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CONFERENCE - 15 novembre 2019 - UNE HISTOIRE D'EAU DU BAS-PAYS DU CALAISIS

(par Lucien Radenne)

Article de Philippe Mercier (Amis du Vieux Calais)

Lucien Radenne a captivé son auditoire

Pour Lucien Radenne, toute l’interrogation à l’origine de son intervention commence sur une gravure de 1700 : alors que les fossés et les cours d’eau, trois siècles plus tard, sont toujours plus ou moins là, pourquoi le banc des Pierrettes, au sud de Calais, pointe vers l’ouest en direction de Sangatte, dans une direction différente du cordon dunaire littoral ?

Cette réflexion l’amène à remonter dans le passé, tant géologique qu’humain, du Calaisis pour retrouver les origines du tracé actuel du littoral.

Lucien Radenne, le conférencier

La naissance des bancs

Le banc des Pierrettes trouve ses origines à l’ère quaternaire, où les périodes successives de refroidissement puis de réchauffement vont avoir un impact majeur sur le détroit du Pas-de-Calais - détroit qui, d’un point de vue géologique, ne sépare en rien le continent de la Grande Bretagne.

Quoi qu’il en soit, après une période de fermeture liée à la baisse de 120m du niveau de la mer consécutive à la présence du grand glacier scandinave, la réouverture du détroit il y a environ 8500 ans dessine un tracé littoral bien différent du nôtre. Lucien Radenne nomme ainsi lui-même un « Cap des Quénocs », d’après le nom d’une des bouées actuelles.

L’érosion finit cependant par avoir raison de ce cap, tandis que les tourbillons formés par la rencontre du flot et du jusant au niveau du détroit amènent les cailloux et le sable à, lentement, former le tracé littoral tel qu’on le connaît. Le banc des Pierrettes lui-même est le vestige de cet ancien littoral.

L’assèchement du bas-pays

Si la géologie et la mer continuent – et continueront – d’affecter le tracé littoral, l’impact humain a cependant marqué le dernier millénaire, avec pour objectif d’aménager le Calaisis.

 Tout en s’appuyant sur les nombreux cours d’eau naturels suivant pour la plupart une direction nord-sud, des collines d’Artois jusqu’à la mer, les autorités successives du Calaisis n’ont eu de cesse à creuser, détourner ou endiguer.

 Commencés sous Matthieu d’Alsace au XIIe siècle, les travaux se poursuivent sous la domination anglaise d’où viennent plusieurs toponymes, du canal St-Georges (entre les rivières de Guines et d’Ardres) au « Vinfil », dont le nom proviendrait d’un capitaine Winfield.

 Les travaux d’aménagement prennent une ampleur supplémentaire aux XVIIe et XVIIIe, notamment dans le cadre des efforts de fortification de Vauban : les cours d’eau sont rectifiés, plusieurs rivières sont voûtées tandis qu’est creusé le canal reliant Calais à St-Omer. Ponts, écluses (comme Caudron ou Joubert) et bassins, souvent encore présents, fleurissent alors même si commencent à apparaître des conflits entre les autorités civiles et militaires.

 Ainsi un plan de 1867 montre un projet de la Chambre de Commerce quant à l’emplacement de la gare centrale et des lignes ferroviaires : si ce projet paraît lier efficacement Calais et St-Pierre, et favoriser un éventuel développement futur du port maritime, il a le malheur d’être proposé par des autorités républicaines et franc-maçonnes à une époque de pouvoir impérial, et s’oppose aux projets de fortification voulus par les militaires.

 La loi de 1879 lance ces travaux, avec la construction de douze bastions et un nouvel aménagement des cours d’eau, amenant le creusement du canal de l’Enceinte, et le détournement du canal de Marck qui débouchera désormais dans l’avant-port.

 L’époque est aussi celle des grands endiguements et des polders, soit réalisés par des ressortissants néerlandais comme Taaf, soit par de grands propriétaires privés dont les noms vont parfois demeurer dans les esprits jusque fort tardivement : ainsi, comme le raconte Lucien Radenne, certains anciens continuaient de refuser d’être inhumés dans le cimetière Nord, la « terre à Bodart »…

 Le système des wateringues, avec ses nombreuses stations de pompages, parachève les efforts d’assèchements qui ne sont cependant jamais terminés. Les risques de débordement sont toujours bien présents, comme en décembre 2009, et les travaux d’infrastructures comme ceux de l’autoroute amènent à régulièrement modifier, recalibrer voire parfois remettre en fonction d’anciennes stations, tandis que les berges et talus doivent être remontés.

Le cordon dunaire et le trait de côte

À l’est de Calais, le cordon dunaire formé au large du cordon de Waldan est aussi le résultat tant de la longue histoire géologique que de l’activité humaine.

Depuis l’ancien rivage, dont on peut deviner le tracé au niveau de la micro-falaise des Claines, le sable s’est accumulé depuis la réouverture du détroit – et continue de le faire.

Aux XVIIIe-XIXe siècles, les travaux d’endiguement prennent de l’ampleur avec les constructions des digues Taaf et Roblin, ouvrant de nouvelles terres destinées notamment à l’élevage ovin. Le tracé du littoral se modifie alors considérablement : de nombreuses demeures, aujourd’hui isolées, interrogent ainsi quant à leur localisation, alors qu’elles se trouvent simplement à l’emplacement de l’ancien rivage…

Le cordon dunaire, avec ses points faibles bien visibles sur diverses photos récentes, continue de faire face à la mer, mais interroge aussi quant aux risques de montée des eaux : la mer pourrait très facilement reprendre sa place dans l’arrière-pays sans une surveillance constante.

D’autant plus quand les grands travaux du port 2015, par leur ampleur, sont voués à modifier la circulation des courants maritimes et, donc, à amener de nouvelles modifications au tracé de côte. L’histoire d’eau du Calaisis n’est donc pas là de s’arrêter...

 

Philippe Mercier

Amis du Vieux Calais


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