparaît en 1846 à St Pierre : l’Ordre du Grand Eustache.

En 1844, une nouvelle naît, parrainée par l’Ordre Ancien, Impérial et Uni du Rite de Nottingham ; elle se dénomme Grande loge de St Pierre et envisage d’essaimer en France. Des artisans, des commerçants et des membres d’autres classes moyennes ne tardent pas à intégrer ces organismes.

Toutes ces loges ont des règlements voisins, stricts et très pointilleux sur la moralité. Elles recrutent essentiellement des tullistes c’est à dire la couche socialement et financièrement supérieure des professions des tulles et dentelles.

À chaque loge d’Odd Fellows correspond une société de secours mutuel. Tout membre malade ou victime d’un accident est pris en charge : médecin, produits pharmaceutiques. En cas de décès, l’épouse perçoit une somme variable selon sa situation familiale et financière.

D’autres loges d’Odd Fellows voient encore le jour : l’Union 1845, la Constance 1847, la Persévérance 1851. Leur membres sont de conditions plus modestes et ils doivent parfois effectuer une confession publique, quasiment une autocritique, certains des aveux ne manquent pas d’un croustillant affirmé.

Cette prolifération aboutit à des rivalités nombreuses, des mécontentements particuliers amenant certains à passer d’une organisation à l’autre. Si le Prince Président Louis Napoléon Bonaparte s’était assuré le contrôle du Grand Orient, sa police ne pénétrait pas suffisamment à son goût les loges Odd Fellows (qui de fait étaient assez rares). Leur suppression est décidée en décembre 1851, le sous-préfet de Boulogne étant chargé de l’exécution de la mesure.

À l’aube du Second Empire, les différentes loges d’Odd Fellows ont donc disparu, leurs archives étant saisies. Elles ne réapparaîtront pas mais on retrouvera la plupart de leurs membres dans diverses sociétés mutualistes, en particulier dans les épiceries à achats collectifs, et ce, dès 1854.

Certains se refusent à considérer les loges Odd Fellows comme proprement maçonniques, faisant remarquer qu’elles étaient surtout à caractère d’entraide. Je leur rétorquerai que, à l’instar des loges du Grand Orient (ou autres obédiences), elles comportaient des rites particuliers, des grades, des signes de reconnaissance et bien d’autres caractéristiques qui à mon avis permettent de les classer dans la franc-maçonnerie, même si elles ont été incapables de survivre au Second Empire.

L’Église a décidé de se rallier à la République en 1871 et aimerait bien en contrôler le fonctionnement. Les forces de gauche s’opposent à ces ingérences et peu à peu va naître et s’accroître un antagonisme farouche entre ce qu’il était convenu d’appeler les cléricaux et les laïcs. Le Grand Orient comporte alors, très majoritairement, des personnes de gauche et en 1877 la formule « à la gloire du grand architecte de l’Univers », c’est à dire de Dieu, disparaît de la plupart des rites maçonniques. Chacun jouissant toutefois de la liberté dans ses croyances et leurs pratiques.

Le Frère Paul Van Grutten

Calais et Saint-Pierre n’échappent pas à la règle. Van-Grutten, de gauche et franc-maçon, est élu à Saint-Pierre. À Calais, c’est Mussel qui, poussé à la démission, est remplacé par quelques conseillers qu’on peut situer politiquement sur sa gauche. Les querelles politiques sont féroces entre droite et gauche et même au sein de cette dernière, il n’est que d’évoquer plus tard Delcluze et Salembier.

Quelles sont alors les activités de la franc-maçonnerie à Calais ?

La loge Persévérance et Bienfaisance s’est mise en sommeil en 1854. On ne trouve plus d’anciens pour relancer ses activités et ce sont 19 Frères qui fondent une nouvelle loge « Le Réveil du Calaisis ». Ce sont des gens dans la force de l’âge (27 ans - 56 ans) et dans la période la plus active de leur vie. Ils sont tous anticléricaux. Le local est situé rue de Thonis.

Les œuvres humanitaires et sociales qui ont toujours été une préoccupation majeure ne sont pas oubliées :

  • livrets de caisse d’Epargne aux élèves méritants

  • cours du soir gratuits aux écoliers

  • secours aux ouvriers grévistes

  • création d’une bibliothèque populaire

  • etc.

Malheureusement des rivalités, telles que celle entre Delcluze et Salembier, trouvent écho au sein de la loge d’autant plus que le nombre des adhérents va toujours croissant et que les journaux locaux montrent beaucoup d’agressivité dans toutes les querelles politiques.

Le 13 juin 1897, la loge Indépendance et Progrès voit le jour à la suite de ces querelles. Sa devise sera : Travail-Instruction-Progrès.

Au fil des années, les rivalités iront s’apaisant entre les deux loges. Elles œuvreront toujours avec des buts humanitaires semblables, d’autant plus stimulées, qu’elles sont concurrencées par des organismes catholiques aux objectifs analogues.

Le 25 janvier 1903, les deux loges calaisiennes se retrouvent au moins par la communauté des locaux, au 155 Quai du Commerce.

Ce n’est qu’en 1912 que la réconciliation sera complète. En 1914, les effectifs se montent à 107 membres. Les membres des classes les plus aisées de la société calaisienne ne se trouvent plus dans la franc-maçonnerie, ils ont pris le parti des cléricaux. Il y a donc une scission de la société locale avec des rivalités, voire des haines, qui sont ancrées profondément.

Reconnaissance officielle par le Ministère de l’Intérieur de la création de la loge « Indépendance et Progrès »

2 août 1914, c’est la guerre

Le Frère Charles Morieux

Le 6 août 1914, la municipalité calaisienne proclame ce que nous appellerons selon l’usage l’Union Sacrée autour du maire, lui aussi maçon, Charles Morieux. On peut affirmer qu’à Calais cette union n’est pas un vain mot. Tous : cléricaux, francs-maçons, socialistes, radicaux…, bien que rivaux hier vont collaborer à l’œuvre commune : gagner la guerre et améliorer les conditions d’existence de la population.

La vie maçonnique, si elle se trouve ralentie, se poursuit quand même avec les frères les plus âgés qui eux ne sont pas mobilisés.

Un accueil fraternel est toujours apporté aux frères de passage ou à ceux qui sont en garnison à Calais.

D’ailleurs les Belges, dont le territoire est presque entièrement envahi, créeront chez nous une loge qu’ils nomment symboliquement Patrie 2.

L’armistice amène la fin des hostilités mais aussi le retour des rivalités internes au sein de notre France. Toutes les querelles entre cléricaux et laïcs réapparaissent avec leurs échos à Calais. Après 1918, la loge arrive dans un nouveau local, 11 bis rue Thiers (maintenant rue de la Commune de Paris).

Une loge Outre-Manche n°14 existe aussi chez nous, affiliée à la Grande Loge de France, proche de la Grande loge unie d’Angleterre. On y compte des ressortissants britanniques mais aussi des Calaisiens, tels Léon Vincent.

Sur le plan national, en 1925, la lutte reprend de plus belle entre cléricaux et anti-cléricaux. Les francs-maçons sont partout montrés du doigt et diabolisés. Les instituteurs laïcs, toujours de gauche, sont particulièrement visés. Les cléricaux n’hésitent pas à conseiller aux pères de familles de les surveiller sur tous les plans : qualité de l’enseignement, moralité, vie privée…

Ces luttes électorales nationales ont un écho à Calais, avec parfois des affrontements fratricides avant les élections, bien moins après.

En 1925, Léon Vincent est élu maire. Parmi ses co-listiers on trouve deux autres francs-maçons futurs maires de Calais : Jules Lefebvre et Lucien Vadez.

Le 28 mars 1930, une manifestation est organisée à Calais par les syndicats patronaux et ouvriers de la dentelle car notre industrie locale est victime d’une grande crise, consécutive au relèvement de droits de douanes américaines sur notre production. Les francs-maçons calaisiens y participent en tant que tels, ce qui est peu courant.

Indépendance et Progrès poursuit ses travaux connaissant succès et difficultés, mais avec toujours comme objectif ses préoccupations humanitaires, et la participation de ses membres au fonctionnement de la plupart des sociétés et groupements locaux de tous ordres.

Le Frère Léon Vincent

Mai 1940, les Allemands nous envahissent

Le 13 août paraît, à l’initiative de Vichy, la loi sur les associations secrètes ou dites telles. Sont interdits, je cite :

« Toute association, tout groupement de fait qui refuse ou néglige de faire connaître à l’autorité publique, après en avoir été requis, ses statuts et règlements, son organisation intérieure, sa hiérarchie, la liste de ses membres avec l’indication des charges qu’ils occupent, l’objet de ses réunions ou qui fournit intentionnellement sur ces sujets des renseignements faux ou incomplets ».

Par ce décret du 19 août, toutes les obédiences maçonniques sont dissoutes :

« Grand Orient de France, Grande Loge de France, Grande Loge Nationale Régulière et Indépendante et Fédération Française du Droit Humain. Dès lors, la franc-maçonnerie est interdite et certains de ses membres livrés à la vindicte publique. La haine de la franc-maçonnerie, dans certains milieux, aura libre cours, encouragée par les plus hautes instances de l’Etat. Le nom, ainsi que la profession et l’adresse personnelle, des francs-maçons des hauts grades ou ayant exercé une fonction dans leur loge, seront publiés au Journal Officiel. »

La presse collaborationniste en reproduisit la liste, avec parfois des oublis mais aussi des erreurs.

Les Allemands réquisitionnent le local de la rue Thiers (actuelle Commune de Paris), ils en brûlent le mobilier et les archives, puis le transforment en entrepôt de marchandises.

Certains frères maçons quittent la région, pensant trouver le calme en zone dite libre, mais la vindicte pétainiste et nazie les poursuivra.

Le Frère André Gerschel

Très nombreux seront ceux qui entreront dans la Résistance. Certains tomberont comme Paul Caron, Alexandre Lambert, André Gerschell (de plus lui était juif) et tant d’autres. Toute activité maçonnique visible disparaîtra localement jusqu’à la Libération.

Ce sera alors « La longue nuit des F.M. du Nord », pour reprendre le titre que notre ami Patrick Oddone a ainsi donné à son ouvrage, paru aux Editions des Beffrois.

Ce discours, remanié et amplifié dans ses développements, est envoyé en 1784 à l’académie de Metz. Lacretelle remporte le concours mais le mémoire de Robespierre obtient une médaille et 400 livres en espèces. Il subit cependant un échec en 1785 avec son « Éloge de Gresset » envoyé à l’académie d’Amiens. Ses confrères l’élisent toute-fois chancelier puis, en 1786, directeur. À ce titre il préside les séances, accueille les nouveaux membres, juge les mémoires envoyés pour les concours de l’académie d’Arras. Le 17 avril 1786, il prononce son fameux discours de sept quarts d’heure sur « Les droits et l’état des bâtards ». Il rencontre alors le capitaine du Génie Lazare Carnot, rendu célèbre en 1784 par son « Éloge de Vauban » récompensé d’une médaille d’or par l’académie de Dijon. Sa présence se fait plus rare en 1787 mais sa situation matérielle s’est améliorée et il loue, rue des Rapporteurs (9) ,une belle maison bourgeoise, qu’il va occuper, avec sa sœur Charlotte, jusqu’en 1789.

Sous le signe de la Rose (10)

En cette fin du « siècle des Lumières », les beaux esprits se réunissent à l’académie d’Arras mais aussi aux « Rosati » (anagramme d’Artois). Cette société, inspirée par le poète grec Anacréon, a été fondée le 12 juin 1778 à Blangy, sur les bords de la Scarpe, par un groupe de « jeunes gens réunis par l’amitié, par le goût des vers, des roses et du vin… ». Les deux fondateurs, les avocats Le Gay et Lenglet, sont bientôt rejoints par d’autres talents tels que Carnot, Champmorin major du Génie, Dubois de Fosseux dynamique secrétaire de l’aca-démie d’Arras depuis 1785, Foacier de Ruzé, avocat général et enfin Robespierre. Sous un berceau de troènes  orné des bustes des poètes La Fontaine, Chapelle et Chaulieu, ils célèbrent chaque année en juin la fête des Roses (fig. 6).

(fig. 6)

Le cérémonial de sa réception à Blangy le 21 juin 1786 se déroule selon un rite symbolique. Le Gay complimente Robespierre dans le style fleuri de l’époque, l’abbé Herbet lui remet le diplôme illustré par le peintre Bergaigne qui, avec l’avocat Charamond, lui offre la rose et la coupe de vin rosé ; le final est chanté par Carnot, le bourguignon, qui fait l’éloge de Bacchus.

Dernière embellie avant les années agitées qui vont suivre, l’austère et sobre Robespierre compose et récite de charmants et insignifiants poèmes dédiés à la Rose ou à « la jeune et belle Ophélie » (11) :

« Crois-moi, jeune et belle Ophélie

Quoiqu’en dise le monde et malgré ton miroir,

Contente d’être belle et de ne rien savoir,

Garde toujours ta modestie.

Sur le pouvoir de tes appas

Demeure toujours alarmée.

Tu n’en seras que mieux aimée

Si tu crains de ne l’être pas. »

 

L’émergence de l’homme politique
À la nation artésienne…(fig.7)

(fig. 7)

Le 24 janvier 1789, Louis XVI annonce la prochaine réunion des États Généraux à Versailles. Robespierre a senti l’importance historique des futures élections et il s’engage dans une ardente campagne électorale qui révèle ses idées de réformes profondes mais aussi son habileté de manœuvrier politique. Sous le couvert à peine voilé de l’anonymat, il publie en février 1789 un factum de 50 pages :

« À la Nation artésienne, sur la nécessité de réformer les États d’Artois et sur les moyens de parvenir à ce but (12)

Il critique avec véhémence leur non-représentativité de la province d’Artois, leur injuste répartition de la fiscalité au profit des privilégiés, l’ambition et la corruption de certains députés de ces États, la confiscation  du pouvoir par la commission exécutive des trois députés ordinaires élus pour trois ans…Il esquisse aussi le portrait du représentant idéal animé par la vertu et le seul souci de l’utilité publique. Sa vision dépasse largement les abus provinciaux qu’il révèle et entrevoit déjà les bouleversements générateurs de la Nation française.

Dénonciation de ses ennemis

Pour mener à bien de tels changements, il fallait des hommes nouveaux pour se substituer aux traditionnels membres des États d’Artois prétendant représenter les intérêts de la province aux États généraux de Versailles. Ses ennemis politiques, qu’il côtoyait souvent au Conseil d’Artois ou à l’académie d’Arras, constituaient un obstacle à ses projets politiques et électoraux. L’évêque d’Arras, Louis de Conzié, qui avait jadis soutenu l’attribution de sa bourse pour le collège Louis-le-Grand et l’avait nommé juge à la salle épiscopale, incarne désormais pour Robespierre l’évêque de Cour, intermédiaire privilégié entre Versailles et Arras . Comprenant qu’il ne pourrait pas maintenir le système traditionnel de représentation, Monseigneur de Conzié décline la députation. La noblesse « entrante », justifiant d’une seigneurie de clocher et d’au moins six quartiers de noblesse, pouvait seule siéger aux États d’Artois : 64 familles étaient ainsi présentes à l’assemblée provinciale de 1788. Ces nobles, en grande majorité conservateurs, ne pouvaient que craindre la montée des jeunes talents de la bourgeoisie, dont Robespierre constituait l’exemple type. Dominant les États d’Artois, le Conseil d’Artois, l’échevinage d’Arras, la noblesse entrante constituait pour les ambitions  et les idées de Robespierre, un ennemi naturel. Le duc de Guînes, gouverneur général de l’Artois et Grand bailli chargé par le roi des élections pour les États généraux de Versailles, refuse cependant d’être le premier élu de son ordre. Briois de Beaumetz, Premier président du Conseil d’Artois, accepte cet honneur mais ses relations avec Robespierre, déjà tendues depuis l’épisode de 1788, se dégraderont encore plus au sein de la Constituante à Paris. Les hommes les plus en vue des États d’Artois et de l’échevinage d’Arras se méfiaient désormais de l’avocat des Lumières sapant les fondements de leurs privilèges d’Ancien Régime.

Les ennemis les plus dangereux pour sa candidature à la députation du Tiers État d’Artois se trouvent être presque tous des confrères ayant exercé de hautes responsabilités dans l’administration des États. Dans son libelle « À la Nation artésienne », il dénigre ouvertement le rôle de l’avocat Louis Desmazières, accusé d’incompétence et de corruption. On pourrait y ajouter les rivalités avec d’autres personnages de talent tels que Liborel, Lefebvre du Prey…

 

Habile campagne électorale de Robespierre

Louis XVI avait décidé le 7 mars 1789 que le système électoral serait identique dans tout le royaume. La noblesse et le clergé élisent leurs représentants avec leurs modalités propres ; le Tiers  État d’Artois choisit les siens par une cascade d’élections à quatre niveaux. Robespierre se révèle un remarquable tacticien politique et mène du 20 mars au 26 avril une campagne électorale qui déconcerte et écarte progressivement ses principaux concurrents (13)..Les hostilités s’engagent le 23 mars dans une réunion préparatoire réunissant les Arrageois non corporés dans l’église de l’Oratoire (14). Le mayeur d’Arras, le baron d’Aix de Rémy, accompagné de douze échevins, se heurte à une partie militante de l’assemblée. L’offensive, à l’évidence bien préparée, écarte l’échevinage, fait échec à Maître Desmazières et aboutit à l’élection de Robespierre et de ses amis avocats Brassart, Buissart, Delegorgue… Franchissant avec succès les étapes suivantes, Robespierre consolide ses assises électorales en vue de l’élection finale des huit députés du Tiers État artésien prévue entre le 20 et 30 avril.

Il mobilise le clan familial : son frère Augustin devenu avocat, sa sœur Charlotte appréciée dans le milieu bien pensant arrageois, l’oncle Du Rut médecin des Oratoriens, les nombreux cousins de Carvin chargés d’éclairer les électeurs des campagnes. Robespierre, par conviction et par tactique, veut aussi gagner le « petit peuple » de la ville (boutiquiers et artisans). Il accepte de rédiger le cahier de doléances des cordonniers mineurs (fig. 8) dont les archives communales ont conservé l’original (15).

(fig. 8)

(fig. 9)

Le 20 avril 1789, les 248 représentants du clergé, les 220 de la noblesse et les 488 du Tiers État se réunissent dans la cathédrale Notre-Dame-en-Cité pour écouter le discours d’ouverture du duc de Guînes et de l’évêque d’Arras puis ils se séparent pour rédiger par corps leurs cahiers provinciaux de doléances et élire leurs députés. L’assemblée du Tiers choisit quatre fermiers et quatre Arrageois : deux avocats Brassart et Robespierre, le garde des sceaux du Conseil d’Artois, sorti de charge, Vaillant, un négociant, Boucher. Robespierre a été élu le 26 avril en cinquième position sur les huit représentants du Tiers État d’Artois

(fig. 9). 

Il venait de remporter à 31 ans sa première grande bataille politique,  il dédie ce succès à son illustre modèle Jean-Jacques Rousseau (16) :

« Appelé à jouer un rôle au milieu des plus grands événements qui aient jamais agité le monde, assistant à l’agonie du despotisme et au réveil de la véritable souveraineté, près de voir éclater des orages amoncelés de toutes parts et dont nulle intelligence humaine ne peut deviner tous les résultats… Ton exemple est là devant mes yeux. Je veux suivre ta trace vénérée… »

Robespierre va accomplir désormais son destin pendant cinq ans à Paris. L’Incorruptible a voulu faire appliquer  « les saintes maximes de l’égalité et de la morale publique». Entraîné dans le système de la Terreur, il tente de le justifier à la Convention le 5 février 1794 : « Le gouvernement de la Révolution est le despotisme de la liberté contre la tyrannie ».

La mémoire de Robespierre continue d’agiter polémiques et controverses. La réhabilitation totale, souhaitée par ses admirateurs, pose toujours un problème à la mémoire collective, comme l’a montré en France la célébration du Bicentenaire de la Révolution en 1989 et le silence national sur le 250e anniversaire de sa naissance. Toutefois Arras, sa ville natale, qui longtemps l’a voué à l’opprobre, l’a progressivement réintégré dans son patrimoine. Si la mémoire de l’Incorruptible s’en trouve pacifiée, nous ne saurions affirmer qu’elle fait l’unanimité dans tous les milieux arrageois.

Notes

(1) J.-P. JESSENNE, G.DEREGNAUCOURT., J.-P.HIRSCH, HERVÉ LEUWERS. Actes du colloque Robespierre. De la Nation artésienne à la République et aux Nations, Lille, 1994, P.443-454.

(2) A.NOLIBOS, « La mémoire de Robespierre à Arras : des controverses à la reconnaissance patrimoniale », Histoire et archéologie du Pas-de-Calais, t. XXVI, 2008, p. 71-94.

(3) A.NOLIBOS, Robespierre à Arras, Histoire et Mémoire.

(4) Mémoires de Charlotte Robespierre, édition critique de Hector FLEISCHAMM, Paris, 1909, 374p.

(5) L’abbé Lièvin-Bonaventure PROYART fit paraître en 1795 à Augsbourg, sous le pseudonyme de LE BLOND de NEUVÉGLISE, un ouvrage polémique : La vie et les crimes de Robespierre surnommé le Tyran, depuis sa naissance jusqu’à sa mort.

(6) Oeuvres complètes de Robespierre, Les œuvres judiciaires publiées par É. LESUEUR, t 2, Paris, 1914, 409p.

(7) Voltaire, dans la décennie des années 1760, fit réhabiliter Calas, Sirven, le chevalier de La Barre… et dénonça les vices de la justice.

(8) D’abord société littéraire en 1737, elle devient académie royale en 1773.

(9) Cette rue porte le nom de Maximilien Robespierre depuis 1933.

(10) Nous empruntons ce titre à Jean OTT, Sous le signe de la Rose, Paris, 1933.

(11) Madrigal de Robespierre en 1787 (extr. Œuvres de Maximilien Robespierre, Les œuvres littéraires, t.1, Paris, 1912, p. 223).

(12) M.-L. LEGAY, Robespierre et le pouvoir provincial, Mémoires de la Commission départementale d’Histoire et d’Archéologie du Pas-de-Calais, t. XXXV, Arras, 2002. Édition critique de l’adresse À la Nation artésienne…

(13) [M.ROBESPIERRE], Les ennemis de la patrie, démasqués par le récit de ce qui s’est passé dans les Assemblées du Tiers État de la ville d’Arras [mars 1789], Arras, 58p.

(14)Cette église était l’ancienne chapelle du collège des jésuites construite au début du XVIIe siècle. Elle sera détruite au début de la Révolution et remplacée vers 1840 par un hôtel particulier ouvrant sur l’actuelle place de la Croix Rouge.

(15) Arch. comm. d’Arras, AA 118 n°207. Le texte a été publié et commenté dans A.-J. Paris, La jeunesse de Robespierre et la convocation des États Généraux en Artois, Arras, 1870, p. 280, h.t.

(16) G. WALTER, Maximilien de Robespierre, Gallimard, 1989, p.76.

 

Tables des figures

Fig.1 Acte de baptême  de Maximilien Robespierre d’après l’original conservé aux archives communales d’Arras, GG.87.

Fig. 2 Plan de l’ancien collège des jésuites d’Arras dressé en 1764 par Beffara (Arch. comm. d’Arras, plan n° 836, cliché P.Brunet).

Fig. 3 Robespierre jeune avocat, Dessin de Emy, gravure de Monnin coloriée ( Arch. dép. du Pas-de-Calais, 4J 472/155).

Fig. 4 Mémoire de Robespierre pour François Deteuf…1784 (Arch. dép. du Pas-de-Calais, Barbier C 1695).

Fig. 5 Portrait de Maximilien Robespierre par Louis-Léopold Boilly, n.d,  (Musée des  Beaux-Arts de Lille, cliché RMN, G. Oféda).

Fig. 6 Le berceau des roses, dans Arthur Dhinaux, La société des Rosati d’Arras, 1778-1788, Valenciennes, 1850 (Arch. comm. d’Arras, D355, cliché P. Brunet).

Fig. 7 À la Nation artésienne, première éd. [entre le 13 janvier et le 19 février 1789], (Arch. dép. du Pas-de-Calais, Barbier 8009 ).

Fig. 8 Caricature du savetier Lantillette (Arch. dép. du Pas-de-Calais, 4J 487/26).

Fig. 9 Maximilien Robespierre, député du Tiers État d’Artois en 1789. Copie par Pierre Vigneron en 1860 du tableau de Pierre Danloux peint en 1789 (Musée du château de Versailles).

 

Bibliographie

Dans les Oeuvres de Maximilien Robespierre (10 vol. 1912-1966) nous avons utilisé :

  • Édit. É. DEPREZ et  É. LESUEUR, Les oeuvres littéraires, t.1, Paris, 1912.

  • Édit.  É. LESUEUR,  Les œuvres judiciaires, t.2, Paris , 1914.

  • Le tome XI, Compléments (1784-1794), présenté et annoté par F. GAUTHIER, a été édité en 2007 à Paris pour le centenaire de la Société des études robespierristes. 

 

H. FLEISCHMANN, édit. des Mémoires de Charlotte Robespierre, Paris, n.d.

M.GALLO, Robespierre histoire d’une solitude, Paris, 1968.

E.HAMEL, Histoire de Robespierre, Paris, 1865-1867, 3 vol.

N.HAMPSON, Robespierre, Paris, 1982.

L. JACOB, Robespierre par ses contemporains, Paris, 1938.

J.-P. JESSENNE, G.DEREGNAUCOURT, J.-P.HIRSCH, HERVÉ LEUWERS, Actes du colloque Robespierre. De la Nation artésienne à la République et aux Nations, Lille, 1994 .

E. LECESNE, Arras sous la Révolution, t. 1, Arras, 1882.

A. MATHIEZ, Autour de Robespierre, Paris, 1925.

A.-J.PARIS, La jeunesse de Robespierre et la convocation des États généraux en Artois, Arras, 1870. Ouvrage qui demeure fondamental pour la période prérévolutionnaire de Robespierre à Arras.

J.-M. PROYART, La vie de Maximilien Robespierre, Arras, 1850.

F.SIEBURG, Robespierre, Paris, n.d.

G. WALTER, Maximilien  de Robespierre, Gallimard, 1961, rééd.1989. Ouvrage très bien documenté sur la vie, l’œuvre et la mémoire de Robespierre.

 

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