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Gentille Annette de Boëldieu

La musique que vous entendez, jouée depuis 1821 sur les toits de Calais, est l'air de 'Gentille Annette' de Boëldieu, interprété par Michel Hippolyte.

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Balustrade sculptée du chœur, côté extérieur droit.

Les clôtures de marbre, qui séparent le chœur des carolles portent plusieurs fois les initiales D L B qui sont celles du curé Jacques De La Bouloye. Les lettres G M 1648, ciselées sur le pilastre intérieur de la balustrade de gauche, indiquent la date d’achèvement et le nom de leur auteur, Gaspard Marsy ; mais, contrairement à ce qu’avance De Rheims, il ne s’agirait pas de l’artiste qui, avec son frère Balthazar, devait se rendre célèbre par les sculptures du parc de Versailles.
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Pages Historiques

L'église Notre-Dame de Calais

Les clôtures de marbre, qui séparent le chœur des carolles portent plusieurs fois les initiales D L B qui sont celles du curé Jacques De La Bouloye. Les lettres G M 1648, ciselées sur le pilastre intérieur de la balustrade de gauche, indiquent la date d’achèvement et le nom de leur auteur, Gaspard Marsy ; mais, contrairement à ce qu’avance De Rheims, il ne s’agirait pas de l’artiste qui, avec son frère Balthazar, devait se rendre célèbre par les sculptures du parc de Versailles.

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La première pierre de la tribune fut posée le 9 juin 1729. Les orgues furent construites par le facteur Jean Jacques, les sculptures sont dues à Jacques-Joseph Baliguant, les menuiseries furent faites par Jean-Henri Piette, tous trois de St-Omer. En 1731, les sieurs Baliguant et Piette ne s’exécutant pas assez vite, le curé de Calais plaida contre eux et les obligea à remplir leurs engagements ....

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La Seconde Guerre Mondiale à calais

A partir du 25 juillet, les postes de radio jusque là réquisitionnés furent restitués, un peu plus de liberté consentie, la circulation autorisée jusqu'à 23 heures. Le certificat d'études eut quand même lieu et bientôt les écoliers partirent en vacances non sans avoir reçu des conseils précieux : ne pas toucher aux engins de guerre, aux fils téléphoniques ou électriques et ne pas mendier auprès des soldats allemands. Pendant tout ce temps, la Croix-Rouge avait effectué un travail de fourmi. Depuis le 10 juillet elle avait fait 22 000 recherches diverses, transmis 5 000 réponses de prisonniers et 4 000 de repliés ; enfin 11 000 cartes furent acheminées vers les camps. La poste avait repris la distribution du courrier.
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Pages Historiques

La Seconde Guerre Mondiale à calais

A partir du 25 juillet, les postes de radio jusque là réquisitionnés furent restitués, un peu plus de liberté consentie, la circulation autorisée jusqu'à 23 heures. Le certificat d'études eut quand même lieu et bientôt les écoliers partirent en vacances non sans avoir reçu des conseils précieux : ne pas toucher aux engins de guerre, aux fils téléphoniques ou électriques et ne pas mendier auprès des soldats allemands.

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Les énormes pertes en cadres, l'ultime résistance du général Nicholson pris les armes à la main parmi les derniers combattants de la citadelle, illustraient la volonté des défenseurs de Calais de ne pas faiblir.

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Premier percement le 01/12/1990 entre la France et l'Angleterre

Les deux tunneliers se sont arrêtés à 100 mètres l'un de l'autre. Un trou de quatre centimètres a été foré dans la dernière barrière de craie bleue. À ce moment, les ingénieurs ont constaté qu'il y avait une erreur d'alignement de quelques centimètres. Ensuite, le tunnelier anglais a été dévié de sa trajectoire et il s'est rangé parallèlement à la machine française. Les ouvriers ont creusé une galerie de 2 mètres de haut sur un de large. Le tunnelier anglais a été muré dans une masse de béton, son homologue français démonté et ramené en France. Le dernier tronçon a été foré par une machine d'attaque ponctuelle jusqu'à la rencontre définitive.
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Chantier du siècle - Tunnel sous la Manche

Les deux tunneliers se sont arrêtés à 100 mètres l'un de l'autre. Un trou de quatre centimètres a été foré dans la dernière barrière de craie bleue. À ce moment, les ingénieurs ont constaté qu'il y avait une erreur d'alignement de quelques centimètres. Ensuite, le tunnelier anglais a été dévié de sa trajectoire et il s'est rangé parallèlement à la machine française.

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Ce qui semble étonnant, c'est qu'aucune de ces machines n'a le même gabarit. En effet, chacun de ces prototypes a été construit par différents fournisseurs qui se sont adaptés à l'envergure des travaux.

Pages Historiques - Mois

Reproduction interdite sans l'autorisation formellement écrite des 'Amis du Vieux Calais'.
LES BOULONNAIS ET LES CALAISIENS ONT LA PAROLE - Mars 1789 - Histoires parallèles - (Numérisation par Gilles Peltier)

 

  • LES BOULONNAIS ET LES CALAISIENS ONT LA PAROLE par Jean-Pierre Dournel
  • Bulletin Historique et Artistique du Calaisis N°193

« Les notables du Royaume, assemblés à Versailles au mois de janvier 1787, ayant reconnu le déficit très considérable des finances du Roi, opinèrent qu’il serait nécessaire d’assembler le plus tôt possible les États Généraux pour par eux être pris les mesures convenables à effet de remédier à un si grand mal. Sans se refuser à cette proposition, Sa Majesté crut d’abord que, s’il fallait recourir à ce moyen, il suffirait de le faire dans quelques années et fixa, en conséquence, pour cette assemblée, l’année 1791 ; mais les esprits s’étant échauffés et plusieurs Parlements ayant formé des prétentions contraires aux intentions de la Cour, fait des arrêtés, rendu des arrêts qui ont mécontenté le Roi et son Conseil, il en a résulté des lettres de cachet pour éloigner ceux des membres de ces Parlements qui, par des délations ou autres démarches, avaient contredit plus ouvertement les vues du Gouvernement…

Les choses sont restées dans cet état pendant plusieurs mois, mais, malgré les moyens que les Ministres crurent prendre pour calmer les esprits, la populace s’étant portée, à Paris et ailleurs, à des excès qui ont eu de mauvaises suites et en annonçaient de plus fâcheuses encore, le Roi prit le parti de convoquer de nouveau les Notables au mois de novembre 1788, et, en conséquence de leur avis, il fixa l’ouverture des États Généraux au 27 avril suivant ».

C’est ainsi que commence le procès verbal de l’assemblée du clergé du Boulonnais, réunie le 17 mars 1789 en vue d’élire son député à Versailles et de rédiger son cahier de doléances. Ce texte a le mérite de résumer les circonstances de la convocation des États Généraux suite à la grave crise financière et économique que connaît le règne de Louis XVI : l’échec des projets successifs de réforme fiscale et finalement rejetés par l’assemblée des notables de 1787 où les privilégiés étaient majoritaires, l’opposition des Parlements à ces mêmes réformes, et pour les mêmes raisons (1), les troubles consécutifs à la tentative de mise au pas de ces mêmes Parlements qui avaient réussi à se présenter en défenseurs des libertés (2), puis la décision royale du 5 juillet 1788 d’avancer la convocation des États Généraux au printemps 1789.

On sait que ceux-ci ne s’étaient pas réunis depuis 1614. À cette époque le clergé, la noblesse et le Tiers État de chaque bailliage (3) avaient désigné respectivement un député, et rédigé des cahiers de doléances dont quelques-uns sont parvenus jusqu’à nous. Cette fois, Necker arrache au Roi le doublement du nombre de représentants du Tiers État (27 décembre 1788). Pour la première fois, « les Français ont la parole », selon l’heureuse expression de Pierre Goubert, et jouissent d’une réelle liberté d’expression.

Photographie de l’état de l’opinion à la veille de la Révolution, cet exercice de « démocratie » a ses limites : seuls sont concernés les hommes de plus de 25 ans (mais aussi les veuves) payant l’impôt ; surtout, la consultation et l’élection des députés se déroulent dans le cadre de la société d’Ordres : Clergé, Noblesse et Tiers État votent séparément et rédigent leur propre cahier, même si l’ordonnance royale a rendu possible la rédaction d’un cahier commun aux trois « États ».

Les cahiers de doléances ont fait l’objet d’analyses d’ensemble à partir des travaux de Pierre Goubert ; on dispose également d’études au niveau départemental (4). Nous allons ici nous placer au niveau local en nous interrogeant, à partir de l’exemple du Boulonnais et du Calaisis, sur le poids des spécificités provinciales par rapport aux enjeux nationaux. Notre interrogation portera aussi sur la portée politique de ces cahiers : dans quelle mesure annoncent-ils une « révolution », alors qu’ils sont écrits dans le langage de l’Ancien Régime, par des gens dont la seule ambition est d’éclairer le Roi, et qui attendent de celui-ci avant tout des réformes.

« Les notables du Royaume, assemblés à Versailles au mois de janvier 1787, ayant reconnu le déficit très considérable des finances du Roi, opinèrent qu’il serait nécessaire d’assembler le plus tôt possible les États Généraux pour par eux être pris les mesures convenables à effet de remédier à un si grand mal. Sans se refuser à cette proposition, Sa Majesté crut d’abord que, s’il fallait recourir à ce moyen, il suffirait de le faire dans quelques années et fixa, en conséquence, pour cette assemblée, l’année 1791 ; mais les esprits s’étant échauffés et plusieurs Parlements ayant formé des prétentions contraires aux intentions de la Cour, fait des arrêtés, rendu des arrêts qui ont mécontenté le Roi et son Conseil, il en a résulté des lettres de cachet pour éloigner ceux des membres de ces Parlements qui, par des délations ou autres démarches, avaient contredit plus ouvertement les vues du Gouvernement…

 

Les choses sont restées dans cet état pendant plusieurs mois, mais, malgré les moyens que les Ministres crurent prendre pour calmer les esprits, la populace s’étant portée, à Paris et ailleurs, à des excès qui ont eu de mauvaises suites et en annonçaient de plus fâcheuses encore, le Roi prit le parti de convoquer de nouveau les Notables au mois de novembre 1788, et, en conséquence de leur avis, il fixa l’ouverture des États Généraux au 27 avril suivant ».

 

C’est ainsi que commence le procès verbal de l’assemblée du clergé du Boulonnais, réunie le 17 mars 1789 en vue d’élire son député à Versailles et de rédiger son cahier de doléances. Ce texte a le mérite de résumer les circonstances de la convocation des États Généraux suite à la grave crise financière et économique que connaît le règne de Louis XVI : l’échec des projets successifs de réforme fiscale et finalement rejetés par l’assemblée des notables de 1787 où les privilégiés étaient majoritaires, l’opposition des Parlements à ces mêmes réformes, et pour les mêmes raisons (1), les troubles consécutifs à la tentative de mise au pas de ces mêmes Parlements qui avaient réussi à se présenter en défenseurs des libertés (2), puis la décision royale du 5 juillet 1788 d’avancer la convocation des États Généraux au printemps 1789.

 

 

On sait que ceux-ci ne s’étaient pas réunis depuis 1614. À cette époque le clergé, la noblesse et le Tiers État de chaque bailliage (3) avaient désigné respectivement un député, et rédigé des cahiers de doléances dont quelques-uns sont parvenus jusqu’à nous. Cette fois, Necker arrache au Roi le doublement du nombre de représentants du Tiers État (27 décembre 1788). Pour la première fois, « les Français ont la parole », selon l’heureuse expression de Pierre Goubert, et jouissent d’une réelle liberté d’expression.

 

Photographie de l’état de l’opinion à la veille de la Révolution, cet exercice de « démocratie » a ses limites : seuls sont concernés les hommes de plus de 25 ans (mais aussi les veuves) payant l’impôt ; surtout, la consultation et l’élection des députés se déroulent dans le cadre de la société d’Ordres : Clergé, Noblesse et Tiers État votent séparément et rédigent leur propre cahier, même si l’ordonnance royale a rendu possible la rédaction d’un cahier commun aux trois « États ».

 

Les cahiers de doléances ont fait l’objet d’analyses d’ensemble à partir des travaux de Pierre Goubert ; on dispose également d’études au niveau départemental (4). Nous allons ici nous placer au niveau local en nous interrogeant, à partir de l’exemple du Boulonnais et du Calaisis, sur le poids des spécificités provinciales par rapport aux enjeux nationaux. Notre interrogation portera aussi sur la portée politique de ces cahiers : dans quelle mesure annoncent-ils une « révolution », alors qu’ils sont écrits dans le langage de l’Ancien Régime, par des gens dont la seule ambition est d’éclairer le Roi, et qui attendent de celui-ci avant tout des réformes.

LE BOULONNAIS ET LE CALAISIS À LA VEILLE DE LA RÉVOLUTION
État des lieux

Le Boulonnais et le Calaisis forment deux entités territoriales géographiquement proches. Les villes de Boulogne et de Calais sont de taille comparable à la fin du XVIIIe siècle : 8500 habitants à Boulogne en 1781 (dont 6526 en basse ville) ; 6546 à Calais en 1790 (auxquels on peut ajouter les 2653 âmes résidant à Saint Pierre, communauté alors distincte). Mais beaucoup de différences séparent les deux pays : la topographie, les paysages, l’économie rurale, et d’abord l’histoire.

Le Boulonnais est entré dans la mouvance du Royaume en 1191 lorsque le Comte Renaud de Dammartin a prêté hommage à Philippe Auguste. Les liens avec la couronne se sont renforcés lorsque le comté a échu à Philippe Hurepel, bâtard royal qui a épousé Mahaut de Boulogne après la trahison de Renaud et sa défaite à Bouvines. En 1265, le Boulonnais est entré dans le domaine de la maison d’Auvergne, puis est passé sous contrôle bourguignon après le traité d’Arras en 1435. Après la chute de Charles le Téméraire (1477) Bertrand de la Tour d’Auvergne a récupéré le Comté mais l’a échangé l’année suivante avec Louis XI contre le Lauragais. À partir de cette date, c’est le Roi qui exerce les pouvoirs du Comte.

Le Calaisis est entré dans la mouvance des Comtes de Boulogne à la fin du Xe siècle. Il s’en est séparé en 1265, passant sous le contrôle des comtes d’Artois. Au début de la guerre de Cent ans il est tombé sous la domination anglaise (1347), qui a duré deux siècles et n’a pris fin qu’en 1558, date à laquelle Calais a été reprise par le Duc de Guise ; d’où l’appellation de « pays reconquis » qui figure sur toutes les cartes jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. 

Au cours de cette période la population a été expulsée et remplacée par des sujets anglais. Après 1558, ceux-ci ont été à leur tour expulsés, et remplacés par des immigrés d’origine modeste, venus d’Artois et des Pays Bas. Des terres leur ont été attribuées sous la forme de concessions royales moyennant un cens assez modique.

Au « pays reconquis », il faut ajouter l’Ardrésis, châtellenie qui a émergé au XIe siècle et qui a été vendue en 1282 au Roi Philippe III le hardi, avant d’être rattachée à la couronne en 1350. L’Ardrésis a été cédé aux Anglais en 1352 pour une courte durée puisqu’il a été repris par Charles V en 1377. Les Anglais feront plusieurs tentatives pour reprendre le pays, mais sans succès.

Boulogne a donc été, jusque 1558, la ville « la plus frontière du royaume » (Alain Lottin), face aux Anglais installés à Calais (elle a connu une brève occupation anglaise de 1544 à 1550) et face aux Espagnols qui tenaient l’Artois. Ce rôle militaire explique le fait que le Boulonnais soit un Gouvernement Général, la charge de Gouverneur revenant aux Ducs d’Aumont.

Après sa reconquête, c’est Calais qui occupe cette fonction d’avant poste, ce qui lui vaut d’être prise par les Espagnols en 1596 puis rendue à la France à la paix de Vervins en 1598. D’où parfois l’appellation de « pays conquis et reconquis » : la reprise de Calais s’est en effet accompagnée d’une nouvelle phase de repeuplement, cette fois par des immigrants plus aisés qu’en 1558, et qui ont constitué le socle d’une bourgeoisie commerçante prospère.

Au XVIIe siècle Boulogne a perdu une bonne partie de son intérêt militaire : les remparts de la basse ville et ceux de la haute ville ont bien failli subir le même sort, tandis que Vauban fortifiait Calais.

La Sénéchaussée du Boulonnais. Le bâtiment occupait l’emplacement actuel du palais de justice de Boulogne. (Dessin de Vaillant, Bibliothèque municipale de Boulogne-sur-Mer)

Cependant la basse ville a connu une croissance démographique remarquable au siècle suivant, malgré un port en mauvais état à la veille de la Révolution(5). Calais a connu dans le même temps un relatif déclin : son rôle militaire a décliné à son tour au profit de Dunkerque qui, sur le plan commercial, bénéficiait également de franchises. Sa population a diminué de 12% entre 1709 et 1766.

La situation administrative du Boulonnais et du Calaisis est à l’image de la complexité des institutions d’Ancien Régime : Les deux pays font partie de la Généralité de Picardie (6). L’Intendant est représenté à Boulogne, et à Calais, par un subdélégué.

Le Boulonnais est une « Sénéchaussée » : le terme est synonyme de celui de Bailliage, et vaut surtout pour la France méridionale ; s’il est employé en Boulonnais, c’est sans doute une survivance de l’époque où le comté faisait partie de la mouvance des comtes de La Tour d’Auvergne. La charge de Sénéchal du Boulonnais est entre les mains de la famille Patras de Campaigno depuis 1596, mais le rôle des Baillis et des Sénéchaux a été considérablement réduit du fait de l’apparition des Intendants. Il existait également des bailliages secondaires dépendant de la sénéchaussée du Boulonnais à Wissant, Desvres et Étaples mais les deux premiers ont été supprimés en 1745.

En 1766, le Boulonnais a obtenu des Lettres patentes créant une « Administration » chargée de gérer le produit d’une taxe de 40 sols par velte d’eau de vie consommée dans la province, afin de financer le réseau routier, la construction de casernes et l’amélioration du port. Elle est dirigée par un Président, huit administrateurs et douze conseillers désignés par tiers par chacun des trois ordres, selon une procédure électorale complexe.

Les Boulonnais y voient la préfiguration de futurs États provinciaux, ce qui les conduit à se considérer comme « ni pays d’États, ni pays d’élection » (7), d’autant qu’en vertu d’une charte octroyée par Henri II à la suite de la reprise de la ville aux Anglais (1551) ils ont obtenu l’exemption des principaux impôts royaux : Taille, Gabelle, Aides et Subsides.

Le pays reconquis n’est pas à proprement parler un bailliage, mais un siège de justice royale sous l’autorité d’un Lieutenant Général. L’Ardrésis est un baillage secondaire, créé après la reprise d’Ardres aux Anglais en 1377, puis rattaché au baillage de Montreuil pour les causes principales. Il n’y a plus de bailli à Ardres depuis longtemps. Dans les procès en appel le Calaisis et l’Ardrésis dépendent du Parlement de Paris. Sur le plan fiscal, les Calaisiens ont obtenu les mêmes avantages que les Boulonnais, en vertu d’une charte octroyée par François II en 1560.

Sur le plan militaire, Calais et Ardres sont respectivement le siège d’un Gouvernement particulier, dépendant du Gouvernement général de Picardie.

En juin 1787, Necker a proposé la formation d’assemblées provinciales permanentes. Les Boulonnais ont refusé de rejoindre l’Assemblée de Picardie et d’envoyer des délégués à Amiens, estimantque le Boulonnais constitue une province à elle seule et qu’une administration provinciale y existait déjà. En revanche, les Calaisiens ont accepté. Ils ont ensuite formé avec Ardres et Montreuil une « assemblée départementale » rattachée à la Picardie.

Calais et Boulogne sont également le siège de diverses juridictions ; dans chacune de ces deux villes on trouve une Amirauté chargée de la police et de la justice portuaires, une juridiction consulaire élue par les notables, et une Maîtrise des eaux et forêts.

Boulonnais et Calaisiens sont cependant réunis au niveau de la carte épiscopale : le Calaisis fait partie de l’évêché de Boulogne, créé en 1567 à la suite de la partition de l’évêché de Thérouanne entre Boulogne et Saint-Omer.

Carte administrative du Boulonnais et du Calaisis en 1745 : À l’ouest, la Sénéchaussée du Boulonnais s’étend de Wissant à Etaples ; au nord, le pays reconquis, d’Escalles à Oye, est flanqué au sud de l’Ardrésis (Bibliothèque municipale de Boulogne-sur-Mer, 46ème portefeuille)

Les opérations électorales et la rédaction des cahiers

Les élections aux États Généraux, et la rédaction des cahiers de doléances, vont donc se dérouler dans le cadre des Bailliages et des Sénéchaussées, conformément à un règlement royal du 24 janvier 1789.

La procédure est assez simple pour les ordres privilégiés : tous les nobles, fieffés ou non, sont convoqués au chef lieu du bailliage pour élire leur député et rédiger leur cahier. Pour le clergé on convoque l’évêque, les abbés, un député par monastère, un député pour 10 chanoines, un député pour 20 prêtres en ville, et tous les curés de campagne.

Ces dispositions soulèvent une réclamation des chanoines de Boulogne qui dénoncent la sous représentation du chapitre cathédral et des curés des villes par rapport aux curés des campagnes, avec le risque « qu’aucun évêque ne fût membre des États Généraux, et par une suite nécessaire que le clergé se trouvât privé de ses chefs dans l’ordre hiérarchique » : on ne peut mieux ici affirmer la prééminence du haut clergé et la crainte de voir la représentation ecclésiastique monopolisée par les curés à portion congrue ! Toutefois le règlement du 24 janvier est demeuré inchangé.

Pour le Tiers État, le suffrage et la rédaction des cahiers s’effectuent selon plusieurs degrés :

À la campagne, chaque paroisse rédige son cahier puis désigne deux députés, ou plus si sa population dépasse 200 feux.

En ville, chaque corps de métier rédige son cahier et élit un député ; les arts libéraux et le négoce ont droit à deux députés pour chaque corps, de même que les autres habitants. Les députés ainsi élus désignent ensuite les représentants de la ville (au moins quatre); les cahiers des corporations et des habitants sont fondus en un seul.

Les députés des villes et des communautés villageoises sont ensuite convoqués au chef lieu du bailliage (ou de la sénéchaussée) afin d’élire les deux députés du Tiers État, et de rédiger un cahier général à partir des doléances exprimées dans les cahiers locaux.

Là où il existe des bailliages secondaires, on a un échelon supplémentaire : les députés du Pays reconquis (25 paroisses) et de l’Ardrésis (20 paroisses) doivent désigner un quart d’entre eux pour représenter l’entité formée par l’Ardrésis, détaché du baillage de Montreuil, et par le Calaisis. Au final, ce sont 27 députés (14 pour le Calaisis, 2 pour la ville de Calais et 11 pour l’Ardrésis) qui ont rédigé le cahier de ce « bailliage » et élu ses deux députés.

Rien de tel en Boulonnais, qui est considéré d’emblée comme un bailliage principal avec ses 127 paroisses. Au début du mois de mars, la ville de Boulogne a élu huit députés ; les autres villes du Boulonnais (Wissant, Ambleteuse, Desvres, Étaples) quatre chacune ; quelques paroisses ont eu plus de deux députés en raison de leur population : trois à Wimille, Outreau, Marquise et Hardinghen, quatre à Samer.

Au total, ce sont 118 députés du clergé, 152 nobles dont 42 gentilshommes fieffés, et 287 représentants du Tiers État qui se sont retrouvés le 16 mars 1789 au siège de la Sénéchaussée du Boulonnais. Mais les cahiers ont été rédigés par des commissions restreintes : cinq commissaires pour la noblesse, dont Abot de Bazinghen, douze pour le clergé, et douze pour le Tiers État, dont six pour les villes.

Les opérations électorales ont été émaillées de quelques incidents :

À Calais, le Maire Béhague a tenté le 4 mars d’interdire aux représentants des juridictions (Amirauté, Eaux et forêts, juges-consuls) de participer à l’élection des députés de la ville, sous le prétexte qu’ils étaient officiers, et ne pouvaient voter avec le Tiers État. Craignait-il qu’ils lui fissent de l’ombrage, alors que lui-même avait acheté sa charge de Maire en 1782 ? Toujours est-il qu’il a dû finalement céder le 16 mars, suite à l’intervention du garde des sceaux Barentin.

L’élection du député de la noblesse du Calaisis a aussi donné lieu à quelques péripéties : le vicomte Desandrouin a été élu alors qu’il était absent ; le bruit a couru qu’il était également candidat dans le bailliage de Montreuil (8), ce qui a relancé la compétition entre son suppléant et le comte de Sainte Aldegonde qui s’est porté candidat. Finalement, la noblesse de Montreuil a élu le Comte d’Hodicq le 20 mars et Desandrouin a accepté son élection.

À Boulogne, le négociant Louis Marie François Belle proteste contre la non prise en compte des intérêts de sa profession dans le cahier de la ville et finit par quitter l’assemblée. Il faut dire qu’il est lui-même en position délicate, puisque propriétaire d’une charge d’huissier-priseur-vendeur, charge que les Boulonnais veulent supprimer…

Portraits du vicomte Desandrouin et de François Maxime Bucaille, députés de la noblesse et du clergé du Calaisis et de l’Ardrésis. (col. Joire, d’après Fernand Lennel : Calais par l’image, 1904 ; réed. 1996 par A. Lottin et S. Curveiller)

Les Calaisiens et les Boulonnais ont élu des représentants au profil caractéristique :

Le clergé calaisien a désigné François Maxime Bucaille, curé de Frethun. Le clergé Boulonnais s’est conformé à la hiérarchie ecclésiastique, élisant l’Abbé de Montgazin, originaire de Toulouse et vicaire général du diocèse, l’évêque Partz de Pressy étant âgé et malade (il mourra en octobre 1789).

La noblesse du Boulonnais a élu un grand seigneur, en la personne du duc de Villequier-Aumont, Gouverneur du Boulonnais, et né à Paris. On a vu que les Calaisiens ont accordé leur confiance au Vicomte Desandrouin, propriétaire des mines d’Hardinghen et résident à Boulogne, mais seigneur d’Andres.

Le Tiers État n’est représenté que par des juristes :

À Boulogne, Bernard Gros est avocat fiscal né à Nuits, en Bourgogne, et ancien membre de l’Administration du Boulonnais ; Nicolas Latteux est doyen des avocats de la ville et ancien Mayeur.

À Calais, Blanquart de Salines est un ancien procureur des eaux et Forêts, Francoville est avocat à Ardres. Aucun député n’est originaire de Calais : Desandrouin est né à Bruxelles, Francoville à Ferlinghen, Blanquart de Salines à Ardres et Bucaille à Boulogne.

Portrait de Nicolas Latteux, député du Tiers Etat du Boulonnais (Bibliothèque municipale de Boulogne-sur-Mer, 27ème portefeuille)

Quel est l’état d’esprit ce ces notables au printemps 1789 ?

D’abord la confiance envers le Roi et l’espoir de réformes. Le Tiers État du Calaisis et de l’Ardrésis donne le ton: « Les députés déposeront dans le cœur de sa majesté les vœux de son Tiers du Calaisis et de l’Ardrésis, l’expression de sa fidélité, de son amour et de sa confiance. Animés de l’esprit de leurs commettants, chargés spécialement de concourir aux vues bienfaisantes du Roi, de répondre aux grandes espérances de la Nation, ils pourvoiront à la restauration de la chose publique et à l’établissement d’un ordre qui assure la liberté et le bonheur de tous ».

Ensuite, la conscience de la gravité de la situation du pays. Le 17 mars, la noblesse Boulonnaise informe les deux autres ordres qu’elleconsent « à ce que ses biens soient imposés dans la même proportion que celle des deux autres ordres pour la durée du temps que les États Généraux estimeront devoir être nécessaire à l’extinction de la dette actuelle de l’État ». Le clergé fait de même, et le Tiers État en prend acte. Anticipation de la nuit du 4 août ou simple échange de politesses ? Nous y reviendrons.

L’UNION SACREE CONTRE L’ABSOLUTISME
Les grands principes

«Il a été convenu (…) que le gouvernement français est un gouvernement monarchique ; que les lois obligent et le Monarque et ses sujets ; que leur observation fait le bonheur du souverain et la prospérité des peuples ; qu’à la Nation appartient le droit de répartir l’impôt, de lever et de percevoir l’impôt ».

L’essentiel est dit dans ces quelques lignes au début du cahier du Tiers État du Calaisis et de l’Ardrésis. La France est une monarchie, mais le Roi ne peut être au-dessus des lois. Celles-ci ne doivent être que « l’énonciation de la volonté générale de la Nation, exprimée par ses représentants et sanctionnée par le Roi », nous dit la noblesse calaisienne.

Le reste en découle : le retour périodique des États Généraux, le vote par tête (9), la responsabilité des ministres devant les représentants de la Nation, le vote des impôts et subsides pour la seule durée d’exercice de l’assemblée. C’est un véritable schéma de monarchie constitutionnelle, assorti d’un hymne aux corps intermédiaires, qui est ici esquissé par le Tiers État calaisien, le plus souvent en phase avec la noblesse. Celle-ci exige même que les États Généraux soient déclarés Assemblée constitutionnelle en préalable à tout consentement de nouvel impôt.

Copie de la première page du cahier du Tiers Etat du Calaisis et de l’Ardrésis. (Archives nationales, B III, 41)

Alors que le Tiers État préconise une convocation des États Généraux tous les trois ans et la pérennisation du principe du doublement du nombre de ses députés, la noblesse propose une périodicité de deuxans et une nouvelle répartition selon les ordres : un député du clergé pour deux députés de la noblesse et trois députés du Tiers Etat : volonté de minorer la représentation du clergé à l’égard duquel elle est assez critique, sans trop minorer sa propre représentation… Mais elle préconise en même temps l’élection des députés du Tiers au suffrage direct, et non à plusieurs degrés. Surtout, la noblesse calaisienne accepte le principe du vote par tête, position pour le moins originale au sein de cet ordre.

Noblesse et Tiers État se rejoignent sur la nécessité d’une réforme de la justice : il faut abolir les lettres de cachet et les prisons d’État, « monuments de l’abus du pouvoir et des vengeances ministérielles » supprimer la vénalité des charges de judicature (10), « qui dérive uniquement sur la fortune, étant destructeur du commerce et tendant à convertir les capitalistes et négociants en simples rentiers ». Il faut recruter des juges compétents, simplifier les procédures, un code civil et criminel uniques avec des peines « adoucies » (sans plus de précision). Les charges doivent être communiquées à l’accusé ; aucun individu ne peut être détenu plus de 24 heures sans être déféré à ses juges naturels.

L’esprit des Lumières imprègne donc le Calaisis et l’Ardrésis. Ces idées circulent dans tout le Royaume, véhiculées par la presse et les libelles. Une loge maçonnique a été fondée à Calais en 1784 et compte parmi ses membres Pigault de Lépinoy, Leveux, qui deviendra maire, Blanquart de Bailleul, procureur du Roi. Dans le même esprit, la noblesse calaisienne propose de créer des établissements d’éducation nationale « proportionnés au besoin d’éducation de chaque canton », d’adoucir la discipline militaire et d’amnistier les déserteurs. Elle prend aussi nettement position en faveur de la proscription de la « traite des nègres » et de l’abolition de l’esclavage dans les colonies.

Par rapport à ce programme, les Boulonnais paraissent un peu en retrait.

La noblesse boulonnaise est certes aussi influencée par les Lumières ; certains de ses membres, comme Abot de Bazinghen, sont aussi Francs-maçons et le cahier, rédigé par ce dernier, est proche de celui du Calaisis. Mais sur le problème de la « liberté des nègres », il s’en tient à un « voeu d’humanité », estimant que la question relève du commerce. En ce qui concerne le vote, le député de la noblesse a pour instruction de se conformer à l’avis de la majorité de son corps, et en cas de partage des voix… d’opiner pour le vote par ordre.

Le Tiers État du Boulonnais se préoccupe surtout des questions fiscales et de la défense des privilèges de la province. Le cahier n’aborde pas les questions d’ordre politique et constitutionnel ; celles-ci ne sont reprises que dans un court texte définissant les pouvoirs confiés aux deux députés, et qui reprend les principes évoqués plus haut.

Le ton est très différent dans les cahiers du clergé. Dans le Boulonnais comme dans le Calaisis on s’inquiète de la déliquescence des mœurs : le luxe dominant, le non respect du dimanche, la prolifération du concubinage, le libertinage et les jeux d’argent, les pièces de théâtre « remplies de maximes propres à fomenter la sédition », les « mauvais livres », les facilités laissées aux gens sans aveu… Il importe donc de « réformer ces abus destructeurs » (clergé du Calaisis) et de mettre « les plus grandes entraves » à la liberté de la presse imprudemment autorisée par le Roi (clergé du Boulonnais).

Le clergé boulonnais ne goûte que modérément l’édit de tolérance de novembre 1787 et demande que les non catholiques soient tenus de se faire inscrire au greffe de leur bailliage s’ils veulent en bénéficier. Il défend également ses prérogatives judiciaires (11).

Mais le souci de moralisation le pousse à demander des réformes quant à l’organisation ecclésiastique : il faut nommer des Prélats dignes et expérimentés, rétablir des conciles provinciaux, diminuer le nombre d’abbés de Cour. Les curés calaisiens veulent être mieux représentés dans les bureaux diocésains et dans les assemblées du clergé.

Enfin, si le clergé apporte son soutien aux remontrances de la noblesse et du Tiers État, c’est sous réserve qu’elles ne soient pas contraires à ses privilèges et à ses propres observations…

Copie de la première page du cahier de doléances du clergé boulonnais. (Archives municipales de Boulogne-sur-Mer AA91)

La défense des libertés, franchises et privilèges

Sous l’Ancien régime, le privilège est la règle. Le terme est synonyme de franchises, libertés, immunités ; celles-ci sont accordées par le seigneur ou le Roi et appartiennent le plus souvent à des groupes : villes, provinces, corps de métier, ordres…

Depuis le Moyen Age les bourgeoisies urbaines avaient obtenu le privilège d’élire leurs magistrats (mayeur et échevins) suivant des systèmes complexes :

À Calais, depuis la Charte octroyée par François II en 1560, trois candidatures par poste à pourvoir étaient d’abordsélectionnées par l’échevinage sortant, le Gouverneur et les officiers royaux ; le Maire et ses quatre échevins étaient ensuite élus suivant le système des « ballotes » qui consistait à jeter une boule de liège dans un pot au nom de chaque candidat sélectionné.

À partir du XVIIe siècle, ces libertés ont été restreintes ; en 1692 Louis XIV a instauré la vénalité des charges municipales. La plupart des villes les ont rachetées afin de pouvoir continuer à élire leurs magistrats, ce qu’a fait Boulogne.

Calais a refusé. Abrogée en 1716, la vénalité est rétablie par Louis XV en 1772. Un édit de juillet 1787 autorise l’élection, même là où les offices n’ont pas été achetés ; mais auparavant Eustache de Béhague avait acquis pour 10.000 livres sa charge de Maire, ce qui lui a permis de rester en place jusqu’à la Révolution(12).

On comprend donc que la noblesse et le Tiers État calaisiens demandent la suppression de la vénalité des charges municipales non rachetées par les villes (ce qui vise directement Béhague, qui serait cependant indemnisé). De son côté, Boulogne demande la pérennisation du principe électif et la suppression d’un droit sur les porcs qui avait servi à financer le rachat des offices en 1772 pour 20.000 livres… et continuait à être perçu par les Domaines.

En revanche, la question des privilèges provinciaux mobilise les Boulonnais, tous ordres confondus. On a vu que ceux-ci consistent pour l’essentiel en l’exemption de la Taille, du Taillon, de la Gabelle et des Aides (13).

Echange de politesses : délibération de la noblesse boulonnaise du 17 mars 1789. (Archives municipales de Boulogne-sur-Mer, liasse 1779)

Là encore, l’administration royale a tenté à plusieurs reprises de revenir sur ces privilèges, en particulier la cour des Aides, juridiction compétente en matière fiscale. La dernière tentative remonte à 1756, ce qui avait conduit le Mayeur et les échevins à rédiger un « Mémoire sur les libertés et franchises de la ville et de son gouvernement », largement repris dans le cahier du Tiers État. L’argumentation est double :

D’abord l’ancienneté des franchises : les Boulonnais affirment que depuis des temps immémoriaux ils sont désignés comme « francs et libres », et font référence à des textes remontant à Jean le Bon et à Louis XI (14), détruits lors de l’occupation anglaise (1544-1550) ; c’est ce qui aurait conduit Henri II à accorder une nouvelle charte en 1551.

Ensuite, les charges militaires : en Boulonnais, tout homme qui tient une habitation comme propriétaire ou fermier est astreint en principe au service militaire ; la province fournit trois régiments d’infanterie et quelques compagnies de cavalerie essentiellement affectés à la garde des côtes et à la défense du pays. C’est pourquoi les Boulonnais ne peuvent être assujettis à la Taille, impôt roturier créé pour financer l’armée ; ils paient l’ « impôt du sang », et sont d’ailleurs qualifiés de « nobles sujets » dans la Charte d’Henri II ! Par ailleurs le Boulonnais a toujours été fidèle à sa Majesté ; on fait l’impasse sur la révolte de « l’eusses-tu cru » de 1662 (15)

Cela dit, les Boulonnais ne refusent pas de contribuer au rétablissement des finances du Royaume, mais à titre exceptionnel, comme ils le firent en 1361 en accordant des subsides au Roi Jean le Bon, prisonnier des Anglais : c’est le vieux principe de l’aide féodale.

Les Boulonnais défendent avec la même âpreté leur Administration provinciale créée en 1766, dont ils demandent la transformation en États provinciaux, à condition que le nombre de députés du Tiers État soit égal à celui des deux autres ordres réunis.

Les Calaisiens ont obtenu, pour la ville de Calais, les mêmes exemptions fiscales que les Boulonnais en 1560 et demandent leur maintien. Mais l’originalité du cahier du Tiers État du Calaisis et de l’Ardrésis tient à ses propositions de réforme territoriale :

L’idée est de créer des États provinciaux réunissant le Calaisis, l’Ardrésis, le bailliage de Montreuil… et le Boulonnais. Ces États seraient divisés en arrondissements où seraient représentés les Communautés, et les arrondissements en municipalités librement élues. Chaque échelon territorial reverserait les impôts collectés à l’échelon supérieur, en conservant une part pour financer ses propres dépenses. On n’est pas très loin de la logique qui conduira à la réorganisation territoriale et à la création des départements en 1790.

On peut donc ici opposer deux démarches : celle des Calaisiens, assez novatrice même si le vocabulaire de l’Ancien Régime est encore présent, et celle des Boulonnais, arc-boutés sur leurs franchises à l’image d’un Bernard Gros qui exprime ses inquiétudes dans un discours prononcé le 10 mars 1789 : « J’envisage avec effroi les combats que nos Députés aux États Généraux auront à essuyer ; les Provinces sujettes  à la Taille, aux Aides et à la Gabelle, dont nous avons le bonheur d’être exempts, voudront sans doute établir un équilibre parfait entre elles et les pays privilégiés. Comment résister à ce choc ? Comment lutter contre les efforts réunis de tant d’intérêts opposés aux nôtres ? »

À ce stade de lecture des cahiers, on perçoit bien leur dualité : S’agit-il de réformer le Royaume dans l’esprit des Lumières et de parachever la construction de l’État moderne, ou de défendre les « libertés, franchises et privilèges » des provinces en se contentant de mettre fin aux abus ? La conclusion du cahier de la noblesse calaisienne illustre bien cette ambiguïté : si le Roi accède aux vœux de la nation, il « obtiendra le titre glorieux et non mérité jusqu’à lui, de restaurateur des droits et des privilèges de ses peuples ».

Retour à un âge d’or après deux siècles de dérive absolutiste ?

LES ENJEUX ECONOMIQUES

Les élections se déroulent dans un climat de crise économique : l’hiver 1788-1789 a été particulièrement rigoureux dans tout le Royaume ; il y a encore eu des gelées au début du mois de mars, et il fait un froid extrême le 16 mars, jour de la convocation des députés des campagnes à la Sénéchaussée de Boulogne et à l’Hôtel de ville de Calais. Ces difficultés ont entraîné une flambée des prix : le blé est à 60 Livres le Setier à Calais.

L’agriculture du Calaisis est bien médiocre : il s’agit pour l’essentiel de petites exploitations qui récoltent 10 à 15 hl à l’hectare, contre 20 à 25 en Artois. Certains villages se dépeuplent et des fermes sont en ruines tandis que la nuptialité recule. La situation est meilleure en Ardrésis et en Boulonnais, où les exploitations moyennes sont plus nombreuses. On introduit quelques nouvelles cultures : la pomme de terre, la betterave, la prairie artificielle ; mais les céréales dominent toujours.

Les communications sont de qualité inégale : il existe de grandes routes modernes construites au milieu du XVIIIe siècle : trois d’entre elles relient Calais à Boulogne, Saint Omer et Gravelines. La route de Boulogne à Montreuil a été aménagée de 1736 à 1772 (16)  ; celle de Boulogne à Desvres vers 1780 ; pour la liaison avec Saint-Omer il faudra attendre 1785. En revanche les chemins secondaires sont médiocres, et souvent impraticables l’hiver. Les canaux ne valent guère mieux : celui de Guînes déborde régulièrement, et il n’y en a guère en Boulonnais.

Le port de Calais souffre de la concurrence de Dunkerque qui a obtenu, après le traité d’Utrecht, l’exemption des taxes sur les marchandises entrant dans son port à condition d’être réexportées, et de Boulogne qui bénéficie de la franchise sur les eaux de vie. Calais a ainsi perdu ce trafic, ainsi que celui des laines, du lin, des ardoises, du sel et des charbons anglais. Seul demeure prospère le commerce du hareng, ainsi que celui de produits agricoles (beurre, volailles, œufs) qui arrivent au port par le canal de St Omer. Il existe aussi un service de « paquebots » vers l’Angleterre. Enfin, la course fait vivre une centaine de corvettes, surtout pendant les périodes de guerre.

Les échevins calaisiens ont demandé sans succès les mêmes franchises que Dunkerque. En 1757 ils ont vainement tenté d’obtenir le transit par Calais des marchandises destinées à la Suisse et à l’Allemagne. Mais le déclin semble irrémédiable, et dans la ville de nombreuses maisons sont en ruines : Si la population du Calaisis a augmenté au cours du XVIIIe siècle, passant de 19.389 à 22.368 habitants grâce à la croissance de bourgades comme Guînes, Oye, St-Pierre ou Marck, celle de la ville de Calais a diminué. La réquisition de 180 jeunes gens et le départ de 100 matelots du Courgain pour la guerre d’Amérique ont contribué à aggraver ce déclin.

Le port de Boulogne connaît au contraire une relative prospérité grâce au trafic de cabotage avec Bordeaux, La Rochelle, Lorient, trafic qui porte sur les eaux de vie et les thés. La contrebande est active grâce aux « smogglers » anglais qui ont choisi le port de Boulogne car il offre un bon poste d’observation des mouvements de la douane anglaise. On a même créé en 1778 aux « casernes » un entrepôt de genièvre, ce quipermet à l’Administration du boulonnais de percevoir une taxe sur l’eau de vie destinée aux Anglais !

Il faut y ajouter les exportations de bouteilles produites par la verrerie de Réty, propriété du Vicomte Désandrouin, les importations de bois, goudrons, métaux, en provenance des pays nordiques, et de charbon d’Angleterre. 1470 passagers par an sont transportés par des « paquebots » essentiellement britanniques. Mais l’état du port reste médiocre malgré la construction de la jetée du Pidou en 1744 et d’une digue de fascinage en 1769.

Cependant, dans les deux ports il existe une bourgeoisie dynamique : À Calais, une oligarchie patricienne composée des marchands, négociants, maîtres de navires, professions libérales et maîtres de métier représente entre 10 à 15% de la population. À Boulogne, le monde du négoce vit en basse ville, entre la Grand rue et St Nicolas, tandis que le monde de la pêche se concentre autour de la rue du Pot d’Étain et commence à peupler le quartier de la Beurrière.

Les revendications des élites urbaines

La bourgeoisie calaisienne a manifestement réussi à se faire entendre, comme le montre le cahier du Tiers État qui consacre une part importante aux questions industrielles et commerciales :

Les Calaisiens demandent d’abord la suppression des taxes qui pèsent sur l’artisanat et l’industrie : le 1/20e d’industrie, les droits de chef d’œuvre et de réception en maîtrise perçus sur les corporations, ceux exigées des veuves pour poursuivre la profession de leur mari, les droits perçus sur les salaires des compagnons…

Pour faciliter le commerce, le cahier demande la suppression des péages et tonlieux (celui de Watten en particulier), la modération des droits de congé pour les navires français, l’affranchissement des droits de port et d’amirauté pour les navires anglais venant charger en France des marchandises prohibées en Angleterre (afin d’attirer les smogglers), la prolongation de quatre mois à deux ans de l’exemption des droits sur les eaux de vie entreposées dans le port : Boulogne est clairement visée.

Pour établir une concurrence loyale entre les ports, il est demandé l’abolition des franchises dont bénéficient Marseille, Bayonne et Dunkerque, la suppression de tout privilège en faveur de telle ou telle branche du commerce ou de navigation. Mais dans le même temps les Calaisiens demandent à nouveau que leur soit réservé le transit des marchandises vers l’Allemagne et la Suisse !

Le traité de commerce signé en 1786 avec l’Angleterre suscite l’inquiétude : il est demandé d’en diminuer les « effets funestes » dont les députés apporteront la preuve aux États Généraux. Les Calaisiens préconisent un protectionnisme sélectif basé sur la réciprocité douanière avec les nations liées à la France par un traité de commerce, et une taxation plus élevé pour les autres, sauf si les marchandises en provenance de ces pays sont chargées sur des navires français…

Les produits de première nécessité comme les grains, les farines, le bois et le charbon doivent être exemptés de droits de douane. Il faut aussi supprimer les droits de marque sur les fers et sur les cuirs, pour faire face à la concurrence anglaise. Par ailleurs, les Calaisiens protestent contre l’augmentation des droits de 12 à 50 sols sur le charbon anglais, ce qui favorise le charbon du Boulonnais, trop cher et de médiocre qualité.

On peut donc parler ici de «libéralisme tempéré». Pour finir, les Calaisiens demandent la suppression de « tous les privilèges exclusifs qui ne sont pas la récompense de l’industrie », comme celui des diligences et messageries qui entravent la liberté de circulation.

Le Tiers État du Boulonnais paraît beaucoup moins sensible à ces questions, mais on a vu que le port de Boulogne se porte mieux que celui de Calais. Le cahier de la ville de Boulogne ne nous est pas parvenu, mais il semble que Louis Marie François Belle, député de la corporation des négociants, n’ait pu se faire entendre, ce qui l’a amené à rédiger un cahier à part (17) dans lequel il demande notamment la suppression du droit de vicomté, c'est-à-dire du tonlieu perçu sur les marchandises, droit instauré par les Comtes de Boulogne et dont le ministre Turgot, que Belle sembleregretter pour son libéralisme (18), avait proposé le rachat. Finalement le cahier de la Sénéchaussée reprendra cette revendication, comme la suppression de polquinage (19).

La voix des campagnes

Le peuple des campagnes s’est exprimé à travers les cahiers de paroisse. Ses remontrances ont-elles été fidèlement reprises dans les cahiers des bailliages et des sénéchaussées ? On ne peut répondre que pour le Boulonnais, les cahiers des communautés du Calaisis et de l’Ardrésis ayant été perdus. 

Ces documents nous renseignent d’abord sur la participation des habitants au processus électoral, grâce aux signatures figurant à la fin de chaque cahier ; celui de Bernieulles, en haut Boulonnais, compte 21 signatures pour une paroisse de 57 feux ; celui de Wirwignes, en bas boulonnais, 38 pour 122 feux, soit environ un tiers des habitants (20). Dans les bourgs la participation peut être moins élevée : à Desvres, 37signatures pour 600 feux ; mais la proportion de non imposables y est plus élevée et il faut tenir compte des illettrés qui n’ont pas signé mais ont pu participer aux débats. Même situation dans le périmètre des mines du Boulonnais : 18 signatures pour 175 feux à Fiennes.

Beaucoup de cahiers comportent des similitudes, certaines phrases se retrouvant mot pour mot d’une communauté à l’autre ; c’est le cas dans plusieurs paroisses de la vallée de la Course : « La noblesse défend, il est vrai, l’État par ses armes, mais le Peuple seconde ; entre les officiers et les soldats il y a concurrence de valeur et de dévouement à la patrie ; les uns et les autres sont entretenus aux frais de l’État ; la destination des impôts dont le Tiers État demande la répartition égale sur les trois ordres les intéresse tous trois, parce que la Maréchaussée, l’entretien des troupes, leur transport, les étapes et ce qui concerne ladéfense de l’État, l’entretien et le bon ordre, la police sont d’une égale utilité à tous les États ».

On trouvera à la fin de cet article un tableau récapitulatif de la fréquence des remontrances des communautés : En dehors des bourgs, on note un faible intérêt pour les questions purement constitutionnelles ; en matière de justice, seule la simplification des procédures est massivement réclamée. La mobilisation est en revanche totale contre les « abus ».

Sont particulièrement visés : les huissiers jurés priseurs vendeurs, officiers créés en 1556 et chargés d’estimer et de mettre en vente les biens meubles, notamment lors des saisies ; l’obligation pour les éleveurs de chevaux de faire saillir leurs juments par des étalons fournis par les haras royaux créés en 1740, étalons réputés pour leur mauvaise qualité et leur coût ; la corvée royale, jugée d’autant plus insupportable que la construction et l’entretien des routes sont supposés être à la charge de l’Administration du Boulonnais ; les droits de contrôle perçus sur l’enregistrement des contrats, actes de justice ou de finances, et les hypothèques ; le droit de franc fief, prélevé sur les roturiers pour la jouissance de fiefs nobles acquis ou tenus par eux ; les droits d’échange, perçus lors d’échange de terres à l’amiable, au quart denier de la valeur de ces terres ; (21) Les vexations des agents de la Ferme Générale sont massivement dénoncées.

Viennent ensuite les acquits à caution, quittances délivrées par les commis des traites pour la circulation des marchandises, le quartier d’hiver qui avait déjà été contesté au XVIIe siècle, les droits de marque sur les cuirs et les droits sur le tabac qui occasionnent une importante fraude, d’autant qu’en Artois, province voisine, la vente du tabac est libre (22). Ces abus sont d’autant plus insupportables qu’ils ne pèsent pour la plupart que sur le Tiers État. « Le franc fief dégrade le troisième ordre », lit-on dans plusieurs cahiers.

Le poids des considérations locales est aussi très présent : Desvres demande le rétablissement de son bailliage et le renouvellement de ses privilèges de 1383 ; Ambleteuse demande une foire en tant que ville de la coutume ; Bazinghen veut mettre l’entretien des écluses de la Slack à la charge de l’État ; Fiennes, Landrethun, et Ferques estiment que l’entretien des chemins des carrières doit être assuré par leurs propriétaires ; Etaples réclame la construction d’une route vers l’Artois, et Outreau un pont sur la Liane ; Marquise voudrait deux gendarmes pour seconder son garde, et Wimille l’extinction des droits sur les bières…

La concession de plusieurs centaines d’hectares de la forêt royale de Boulogne, au lieu dit le Fond de Pernes, à un certain Delporte afin d’y élever 1000 brebis et 80 béliers importés d’Angleterre, provoque un véritable tollé : l’affaire est rendue responsable de l’augmentation du prix du bois. Pour cette même raison, on demande aussi en Boulonnais l’exemption des droits sur l’importation de charbon anglais.

Toutefois, la remise en cause des droits seigneuriaux reste modérée ; on conteste surtout les  « lods et ventes », droits perçus sur les mutations foncières ; peu de choses sur le cens, si ce n’est Course, Samer et Tingry qui en demandent le rachat total ou partiel, tandis qu’Etaples veut supprimer les banalités et la justice seigneuriale.

Il semble donc bien qu’en Boulonnais le régime seigneurial ne soit pas trop rigoureux. En revanche, 26 communautés demandent l’allongement de la durée des baux tandis que près d’une sur deux s’inquiète de la disparition des petites fermes et du risque de dépeuplement rural : c’est le signe du début d’une lente mutation de l’agriculture, en liaison avec la remise en cause des droits d’usage collectifs, dont nous reparlerons.

On trouve aussi des allusions aux difficultés économiques du moment : cherté du blé, critiques contre les marchands de grain qui achètent directement chez les fermiers et non sur les marchés, afin de stocker et de spéculer. Des mesures sont réclamées contre les vagabonds, les charlatans, les gens sans aveu, la mendicité ; on préconise l’instauration de bureaux de charité ou l’hébergement des pauvres à l’hôpital de Boulogne.

Bref il faut se prémunir contre ces errants qui font peur. Il faut aussi protéger les récoltes : le glanage ne doit être autorisé qu’aux enfants, aux infirmes et aux vieillards.

Les récoltes doivent aussi être protégées contre les calamités naturelles… et humaines : les Communautés des fonds de vallée demandent le curage des rivières pour empêcher les inondations, mais les moulins sont aussi accusés d’en être responsables (Hesdigneul, Carly). Les communautés du littoral demandent la plantation d’oyats afin d’éviter la progression des dunes. Ceux qui chassent avant la récolte doivent être punis ; les lapins doivent être détruits, et le nombre de pigeonniers limités. On aura compris que les seigneurs sont particulièrement visés par ces trois dernières remontrances.

Pour l’essentiel, la voix des campagnes a été reprise dans le cahier du Tiers État de la Sénéchaussée du Boulonnais. Celui-ci a également pris nettement position sur la question des Communaux et de la vaine pâture.

Les Communaux étaient des terres en friche (bois, marais, prés) laissés par les seigneurs à la disposition des communautés villageoises depuis des temps immémoriaux, avec droit d’usage : pêcher, ramasser du bois, envoyer paître le bétail ; ils procuraient aussi aux plus pauvres des ressources pour survivre, la Communauté leur permettent parfois d’en cultiver une partie (cultures dérobées).

Ce système est remis en cause au XVIIIe siècle par la noblesse qui prétend récupérer son bien (c’est la « réaction seigneuriale »); c’est aussi souvent la position des gros fermiers qui espèrent un partage au prorata des propriétés de chacun. Le droit de vaine pâture (23) est également remis en question: L’ « Édit de renclôture » de septembre 1777 permet aux propriétaires de clore leurs parcelles alors que, jusque là, la Coutume le leur interdisait afin de permettre le parcours du bétail.

Dans son Mémoire sur l’agriculture du Boulonnais, publié en 1784, le baron Dumont de Courset plaide pour la disparition de la jachère, de la vaine pâture et des Communaux « terrains incultes et en pure perte », et le développement des prairies artificielles à l’image de ce qui se fait en Angleterre.

Ces idées se retrouvent dans le cahier de la noblesse du Boulonnais : « S’il existe encore d’anciens abus, reste de la féodalité, les communes des villages méritent bien à cet égard la plus grande attention de la part des États Généraux. Tout est perte dans ces terrains vagues, incultes et immenses. ». Les droits de parcours sont également condamnés comme « un reste de cette ancienne indifférence sur l’agriculture ». On notera le glissement sémantique du mot « féodalité » : la disparition des Communaux est préconisée au nom du progrès !

Telle n’est pas l’opinion du Tiers État qui dénonce les concessions de terrains des Communautés « qui n’ont abouti qu’à procurer une faible augmentation aux revenus du fisc, et à satisfaire la cupidité de quelques particuliers », alors qu’elles ont été une perte pour le public, surtout dans un pays d’élevage comme le Boulonnais. Il demande donc « que les paroisses et Communautés soient maintenues dans la jouissance de leurs communes et usages ».

En Calaisis et en Ardrésis, on retrouve à peu près le même rejet des « abus » et les mêmes revendications paysannes dans le cahier du Tiers État : celui-ci prend en compte la spécificité du régime seigneurial calaisien issu de la reconquête, par lequel le Roi est le principal seigneur du pays : il lui est donc demandé de permettre le rachat des rentes et des censives dépendantes de ses domaines, et la conversion en héritages francs des fiefs dépendant du Domaine royal. Un soutien est apporté à Sangatte qui veut récupérer ses Communaux accaparés par un certain Mouron qui y a effectué des travaux d’assèchement dans la plaine des Salines et construit la digue qui porte encore son nom.

Les considérations locales y ont aussi leur place : Ardres veut retrouver la juridiction de son bailliage et souhaite une démarcation plus précise avec l’Artois. On demande aussi le curage des watergangs et du canal de Guînes (refusé par l’administration municipale de Calais), l’établissement de la navigation sur le canal d’Ardres, et une nouvelle expertise sur les travaux d’assèchement prévus dans le pays, travaux dont l’utilité ne semble pas évidente aux Calaisiens et aux Ardrésiens ; ces derniers ne veulent plus être assujettis aux corvées pour réparer la route de Calais à Gravelines qu’ils n’utilisent pas…

UNE REMISE EN CAUSE DE L’ANCIEN REGIME ?
Le poids des questions financière et fiscales

Comment éteindre la dette de l’État et rétablir les finances royales ?

D’abord en faisant des économies. Les Calaisiens ont là-dessus des idées précises : il faut plafonner le montant des pensions et rendre publique tous les six mois la liste des nouveaux pensionnés, réduire les charges militaires en diminuant l’armée en temps de paix, en arrêtant de recruter des mercenaires étrangers, en supprimant les Gouvernements Généraux et les places fortes inutiles, et en réduisant le nombre d’officiers généraux. Le Roi est supplié de fixer chaque année le montant de la dépense d’entretien de sa Maison. La noblesse calaisienne fait une proposition originale : créer une banque nationale sous le contrôle des États Généraux.

L’égalité fiscale est la revendication essentielle du Tiers État. Les Calaisiens demandent la suppression de la Taille, de la Gabelle, des corvées, qui sont supportées par le seul Tiers. 80 paroisses du Boulonnais demandent la suppression de tous les impôts existants et leur remplacement par de nouveaux impôts payés par les trois ordres, et selon les facultés et la richesse de chacun.

Mais cette proposition n’est pas reprise dans le cahier du Tiers État de la Sénéchaussée, qui adopte une attitude prudente en raison des Privilèges de la province. Ce n’est que dans les pouvoirs votés à ses deux députés que le Tiers boulonnais accepte de contribuer au rétablissement des finances, à une condition : « que la répartition en sera faite entre les Trois ordres par le corps provincial du Boulonnois, d’une manière conforme à la Constitution et aux Libertés et Franchises du Pays » ; cette contribution devra cesser lorsque la dette sera éteinte. La noblesse et le clergé sont sur les mêmes positions.

Là encore, la noblesse calaisienne se singularise en demandant la suppression des impôts qui frappent le seul Tiers. L’assiette des nouveaux impôts payés par « tout citoyen de tout ordre » serait répartie pour un tiers sur les propriétés, pour un tiers sur les facultés personnelles et pour un tiers sur la consommation. Il n’y aurait plus qu’un seul rôle fiscal ; la répartition, l’assiette et la perception seraient confiées à des receveurs choisis par les administrations provinciales.

HARO SUR LES PRIVILEGIES ?

Restent les questions qui fâchent : celles relatives aux privilèges de la noblesse et du clergé.

Les ordres religieux font l’objet de vives critiques : le Tiers État et la Noblesse calaisiens proposent leur suppression car ils sont « pour la plupart étrangers au soin des âmes » (24). Dans le Boulonnais, on accuse les abbayes de percevoir des dîmes sans contribuer aux frais des paroisses (Bazinghen, Boursin, Longueville) ; on se plaint des rentes à payer à l’abbaye de Samer (Vieil Moutier). Cormont demande la suppression des ordres mendiants.

Les critiques surgissent au sein même de l’Ordre : le clergé calaisien dénonce les dîmes accaparées par les chapîtres et les abbés ; il propose de partager les biens des abbayes en trois portions : pour l’entretien des religieux, les réparations des églises et les hôpitaux, le soutien aux pauvres et aux vieux curés.

Là aussi, il est temps de mettre fin aux « abus » : le cumul des bénéfices ecclésiastiques (Noblesse boulonnaise), les revenus excessifs des prélats, qui doivent résider dans leur diocèse. En même temps, le Premier Ordre défend ses prérogatives : le Clergé calaisien rappelle queles ecclésiastiques doivent être jugés par leurs juges « naturels » (c'est-à-dire les officialités) ; les maîtres et maîtresses d’école doivent être approuvés par les curés.

Le principe de la Dîme n’est pas remis en cause. Il est surtout demandé qu’elle ne soit pas perçue sur les nouvelles cultures (pomme de terre, chanvre, lin) et sur les agneaux, alors qu’elle est déjà perçue sur la laine. De son côté, le clergé boulonnais demande que ses règles de perception soient unifiées dans tout le royaume ; il faut rendre aux curés les Novales, c'est-à-dire les dîmes sur les nouvelles terres souvent accaparées par des laïcs.

Certaines paroisses du Boulonnais se plaignent de leur Curé dépensier (Tardinghen, Hesdin l’Abbé), ou cupide (Beuvrequen). Mais le conflit essentiel porte sur le financement de la réparation des presbytères et des églises : Noblesse et Tiers État demandent partout que celle-ci soit mise à la charge des décimateurs (25), alors que le clergé boulonnais préfère qu’elle soit supportée par tous les propriétaires, au prorata de leurs revenus…

Unanime aussi est la volonté de rendre les dîmes à leur destination primitive : la subsistance des pasteurs avec l’augmentation de la portion congrue (26), les besoins des églises, l’assistance, l’enseignement. La noblesse boulonnaise s’inquiète en particulier des difficultés financières du collège tenu par les Oratoriens. 

Au niveau du Bailliage et de la Sénéchaussée, le Tiers État se garde bien de toute agressivité à l’égard de la Noblesse : on a vu que l’heure était aux échanges de bons procédés. On note la même modération dans la plupart des cahiers de paroisse, mais le ton est parfois différent, comme à Maninghen-au-Mont, ou Avesnes en Boulonnais : « c’est par nos soins et nos peines que vivent les Nobles et les Ecclésiastiques. De quelle manière récompense-t-on nos travaux ? Des impôts, des droits multipliés, en voilà tous les fruits, tandis que nousvoyons nos Seigneurs mener, au sein d’une voluptueuse indolence, le train de vie le plus somptueux, regarder les pauvres du haut de leur grandeur, paraître pour ainsi dire insensibles aux événements fâcheux qui surviennent à leurs vassaux ; ce que nous disons des nobles peut aussi s’attribuer aux Ecclésiastiques ». Et de reprocher au clergé d’échapper à la capitation et au vingtième, tandis que les nobles en sont « taxés arbitrairement et par un rôle séparé » et bénéficient du système des abonnements grâce auquel « ce sont eux-mêmes qui font l’estimation de leurs biens, mais ils ne les font pas toujours valoir selon leur conscience »

Ce qui préoccupe la bourgeoisie, après la question de l’égalité fiscale, c’est la disparition des privilèges liés à la naissance et l’accès aux charges et aux emplois sur le seul critère du mérite. Calais demande d’emblée « l’anéantissement des distinctions humiliantes pour le Tiers État ». Boulogne demande que les charges de judicature ne soient pas réservées aux nobles, pas plus que les charges épiscopales et les bénéfices consistoriaux ; le clergé calaisien veut lui aussi accorder plus de place au mérite. Le règlement militaire de 1781 (ordonnance de Ségur) exigeant les preuves de Noblesse pour obtenir des grades militaires doit être révoqué « comme injurieux à une grande partie de la Nation, comme propre à imposer à la jeune Noblesse de la répugnance et du mépris pour d’autres fonctions utiles » (Boulonnais).

Face à ces revendications, la noblesse du Boulonnais fait de la résistance : « la pauvre noblesse du boulonnais, n’ayant d’autre profession, de père en fils, que celle des armes, elle ose supplier Sa Majesté de ne jamais se départir du privilège exclusif que les ordonnances lui accordent pour remplir les places d’officiers qui sont son unique ressource ».

L’affaire est d’autant plus sensible que lors des guerres du XVIe siècle de nombreux titres ont été détruits, mettant de nombreuses familles dans l’impossibilité de produire les preuves de noblesse exigées. C’est pourquoi la noblesse boulonnaise demande à être reconnue « d’ancienne race ». Mais, par prudence, elle admet aussi que l’on puisse aussi accéder au grade d’officier en sortant du rang…

Ce discours conservateur est inséparable de celui sur les privilèges du Boulonnais : depuis 1477 la province « se garde elle-même ». Les troupes boulonnaises tiennent lieu de milice provinciale et la Noblesse demande qu’elles aient une « constitution plus militaire », c’est à dire le même même statut que les troupes de ligne, la carrière et le service des officiers devant être alignés sur les régiments provinciaux ; les officiers doivent recevoir la croix de St Louis et pouvoir accéder au grade d’officiers supérieurs au même titre que la noblesse de cour.

Sur ces questions militaires les préoccupations des Calaisiens sont différentes : ses députés demandent l’augmentation du nombre d’officiers subalternes, la suppression du tirage au sort de la milice et s’interrogent sur le système des classes qui oblige les marins à effectuer par roulement un service militaire sur les vaisseaux du Roi.

Au terme de cette étude comparative, quelques conclusions s’imposent :

Les cahiers annoncent l’espoir de réformes, et non une révolution, même si le mot est parfois employé, mais il faut l’entendre dans son sens littéral et astronomique : retour aux sources, autrement dit fin des « abus ». Les réformes sont toujours envisagées dans le cadre de la monarchie et de la société d’Ordres.

En même temps, le discours témoigne aussi d’un esprit éclairé : en matière de justice ; en matière de liberté, le mot ne devant plus être compris comme synonyme de « franchises » ; les idées libérales commencent à voir le jour, y compris en matière économique.

Tout cela n’empêche pas les contradictions. Elles sont surtout visibles en Boulonnais où l’aspiration à l’égalité n’est guère compatible avec la défense des privilèges provinciaux. C’est aussi en Boulonnais que les clivages sociaux entre la Noblesse et le Tiers Etat sont les plus visibles.

Le Calaisis constitue un cas singulier : La bourgeoisie fait preuve d’un esprit résolument moderne tant sur les questions commerciales que sur les réformes administratives. On a vu à plusieurs reprises la noblesse adopter des positions proches de celles du Tiers-état; Albert Vion explique ce « progressisme » par les caractéristiques de celle-ci : une petite noblesse, peu nombreuse, constituée lors du repeuplement du Calaisis, le Roi Henri II s’étant bien gardé de laisser se constituer de grandes seigneuries (27).

C’est en tout cas un grand espoir qui se lève en ce printemps 1789, ce qui n’exclut pas une certaine vigilance ; le Boulonnais Bernard Gros l’exprime à sa manière le 10 mars :

 « Toutes les fois que les Etats-Généraux ont été convoqués, leur motif principal a été de procurer de nouveaux secours au Gouvernement qui, après les avoir obtenus, s’est rarement occupé du soin de remédier aux abus dont la Nation gémissait. Grâces au ciel ! Nous sommes loin de ces temps malheureux… »

ANNEXES :
Thèmes Remontrances et revendications Paroisses concernées
Fiscalité impôts payés par les 3 ordres 80
supprimer la capitation 15
supprimer les douanes intérieures (traites) 35
Mettre fin aux abus contre les vexations des commis de la Ferme générale 34
supprimer le droit de vicomté 13
supprimer les huissiers jurés priseurs vendeurs 122
subvention, quartier d’hiver (supprimés, ou payés par tous) 45
abolir le droit de franc fief 111
abolir le droit d’échange 83
supprimer les haras royaux 123
droits de contrôle (suppression ou diminution) 92
mettre fin aux acquits à caution 53
abroger les droits sur les cuirs 56
supprimer la corvée 76
prix du tabac trop élevé ; supprimer les droits sur le tabac 59
Institutions doubler les députés du Tiers dans les assemblées provinciales 7
créer des États provinciaux pour le Boulonnais 12
retour périodique des États Généraux 12
vote par tête 10
diminuer le rôle de l’intendant, jugé inaccessible 9
Justice supprimer les lettres de cachet et les prisons d’État 5
simplifier les procédures de justice 54
abolir la vénalité des charges de judicature. 13
Subsistances cherté et rareté du bois 72
contre les concessions de déboisement dans les forêts royales 32
laisser entrer librement le charbon anglais 14
interdire la mendicité 16
interdire le glanage aux adultes valides 44
cherté du blé 27
Calamités punir ceux qui chassent avant la récolte 49
curer les rivières pour empêcher les inondations 28
planter des oyats pour lutter contre l’ensablement 16
limiter le nombre de pigeons (niers) 14
ravages du gibier, notamment des lapins 18
Système foncier allonger la durée des baux, sans droits au seigneur 26
réduire les droits seigneuriaux 30
contre la disparition des petites fermes 47
défense des Communaux 29
Eglise contre les privilèges ou la richesse des abbayes 11
pas de dîmes sur les nouvelles cultures, ni sur les agneaux 16
réparations des églises et presbytères à la charge des décimateurs, et non des communautés 46
rendre les dîmes à leur destination primitive (secours aux pauvres, rémunération des curés et des maîtres d’école…), et utilisées sur place 18
NOTES :

(1) Les Parlements étaient des cours de justice souveraines peuplées de nobles de robe ; on en comptait 14.

(2) Notamment la « journée des tuiles » à Grenoble le 7 juin 1788.

(3) Les Baillis royaux sont apparus sous Philippe Auguste : Chargés de rendre la justice au nom du Roi et de veiller aux rentrées fiscales, ils se sont vus peu à peu attribuer des circonscriptions territoriales (bailliages) ; celles-ci servent de cadre aux élections des députés aux États Généraux.

(4) Jean-Pierre JESSENNE : Florilège des cahiers de doléances du Pas de Calais Université de Lille III.

(5) Jacques THIEBAUT : Le port de Boulogne pendant la Révolution, Lille, 1954

(6) Les Généralités ont été créées à partir du règne de Louis XIII. Elles sont placées sous la responsabilité d’un Intendant, commissaire royal, qui supervise la justice, la police et les finances.

(7) Provinces récemment rattachées au Royaume, les pays d’États disposent d’une assemblée élue pas les 3 ordres (« Etats provinciaux »). .Les pays d’élection sont administrés directement par l’Intendant.

(8) On ignore l’origine, et les fondements de cette rumeur (voir l’article d’A. Vion, BHAC déc 1989).

(9) La question du vote au sein de l’assemblée, une fois élue, n’avait pas été tranchée: si l’on votait par tête, le Tiers État disposait de la moitié des voix ; si l’on votait par ordre, son poids politique se trouvait réduit au tiers.

(10) Officiers royaux, les juges étaient propriétaires de leur charge qu’ils avaient achetée ou dont ils avaient hérité.

(11) Le clergé boulonnais demande la suppression des « appels comme d’abus », qui permettaient d’en appeler au Parlement contre les empiètements des tribunaux ecclésiastiques sur la justice civile

(12) Calais obtient en novembre 1788 l’autorisation d’élire 7 adjoints.

(13) Impôt indirect perçu sur la consommation, notamment les boissons.

(14) Notamment l’acte d’échange avec Bertrand de la Tour d’Auvergne en 1478.

(15) Elle fait partie des révoltes populaires du XVIIe siècle pour des raisons souvent fiscales ; les Boulonnais protestaient contre l’augmentation du « quartier d’hiver » instauré pour financer la guerre contre l’Espagne.

(16) Ces routes font 60 pieds (18m) de large, dont 20 pavés ou empierrés, le reste en bas côtés et fossés ; elles font l’admiration des voyageurs comme Sterne en 1768 ou Arthur Young en 1787

(17) Une copie transcrite par M. de Sainte-Maréville existe à la Bibliothèque municipale de Boulogne.

(18) Contrôleur général des finances de 1774 à 1776, Turgot avait proposé d’abolir les corporations et de libérer le commerce des grains. Il avait finalement échoué.

(19) Droit d’un polquin (2 hl) de grain, dû par tous les vaisseaux entrant au port.

(20) Chiffre proche de celui calculé par J.P. Jessenne pour l’ensemble du Pas de Calais (33%).

(21) Ces trois remontrances sont le signe de l’existence d’un marché foncier relativement actif dans le Boulonnais.

(22) La question est particulièrement sensible dans les paroisses limitrophes de l’Artois.

(23) Il consistait à permettre à chacun d’envoyer ses bêtes sur l’ensemble des terres du village après les récoltes.

(24) Il existait à Calais 2 communautés d’hommes et deux communautés de femmes, aux effectifs réduits. À Ardres il y avait un couvent de Carmes, et des Bénédictines enseignantes. La plus grosse abbaye était celle de Licques, occupée par des Prémontrés depuis 1132

(25) En principe, la Fabrique (autrement dit la Communauté paroissiale) avait en charge la seule nef, le chœur et le presbytère étant financés par les dîmes. Mais cette répartition était de moins en moins appliquée.

(26) Part de la dîme affectée à la rémunération des curés.

(27) Albert Vion : Calais et son district pendant la Révolution.

SOURCES UTILISEES :

Les cahiers des trois ordres du Boulonnais, du Calaisis et de l’Ardrésis ont été publiés en 1891 par Henri Loriquet, archiviste départemental.

Les originaux du Boulonnais se trouvent aux archives départementales (9B54). Des copies manuscrites sont consultables aux archives nationales pour le Calaisis (B III 41) et le Boulonnais (B III 35).

Les cahiers du Boulonnais ont également été publiés en 1889 pour le centenaire de la Révolution, à l’initiative de la municipalité de Boulogne.

Aux Archives municipales de Boulogne sur mer :

  • Procès verbal de l’Assemblée des trois Ordres, liasse 1779
  • Convocation des députés du clergé aux Etats-Généraux, AA 89
  • Remontrances du clergé boulonnais, AA 91

Dans le fonds ancien de la Bibliothèque municipale de Boulogne :

  • Privilège accordé par Henri II en faveur des Habitants Nobles Sujets du Pays et Comté du Boulenois, B 3941
  • Édit de renclôture, 1777, B6731
  • Mémoire du Mayeur et des échevins de la ville de Boulogne sur mer sur les Libertés et Franchises de la ville et de son Gouvernement, 1759, C 3353 3e portefeuille n°6
  • Lettres patentes du Roi portant établissement d’un corps d’Administration pour la régie de l’octroi et des autres affaires communes du Comté et Gouvernement de Boulonnais, 1766, C3353 3e portefeuille n°1
  • Dumont de Courset : mémoire sur l’agriculture du Boulonnais, 1784, A9186
BIBLIOGRAPHIE CONSULTEE :

Jean-Pierre JESSENNE Dominique ROSSELLE : Florilège des cahiers de doléances du Pas de Calais, Université de Lille III, 1989

G BELLART P. BOUGARD C. ROLLET: Paroisses et communes de France, Pas de Calais, 1975

Alain LOTTIN et alii : Histoire de Boulogne sur mer, P.U.L. 1983, rééd. Le Téméraire, 1998

Louisette CAUX, Michel de Sainte MAREVILLE : La Révolution à Boulogne sur mer, Mémoires de la Société Académique du Boulonnais tome VIII

Christian SEILLIER : Personnel politique et histoire sociale à Boulogne pendant laRévolution, 1er colloque d’histoire locale, 1981 (Bibliothèque municipale de Boulogne)

Pierre BAUDELICQUE : Histoire d’Étaples tome I, 1993

Alain DERVILLE, Albert VION : Histoire de Calais, Lille Westhoek, 1985

Albert VION : Calais et son district pendant la Révolution, 1964 (rééd 2004)

Nelly MULARD : Calais au temps des Lys, les cahiers du vieux Calais, 1961

Roger FONTE Samuel REBOUL : Calais sous la Révolution, 1889 (Médiathèque de Calais)

Louis TRENARD : Doléances et prétentions de l’Ardrésis, Annales historiques de la Révolution française, 1974

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