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Gentille Annette de Boëldieu

La musique que vous entendez, jouée depuis 1821 sur les toits de Calais, est l'air de 'Gentille Annette' de Boëldieu, interprété par Michel Hippolyte.

blason calais rappelARMOIRIES DE LA VILLE DE CALAIS De gueules à l’écusson d'azur chargé d’une fleur de lis d’or soutenue d’un croissant d’argent, l’écusson sommé d’une couronne fermée de France d’or, accosté de deux croix de Lorraine d’argent et accompagné en pointe d’un besant d’argent chargé de la croix de Jérusalem d’or. Le blason de Calais fut accordé par le roi Henri II en 1558. La croix de Jérusalem et le croissant évoquent le passage, dans cette ville, des croisés français et anglais. La fleur de lys et la couronne marquent la satisfaction du roi de France de recouvrer Calais après plus de deux siècles d'occupation anglaise. Les croix de Lorraine font référence au libérateur de la ville, le duc de Lorraine, François de Guise. Elles furent confirmées par lettres patentes de Louis XVIII, le 19 avril 1817. Sur les armoiries, figurent de gauche à droite : la croix de guerre 1914-1918 (25 août 1919), la Légion d'honneur (12 juillet 1947) et la croix de guerre 1939-1945 (08 mai 1949).drapeau calais rappel2LE DRAPEAU DE CALAIS Calais est l'une des seules cinq villes de France à être autorisée à avoir son propre drapeau, sur ordonnance royale, avec Dunkerque, Boulogne sur Mer, Le Havre et Saint Malo. Le drapeau calaisien, constitué d’une croix scandinave blanche sur fond bleu d’azur, est celui qui flotta sur l'ancien beffroi, à la tête des milices bourgeoises et aux mats des vaisseaux corsaires de la Ville. Après une longue période d’absence, en 2017 le drapeau de Calais flotte de nouveau sur les toits de la ville, au sommet de la tour du Guet.

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Balustrade sculptée du chœur, côté extérieur droit.

Les clôtures de marbre, qui séparent le chœur des carolles portent plusieurs fois les initiales D L B qui sont celles du curé Jacques De La Bouloye. Les lettres G M 1648, ciselées sur le pilastre intérieur de la balustrade de gauche, indiquent la date d’achèvement et le nom de leur auteur, Gaspard Marsy ; mais, contrairement à ce qu’avance De Rheims, il ne s’agirait pas de l’artiste qui, avec son frère Balthazar, devait se rendre célèbre par les sculptures du parc de Versailles.
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Pages Historiques

L'église Notre-Dame de Calais

Les clôtures de marbre, qui séparent le chœur des carolles portent plusieurs fois les initiales D L B qui sont celles du curé Jacques De La Bouloye. Les lettres G M 1648, ciselées sur le pilastre intérieur de la balustrade de gauche, indiquent la date d’achèvement et le nom de leur auteur, Gaspard Marsy ; mais, contrairement à ce qu’avance De Rheims, il ne s’agirait pas de l’artiste qui, avec son frère Balthazar, devait se rendre célèbre par les sculptures du parc de Versailles.

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La première pierre de la tribune fut posée le 9 juin 1729. Les orgues furent construites par le facteur Jean Jacques, les sculptures sont dues à Jacques-Joseph Baliguant, les menuiseries furent faites par Jean-Henri Piette, tous trois de St-Omer. En 1731, les sieurs Baliguant et Piette ne s’exécutant pas assez vite, le curé de Calais plaida contre eux et les obligea à remplir leurs engagements ....

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La Seconde Guerre Mondiale à calais

A partir du 25 juillet, les postes de radio jusque là réquisitionnés furent restitués, un peu plus de liberté consentie, la circulation autorisée jusqu'à 23 heures. Le certificat d'études eut quand même lieu et bientôt les écoliers partirent en vacances non sans avoir reçu des conseils précieux : ne pas toucher aux engins de guerre, aux fils téléphoniques ou électriques et ne pas mendier auprès des soldats allemands. Pendant tout ce temps, la Croix-Rouge avait effectué un travail de fourmi. Depuis le 10 juillet elle avait fait 22 000 recherches diverses, transmis 5 000 réponses de prisonniers et 4 000 de repliés ; enfin 11 000 cartes furent acheminées vers les camps. La poste avait repris la distribution du courrier.
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Pages Historiques

La Seconde Guerre Mondiale à calais

A partir du 25 juillet, les postes de radio jusque là réquisitionnés furent restitués, un peu plus de liberté consentie, la circulation autorisée jusqu'à 23 heures. Le certificat d'études eut quand même lieu et bientôt les écoliers partirent en vacances non sans avoir reçu des conseils précieux : ne pas toucher aux engins de guerre, aux fils téléphoniques ou électriques et ne pas mendier auprès des soldats allemands.

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Les énormes pertes en cadres, l'ultime résistance du général Nicholson pris les armes à la main parmi les derniers combattants de la citadelle, illustraient la volonté des défenseurs de Calais de ne pas faiblir.

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Premier percement le 01/12/1990 entre la France et l'Angleterre

Les deux tunneliers se sont arrêtés à 100 mètres l'un de l'autre. Un trou de quatre centimètres a été foré dans la dernière barrière de craie bleue. À ce moment, les ingénieurs ont constaté qu'il y avait une erreur d'alignement de quelques centimètres. Ensuite, le tunnelier anglais a été dévié de sa trajectoire et il s'est rangé parallèlement à la machine française. Les ouvriers ont creusé une galerie de 2 mètres de haut sur un de large. Le tunnelier anglais a été muré dans une masse de béton, son homologue français démonté et ramené en France. Le dernier tronçon a été foré par une machine d'attaque ponctuelle jusqu'à la rencontre définitive.
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Chantier du siècle - Tunnel sous la Manche

Les deux tunneliers se sont arrêtés à 100 mètres l'un de l'autre. Un trou de quatre centimètres a été foré dans la dernière barrière de craie bleue. À ce moment, les ingénieurs ont constaté qu'il y avait une erreur d'alignement de quelques centimètres. Ensuite, le tunnelier anglais a été dévié de sa trajectoire et il s'est rangé parallèlement à la machine française.

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Ce qui semble étonnant, c'est qu'aucune de ces machines n'a le même gabarit. En effet, chacun de ces prototypes a été construit par différents fournisseurs qui se sont adaptés à l'envergure des travaux.

Reproduction interdite sans l'autorisation formellement écrite des 'Amis du Vieux Calais'.
BULLETIN HISTORIQUE ET ARTISTIQUE DU CALAISIS N°190 - Texte Alain NOLIBOS (Numérisation par Gilles Peltier)

 

  • LA JEUNESSE DE ROBESPIERRE A ARRAS : DES LUMIERES A LA REVOLUTION (1758 - 1789)
  • (Reproduction interdite sans l'autorisation des Amis du Vieux Calais)

En 1989 le Bicentenaire de la Révolution française, solennellement célébré par des milliers de manifestations commémoratives et festives, s’est montré beaucoup plus discret, voire embarrassé, sur les années 1793-1794. Maurice Agulhon a d’ailleurs bien montré, dans un colloque arrageois consacré à Robespierre(1), que ce personnage historique de première importance continue de poser problème dans la mémoire collective.

Je ne reprendrai pas les grands débats historiographiques traités dans un autre article (2) et dans mon intervention à Calais en 2009 (3). Nous suivrons Maximilien Robespierre dans son itinéraire essentiellement arrageois : ses jeunes années solitaires et studieuses, son parcours professionnel d’avocat, ses relations culturelles et mondaines avec les sociétés savantes plus ou moins inspirées par les Lumières, ses débuts politiques et son élection à la députation du Tiers État d’Artois pour les États Généraux de Versailles.

Ce choix, volontairement patrimonial, illustré dans l’exposition présentée en 2008 à l’hôtel de ville à Arras pour le 250e anniversaire de la naissance de Robespierre, cherche à éclairer et à comprendre les facteurs personnels, socioculturels et politiques qui ont généré l’homme le plus connu, sinon le plus apprécié, de la Révolution française.

Une formation classique au service de l’avocat des Lumières
L’orphelin méritant

(fig. 1)

Les ancêtres de Robespierre ont été signalés en Artois dès le XVe  siècle. Selon le processus classique de la promotion sociale de l’époque, ils passent progressivement au XVIe siècle du monde des marchands à celui de la robe. Migrant de Béthune à Lens puis à Carvin, ils y exercent les charges de notaire royal et de procureur d’office de la principauté d’Épinoy. L’un de leurs descendants, Maximilien (1694-1762) vient s’installer à Arras en 1720 comme avocat au Conseil d’Artois. Il appartient à la loge « La Constance » et exerce sa profession jusqu’à son  décès en 1762.

Son fils aîné, François, né le 17 février 1732, après avoir fait son droit à Douai, est reçu avocat au Conseil d’Artois en 1756. Il se voit dans l’obligation d’épouser la fille d’une famille de brasseurs arrageois résidant rue Ronville, les Carraut et, quatre mois plus tard, naît Maximilien-Marie-Isidore Robespierre le 6 mai 1758 (fig. 1).

Trois autres enfants suivent rapidement : Charlotte en 1760, Henriette en 1761, Augustin en 1763. Une cinquième naissance s’avère cette fois fatale pour la mère et l’enfant en 1764. François Robespierre s’était fait une bonne clientèle mais sa vie devient chaotique après le décès de son épouse. Il voyage beaucoup, dépense et emprunte dans sa famille. Après être revenu à Arras en 1768 et 1772, il réside le plus souvent en Allemagne et meurt à Munich le 6 novembre 1777. Les grands-parents maternels, les Carraut, avaient recueilli les deux garçons cependant que les deux filles avaient été confiées aux tantes paternelles. Dès l’âge de sept ans, Maximilien Robespierre suit, comme externe, les cours du collège d’Arras, tenu par des prêtres séculiers depuis l’expulsiondes jésuites en 1762 (fig. 2).

(fig. 2)

Grâce à une bourse de l’abbaye Saint-Vaast d’Arras, le jeune « orphelin » quitte sa ville en 1769 pour poursuivre une brillante scolarité au collège Louis-le-Grand à Paris. Il y entre en cinquième et ne le quittera qu’en 1781. Les renseignements, connus surtout par les « Mémoires de Charlotte Robespierre » (4) et l’ouvrage polémique de l’abbé Proyart (5), sous-principal du collège Louis-le-Grand, incitent à la prudence sur l’appréciation de ces onze années consacrées exclusivement aux études par l’élève puis l’étudiant impécunieux passionné par la lecture des philosophes et particulièrement inspiré par son grand modèle : Rousseau. En juin 1775, il a l’honneur de complimenter, au retour du sacre à Reims, Louis XVI et Marie-Antoinette, lors d’une brève pause du cortège devant le collège. Récompensé pour sa brillante scolarité par une gratification exceptionnelle de 600 livres, Robespierre, licencié en droit en 1781, revient à Arras pour exercer, comme ses ancêtres, la profession d’avocat.

L’avocat des Lumières et des humbles (6)

(fig. 3)

Robespierre entre le 8 novembre 1781 au Conseil d’Artois, présenté par Liborel, le plus réputé des avocats du barreau d’Arras qui comptait alors 87 membres (fig. 3). Desservi par sa faible voix, il impressionne par la netteté de ses discours. Son talent, et sans doute des recommandations, le font choisir par l’évêque d’Arras. Monseigneurde Conzié, comme juge à la Prévôté (tribunal) de l’évêché. Joseph-François-Régis de Madre, second président du Conseil d’Artois, se l’attache bientôt comme secrétaire.

L'affaire du paratonnerre lui apporte la notoriété. M. de Vissery, avocat à Saint-Omer, avait fait appel d’un jugement de l’échevinage de cette ville l’obligeant à démonter un paratonnerre qui effrayait ses voisins. Bien documenté par le dossier technique établi par son collègue et ami Buissart, Robespierre plaide avec succès et fait imprimer ses plaidoyers en 1783. Les deux avocats artésiens connaissent les honneurs du « Mercure de France » et Maximilien, flatté dans son amour-propre, relate avec complaisance l’accueil « triomphal » que lui ont réservé ses cousins de Carvin. Le symbole était clair : l’homme des Lumières avait triomphé de l’obscurantisme de certains notables. Les années suivantes consacrent sa reconnaissance professionnelle et sociale. Bien intégré dans l’élite culturelle arrageoise, il a su jusque là se montrer prudent vis-à-vis des autorités provinciales et déférent envers le régime monarchique.

L’affaire Deteuf (1783-1786) constitue cependant un tournant dans l’engagement de Robespierre. Défenseur de François Deteuf, accusé à tort de vol par un moine débauché de l’abbaye d’Anchin, près de Douai, il publie, avant le jugement, un mémoire dénonçant non seulement le moine coupable mais le grand prieur et l’ensemble de la communauté monastique (fig. 4). Maître Liborel, défenseur de l’abbaye, l’accuse avec vigueur de « diffamation  la plus atroce », réclame au tribunal un blâme et obtient le retrait de la plainte de Deteuf contre 6.000 livres au lieu des 30.000 demandées.

(fig. 4)

Deux autres affaires vont révéler une radicalisation des positions de Robespierre et élever des cas particuliers au niveau de causes nationales, comme l’avait fait Voltaire avec tant de réussite (7). La publication en 1789 de son « Mémoire pour le sieur Dupond » s’attaque à la lettre de cachet et à l’emprisonnement arbitraire. Hyppolite Dupond , ancien déserteur gracié, s’était brouillé avec sa famille pour des questions d’héritage. Par une lettre de cachet, son frère Jean-Baptiste, procureur au Conseil d’Artois, l’avait fait enfermer, douze ans dans la maison de force d’Armentières tenue par des Franciscains, les Bons-fils. Libéré en 1786, Dupond, interdit par le tribunal échevinal d’Hesdin, fait appel au Conseil d’Artois et choisit Robespierre pour avocat. Ce dernier redouble ses critiques contre les injustices et appelle habilement le monarque à « unir à jamais la liberté et le bonheur des peuples avec celui des rois ». L’affaire, retardée par la conjoncture politique, trouvera son épilogue en février 1792 devant le tribunal du district d’Arras au profit de Dupond. Le jeuneet brillant avocat, dont les talents avaient fait l’objet un moment d’une reconnaissance sociale et mondaine, va d’ailleurs en 1788 se couper de plus en plus d’un milieu indisposé et inquiet de ses critiques acerbes de l’Ancien Régime. Le président du Conseil d’Artois, Briois de Beaumetz, ne l’invite jamais à ses « conférences juridiques » pour la réforme des Coutumes d’Artois. Robespierre se sent exclu et dénonce, dans un  nouveau mémoire, les réseaux d’influence, les privilèges des gens établis, le coût de la Justice… Maître Liborel lui inflige, au nom du barreau, une réponse cinglante. La carrière arrageoise de Maximilien semble compromise. Il songe un moment à gagner Paris.

Le « Bel esprit d’Arras »
Académicien à 25 ans (fig. 5)

(fig. 5)

Encore auréolé par le succès et la publication de ses plaidoyers sur le paratonnerre, le jeune avocat, parrainé par son collègue Antoine Buissart et Ferdinand Dubois de Fosseux, entre le 15 novembre 1783 à l’académie royale des belles lettres d’Arras (8). Ce cénacle de 30 membres résidants recrutait par cooptation les plus beaux esprits de l’Artois : de nombreux nobles, quelques rares ecclésiastiques, des militaires et de plus en plus de magistrats et d’avocats. Le 21 avril 1784, Robespierre consacre son discours de réception à combattre « l’injustice et les inconvénients du préjugé qui fait rejaillir sur les parents des criminels l’infamie attachée à leur supplice ».

Ce discours, remanié et amplifié dans ses développements, est envoyé en 1784 à l’académie de Metz. Lacretelle remporte le concours mais le mémoire de Robespierre obtient une médaille et 400 livres en espèces. Il subit cependant un échec en 1785 avec son « Éloge de Gresset » envoyé à l’académie d’Amiens. Ses confrères l’élisent toute-fois chancelier puis, en 1786, directeur. À ce titre il préside les séances, accueille les nouveaux membres, juge les mémoires envoyés pour les concours de l’académie d’Arras. Le 17 avril 1786, il prononce son fameux discours de sept quarts d’heure sur « Les droits et l’état des bâtards ». Il rencontre alors le capitaine du Génie Lazare Carnot, rendu célèbre en 1784 par son « Éloge de Vauban » récompensé d’une médaille d’or par l’académie de Dijon. Sa présence se fait plus rare en 1787 mais sa situation matérielle s’est améliorée et il loue, rue des Rapporteurs (9) ,une belle maison bourgeoise, qu’il va occuper, avec sa sœur Charlotte, jusqu’en 1789.

Sous le signe de la Rose (10)

En cette fin du « siècle des Lumières », les beaux esprits se réunissent à l’académie d’Arras mais aussi aux « Rosati » (anagramme d’Artois). Cette société, inspirée par le poète grec Anacréon, a été fondée le 12 juin 1778 à Blangy, sur les bords de la Scarpe, par un groupe de « jeunes gens réunis par l’amitié, par le goût des vers, des roses et du vin… ». Les deux fondateurs, les avocats Le Gay et Lenglet, sont bientôt rejoints par d’autres talents tels que Carnot, Champmorin major du Génie, Dubois de Fosseux dynamique secrétaire de l’aca-démie d’Arras depuis 1785, Foacier de Ruzé, avocat général et enfin Robespierre. Sous un berceau de troènes  orné des bustes des poètes La Fontaine, Chapelle et Chaulieu, ils célèbrent chaque année en juin la fête des Roses (fig. 6).

(fig. 6)

Le cérémonial de sa réception à Blangy le 21 juin 1786 se déroule selon un rite symbolique. Le Gay complimente Robespierre dans le style fleuri de l’époque, l’abbé Herbet lui remet le diplôme illustré par le peintre Bergaigne qui, avec l’avocat Charamond, lui offre la rose et la coupe de vin rosé ; le final est chanté par Carnot, le bourguignon, qui fait l’éloge de Bacchus.

Dernière embellie avant les années agitées qui vont suivre, l’austère et sobre Robespierre compose et récite de charmants et insignifiants poèmes dédiés à la Rose ou à « la jeune et belle Ophélie » (11) :

« Crois-moi, jeune et belle Ophélie

Quoiqu’en dise le monde et malgré ton miroir,

Contente d’être belle et de ne rien savoir,

Garde toujours ta modestie.

Sur le pouvoir de tes appas

Demeure toujours alarmée.

Tu n’en seras que mieux aimée

Si tu crains de ne l’être pas. »

 

L’émergence de l’homme politique
À la nation artésienne…(fig.7)

(fig. 7)

Le 24 janvier 1789, Louis XVI annonce la prochaine réunion des États Généraux à Versailles. Robespierre a senti l’importance historique des futures élections et il s’engage dans une ardente campagne électorale qui révèle ses idées de réformes profondes mais aussi son habileté de manœuvrier politique. Sous le couvert à peine voilé de l’anonymat, il publie en février 1789 un factum de 50 pages :

« À la Nation artésienne, sur la nécessité de réformer les États d’Artois et sur les moyens de parvenir à ce but (12)

Il critique avec véhémence leur non-représentativité de la province d’Artois, leur injuste répartition de la fiscalité au profit des privilégiés, l’ambition et la corruption de certains députés de ces États, la confiscation  du pouvoir par la commission exécutive des trois députés ordinaires élus pour trois ans…Il esquisse aussi le portrait du représentant idéal animé par la vertu et le seul souci de l’utilité publique. Sa vision dépasse largement les abus provinciaux qu’il révèle et entrevoit déjà les bouleversements générateurs de la Nation française.

Dénonciation de ses ennemis

Pour mener à bien de tels changements, il fallait des hommes nouveaux pour se substituer aux traditionnels membres des États d’Artois prétendant représenter les intérêts de la province aux États généraux de Versailles. Ses ennemis politiques, qu’il côtoyait souvent au Conseil d’Artois ou à l’académie d’Arras, constituaient un obstacle à ses projets politiques et électoraux. L’évêque d’Arras, Louis de Conzié, qui avait jadis soutenu l’attribution de sa bourse pour le collège Louis-le-Grand et l’avait nommé juge à la salle épiscopale, incarne désormais pour Robespierre l’évêque de Cour, intermédiaire privilégié entre Versailles et Arras . Comprenant qu’il ne pourrait pas maintenir le système traditionnel de représentation, Monseigneur de Conzié décline la députation. La noblesse « entrante », justifiant d’une seigneurie de clocher et d’au moins six quartiers de noblesse, pouvait seule siéger aux États d’Artois : 64 familles étaient ainsi présentes à l’assemblée provinciale de 1788. Ces nobles, en grande majorité conservateurs, ne pouvaient que craindre la montée des jeunes talents de la bourgeoisie, dont Robespierre constituait l’exemple type. Dominant les États d’Artois, le Conseil d’Artois, l’échevinage d’Arras, la noblesse entrante constituait pour les ambitions  et les idées de Robespierre, un ennemi naturel. Le duc de Guînes, gouverneur général de l’Artois et Grand bailli chargé par le roi des élections pour les États généraux de Versailles, refuse cependant d’être le premier élu de son ordre. Briois de Beaumetz, Premier président du Conseil d’Artois, accepte cet honneur mais ses relations avec Robespierre, déjà tendues depuis l’épisode de 1788, se dégraderont encore plus au sein de la Constituante à Paris. Les hommes les plus en vue des États d’Artois et de l’échevinage d’Arras se méfiaient désormais de l’avocat des Lumières sapant les fondements de leurs privilèges d’Ancien Régime.

Les ennemis les plus dangereux pour sa candidature à la députation du Tiers État d’Artois se trouvent être presque tous des confrères ayant exercé de hautes responsabilités dans l’administration des États. Dans son libelle « À la Nation artésienne », il dénigre ouvertement le rôle de l’avocat Louis Desmazières, accusé d’incompétence et de corruption. On pourrait y ajouter les rivalités avec d’autres personnages de talent tels que Liborel, Lefebvre du Prey…

 

Habile campagne électorale de Robespierre

Louis XVI avait décidé le 7 mars 1789 que le système électoral serait identique dans tout le royaume. La noblesse et le clergé élisent leurs représentants avec leurs modalités propres ; le Tiers  État d’Artois choisit les siens par une cascade d’élections à quatre niveaux. Robespierre se révèle un remarquable tacticien politique et mène du 20 mars au 26 avril une campagne électorale qui déconcerte et écarte progressivement ses principaux concurrents (13)..Les hostilités s’engagent le 23 mars dans une réunion préparatoire réunissant les Arrageois non corporés dans l’église de l’Oratoire (14). Le mayeur d’Arras, le baron d’Aix de Rémy, accompagné de douze échevins, se heurte à une partie militante de l’assemblée. L’offensive, à l’évidence bien préparée, écarte l’échevinage, fait échec à Maître Desmazières et aboutit à l’élection de Robespierre et de ses amis avocats Brassart, Buissart, Delegorgue… Franchissant avec succès les étapes suivantes, Robespierre consolide ses assises électorales en vue de l’élection finale des huit députés du Tiers État artésien prévue entre le 20 et 30 avril.

Il mobilise le clan familial : son frère Augustin devenu avocat, sa sœur Charlotte appréciée dans le milieu bien pensant arrageois, l’oncle Du Rut médecin des Oratoriens, les nombreux cousins de Carvin chargés d’éclairer les électeurs des campagnes. Robespierre, par conviction et par tactique, veut aussi gagner le « petit peuple » de la ville (boutiquiers et artisans). Il accepte de rédiger le cahier de doléances des cordonniers mineurs (fig. 8) dont les archives communales ont conservé l’original (15).

(fig. 8)

(fig. 9)

Le 20 avril 1789, les 248 représentants du clergé, les 220 de la noblesse et les 488 du Tiers État se réunissent dans la cathédrale Notre-Dame-en-Cité pour écouter le discours d’ouverture du duc de Guînes et de l’évêque d’Arras puis ils se séparent pour rédiger par corps leurs cahiers provinciaux de doléances et élire leurs députés. L’assemblée du Tiers choisit quatre fermiers et quatre Arrageois : deux avocats Brassart et Robespierre, le garde des sceaux du Conseil d’Artois, sorti de charge, Vaillant, un négociant, Boucher. Robespierre a été élu le 26 avril en cinquième position sur les huit représentants du Tiers État d’Artois

(fig. 9). 

Il venait de remporter à 31 ans sa première grande bataille politique,  il dédie ce succès à son illustre modèle Jean-Jacques Rousseau (16) :

« Appelé à jouer un rôle au milieu des plus grands événements qui aient jamais agité le monde, assistant à l’agonie du despotisme et au réveil de la véritable souveraineté, près de voir éclater des orages amoncelés de toutes parts et dont nulle intelligence humaine ne peut deviner tous les résultats… Ton exemple est là devant mes yeux. Je veux suivre ta trace vénérée… »

Robespierre va accomplir désormais son destin pendant cinq ans à Paris. L’Incorruptible a voulu faire appliquer  « les saintes maximes de l’égalité et de la morale publique». Entraîné dans le système de la Terreur, il tente de le justifier à la Convention le 5 février 1794 : « Le gouvernement de la Révolution est le despotisme de la liberté contre la tyrannie ».

La mémoire de Robespierre continue d’agiter polémiques et controverses. La réhabilitation totale, souhaitée par ses admirateurs, pose toujours un problème à la mémoire collective, comme l’a montré en France la célébration du Bicentenaire de la Révolution en 1989 et le silence national sur le 250e anniversaire de sa naissance. Toutefois Arras, sa ville natale, qui longtemps l’a voué à l’opprobre, l’a progressivement réintégré dans son patrimoine. Si la mémoire de l’Incorruptible s’en trouve pacifiée, nous ne saurions affirmer qu’elle fait l’unanimité dans tous les milieux arrageois.

Notes

(1) J.-P. JESSENNE, G.DEREGNAUCOURT., J.-P.HIRSCH, HERVÉ LEUWERS. Actes du colloque Robespierre. De la Nation artésienne à la République et aux Nations, Lille, 1994, P.443-454.

(2) A.NOLIBOS, « La mémoire de Robespierre à Arras : des controverses à la reconnaissance patrimoniale », Histoire et archéologie du Pas-de-Calais, t. XXVI, 2008, p. 71-94.

(3) A.NOLIBOS, Robespierre à Arras, Histoire et Mémoire.

(4) Mémoires de Charlotte Robespierre, édition critique de Hector FLEISCHAMM, Paris, 1909, 374p.

(5) L’abbé Lièvin-Bonaventure PROYART fit paraître en 1795 à Augsbourg, sous le pseudonyme de LE BLOND de NEUVÉGLISE, un ouvrage polémique : La vie et les crimes de Robespierre surnommé le Tyran, depuis sa naissance jusqu’à sa mort.

(6) Oeuvres complètes de Robespierre, Les œuvres judiciaires publiées par É. LESUEUR, t 2, Paris, 1914, 409p.

(7) Voltaire, dans la décennie des années 1760, fit réhabiliter Calas, Sirven, le chevalier de La Barre… et dénonça les vices de la justice.

(8) D’abord société littéraire en 1737, elle devient académie royale en 1773.

(9) Cette rue porte le nom de Maximilien Robespierre depuis 1933.

(10) Nous empruntons ce titre à Jean OTT, Sous le signe de la Rose, Paris, 1933.

(11) Madrigal de Robespierre en 1787 (extr. Œuvres de Maximilien Robespierre, Les œuvres littéraires, t.1, Paris, 1912, p. 223).

(12) M.-L. LEGAY, Robespierre et le pouvoir provincial, Mémoires de la Commission départementale d’Histoire et d’Archéologie du Pas-de-Calais, t. XXXV, Arras, 2002. Édition critique de l’adresse À la Nation artésienne…

(13) [M.ROBESPIERRE], Les ennemis de la patrie, démasqués par le récit de ce qui s’est passé dans les Assemblées du Tiers État de la ville d’Arras [mars 1789], Arras, 58p.

(14)Cette église était l’ancienne chapelle du collège des jésuites construite au début du XVIIe siècle. Elle sera détruite au début de la Révolution et remplacée vers 1840 par un hôtel particulier ouvrant sur l’actuelle place de la Croix Rouge.

(15) Arch. comm. d’Arras, AA 118 n°207. Le texte a été publié et commenté dans A.-J. Paris, La jeunesse de Robespierre et la convocation des États Généraux en Artois, Arras, 1870, p. 280, h.t.

(16) G. WALTER, Maximilien de Robespierre, Gallimard, 1989, p.76.

 

Tables des figures

Fig.1 Acte de baptême  de Maximilien Robespierre d’après l’original conservé aux archives communales d’Arras, GG.87.

Fig. 2 Plan de l’ancien collège des jésuites d’Arras dressé en 1764 par Beffara (Arch. comm. d’Arras, plan n° 836, cliché P.Brunet).

Fig. 3 Robespierre jeune avocat, Dessin de Emy, gravure de Monnin coloriée ( Arch. dép. du Pas-de-Calais, 4J 472/155).

Fig. 4 Mémoire de Robespierre pour François Deteuf…1784 (Arch. dép. du Pas-de-Calais, Barbier C 1695).

Fig. 5 Portrait de Maximilien Robespierre par Louis-Léopold Boilly, n.d,  (Musée des  Beaux-Arts de Lille, cliché RMN, G. Oféda).

Fig. 6 Le berceau des roses, dans Arthur Dhinaux, La société des Rosati d’Arras, 1778-1788, Valenciennes, 1850 (Arch. comm. d’Arras, D355, cliché P. Brunet).

Fig. 7 À la Nation artésienne, première éd. [entre le 13 janvier et le 19 février 1789], (Arch. dép. du Pas-de-Calais, Barbier 8009 ).

Fig. 8 Caricature du savetier Lantillette (Arch. dép. du Pas-de-Calais, 4J 487/26).

Fig. 9 Maximilien Robespierre, député du Tiers État d’Artois en 1789. Copie par Pierre Vigneron en 1860 du tableau de Pierre Danloux peint en 1789 (Musée du château de Versailles).

 

Bibliographie

Dans les Oeuvres de Maximilien Robespierre (10 vol. 1912-1966) nous avons utilisé :

  • Édit. É. DEPREZ et  É. LESUEUR, Les oeuvres littéraires, t.1, Paris, 1912.

  • Édit.  É. LESUEUR,  Les œuvres judiciaires, t.2, Paris , 1914.

  • Le tome XI, Compléments (1784-1794), présenté et annoté par F. GAUTHIER, a été édité en 2007 à Paris pour le centenaire de la Société des études robespierristes. 

 

H. FLEISCHMANN, édit. des Mémoires de Charlotte Robespierre, Paris, n.d.

M.GALLO, Robespierre histoire d’une solitude, Paris, 1968.

E.HAMEL, Histoire de Robespierre, Paris, 1865-1867, 3 vol.

N.HAMPSON, Robespierre, Paris, 1982.

L. JACOB, Robespierre par ses contemporains, Paris, 1938.

J.-P. JESSENNE, G.DEREGNAUCOURT, J.-P.HIRSCH, HERVÉ LEUWERS, Actes du colloque Robespierre. De la Nation artésienne à la République et aux Nations, Lille, 1994 .

E. LECESNE, Arras sous la Révolution, t. 1, Arras, 1882.

A. MATHIEZ, Autour de Robespierre, Paris, 1925.

A.-J.PARIS, La jeunesse de Robespierre et la convocation des États généraux en Artois, Arras, 1870. Ouvrage qui demeure fondamental pour la période prérévolutionnaire de Robespierre à Arras.

J.-M. PROYART, La vie de Maximilien Robespierre, Arras, 1850.

F.SIEBURG, Robespierre, Paris, n.d.

G. WALTER, Maximilien  de Robespierre, Gallimard, 1961, rééd.1989. Ouvrage très bien documenté sur la vie, l’œuvre et la mémoire de Robespierre.

 

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